Jazz au Trésor : Kitty White - Intimate Kitty White Sings

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition chez Blue Moon de deux albums enregistrés à Los Angeles par la chanteuse Kitty White, en 1954 et 1962.

Jazz au Trésor : Kitty White - Intimate Kitty White Sings
Kitty White, © Fresh Sound

Encore une pépite dénichée par Jordi Pujol. « C’est fou le nombre de vocalistes qui passèrent sous le radar pendant une éternité » fait remarquer mon confrère George W. Harris sur le site américain jazzweekly.com à propos de cette réédition. « Intimate Kitty White Sings » rend pleinement justice à une Kitty White (1923-2009) qui resta confidentielle en dehors des quelques clubs de Los Angeles où elle se produisit comme pianiste et echanteuse. Et pourtant quelle audace dans la formulation : le premier album, de 1954 la présente en duo avec la harpiste Corky Hale et elles sont parfois rejointes par le flutiste Bud Shank. On est en plein dans les expérimentations de textures de la West Coast. Idem dans le second épisode, en 1962 avec un trio très chambriste, guitare, flûte, contrebasse. Le fait qu’il s’agisse de trois pointures de , Laurindo Almeida, Buddy Collette et Red Mitchell indique bien l’estime dans laquelle la tenaient ses confrères jazzmen.

En 2007, Fresh Sound avait réédité deux autres enregistrements de Kitty White en 1955 et 58 (« A New Voice in Jazz »), dans un contexte plus fourni, avec cuivres et section rythmique complète. Ce qui frappe cette fois, c’est le dépouillement extrême, une mise à nu qui expose sa palette vocale au plus près d’une émotion que vient renforcer un soupçon de vibrato, léger comme une plume d’ange. 

Richard Bock témoigne des circonstances de la première session : « La harpiste donnait un souper dans son appartement d’Hollywood en l’honneur de la pianiste Terry Pollard. Quand le buffet fut dégarni, Corky prit sa harpe, enleva ses chaussures, joua quelques glissandos et commença à s’accorder. Kitty bavardait avec son mari Eddy, quand Corky lui proposa de l’accompagner si elle chantait quelque chose. Proposition immédiatement acceptée et elles commencèrent parGlad To Be Unhappy. Elles enchaînèrent une heure durant devant une assistance médusée et sous le charme. Leur spontanéité avait immédiatement créé un état de grâce. Quand elles eurent fini, je suggérai de les enregistrer dans ce même appartement quand elles voudraient. Rendez-vous fut pris une semaine plus tard, il y eut à nouveau un buffet et une vingtaine d’invités, plus bien sûr le matériel d’enregistrement et des lumières tamisées. Pas de répétition, pas d’arrangements, juste la classe des deux musiciennes pour prendre du plaisir avec leurs chansons préférées ».

Dans ses notes de pochette de l’album de 1962, Lee Zhito évoque la manière dont elle créa une véritable addiction chez celles et ceux qui l’avaient vue en club : « Ils était fascinés par sa sincérité, cette voix qui venait du plus profond d’elle-même, une voix proche du violoncelle qui excellait dans les chansons a cappella ». En 1962, elle opte pour un répertoire de folk songs. « C’est comme cela que je souhaite que l’on m’entende » semble-t-elle dire dans ce contexte d’une délicatesse qui lui ressemble.

  • Autumn Leaves 
  • Glad To Be Unhappy
  • My Romance
  • Black Is The Colour Of My True Love's Hair

"A Moment of Love" et “Intimate”
Kitty White, voix
Corky Hale, harpe
Bud Shank, flûte
Enregistré à Los Angeles, décembre 1954

  • A Sleepin' Bee

"Newborn"
Kitty White, voix
Laurindo Almeida, guitare
Buddy Collette, flute
Red Mitchell, contrebasse
Enregistré à Los Angeles, 1962