Jazz au Trésor : La Discothèque Idéale de France Musique

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, à l’occasion de la sortie de « La Discothèque idéale de France Musique », une pépite débusquée côté jazz. Aujourd’hui, « People Time » de Stan Getz et Kenny Barron, sous la plume de Jérôme Badini.

Jazz au Trésor : La Discothèque Idéale de France Musique
La discothèque idéale de France Musique

« Voici donc le premier disque de l’homme qui s’appela Stanley Getz. La première défaite du silence depuis un certain 6 juin 1991. Avec « People Time », la légende s’achève, le mythe commence. » Cette chronique, elle, pourrait s’arrêter là !

Que dire de plus après ces trois phrases définitives que l’on doit à la plume d’Alain Gerber ? Maître chroniqueur et producteur émérite sur nos ondes, il signe le livret de ce double-album produit par deux grands aventuriers de la scène discographique française, Jean-Philippe Allard et Daniel Richard.

Ici, le génie mélodique de Getz est plus que jamais palpable. Et il a trouvé en Kenny Barron le compagnon idéal pour ce dernier voyage. Car, compte tenu de son état de santé, il sent que c’est la fin. Il y a donc un côté tragique qui rend cet enregistrement d’autant plus touchant. Il y a, au-delà des notes, une rage indéfinissable. Il y a même une sorte d’héroïsme dans sa façon de jouer.

Ironiquement, le premier titre qui nous arrache une larme s’intitule I’m Okay ! Son introduction est un modèle d’intelligence pianistique et de sensibilité, à l’image de celles qui furent interprétées tout au long de ces quatre soirées captées au Café Montmartre de Copenhague. Tout comme les premières mesures de First Song, sublime ballade dédiée par Charlie Haden à son épouse Ruth et que Stan avait découvert un an plus tôt lors d’un concert du Quartet West à Santa Monica. La version qu’il en donne est poignante et la justesse irréprochable. Le son... irréel. Le dernier titre, Soul Eyes, nous prend littéralement aux tripes et constitue le testament musical de cet être hors du commun.

La complicité qu’il aura nouée avec Kenny Barron est l’un de ces mystères les plus insondables dont la clé réside sans doute dans l’admiration qu’ils se portent mutuellement. Au-delà de la singularité de cet ultime opus, on peut affirmer que Stan Getz est un saxophoniste unique dans l’histoire du jazz. On chercherait en vain un musicien qui évoquerait avec autant d’intensité le souffle du dieu Éole redescendu sur Terre.
Jérôme Badini

  • I'm Okay 

Stan Getz (saxophone ténor)
Kenny Barron (piano)
Enregistré du 3 au 6 mars 1991, au Café Montmartre, Copenhague (Danemark)