Jazz au Trésor : John Coltrane - Coltrane Jazz

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, un album méconnu et très éclairant de Coltrane sorti chez Atlantic il y a exactement soixante ans, début février 1961 : « Coltrane Jazz ».

Jazz au Trésor : John Coltrane - Coltrane Jazz
John Coltrane, © Getty / Ullstein bild Dlt.

Entre ses enregistrements chez Prestige (1957-58), avec une apparition chez Blue Note au milieu (« Blue Train »), et ceux du fameux quartet chez Impulse (1961-67), John Coltrane mit en boite quatre albums chez Atlantic entre 1959 et 61: « Giant Steps », « Coltrane Jazz », « My Favorite Things » et « Olé ». Trois autres verraient le jour de manière un peu décalée : « The Avant-Garde », avec Don Cherry, « Coltrane Plays the Blues » et « Coltrane’s Sound ».

Dans la plupart des cas, ils ont été assemblés à partir de plusieurs séances. Quatre différentes, en ce qui concerne « Coltrane Jazz » . Et c’est précisément ce qui rend l’album passionnant, car il résume à lui tout seul les splendides tâtonnements du saxophoniste pour se défaire de la gangue formelle du classicisme de ses années Prestige et approcher sans l’atteindre encore tout à fait le souffle lyrique des années Impulse !.

La première séance dont témoigne « Coltrane Jazz », avec une première tentative de graver Like Sonny (un hommage à Sonny Rollins) est instructive : Coltrane y essaie un jeune pianiste de 25 ans, Cedar Walton, qui fera plus tard les beaux jours des Jazz Messengers d’Art Blakey, mais qui se trouve là contraint par la permanence rythmique de Lex Humphries. Huit mois plus tard, la même composition s’offre à bras ouverts avec la section rythmique que Coltrane côtoyait chez Miles Davis : Wynton Kelly, Paul Chambers, Jimmy Cobb, c’est la fluidité incarnée. La moitié des pièces seront d’ailleurs enregistrées ce jour-là, y compris le chef d’œuvre Naima, qui sera immédiatement inclus dans « Giant Steps ».

L’assise est totalement confortable pour Coltrane et propice à des explorations sur les quintes et les harmoniques. Entre temps il avait aussi réglé les problèmes dentaires qui l’avaient éloigné des studios pour près de six mois. Après une ultime tournée européenne avec le quintet de Miles Davis dans les premiers mois de 1960, il quitterait le groupe au printemps pour monter son propre quartet. Après avoir essayé Steve Kuhn, son choix se porterait sur McCoy Tyner pour le piano et Steve Davis pour la contrebasse dès le mois de juin. Et après avoir d’abord travaillé avec Pete La Roca, puis Billy Higgins, il embaucherait enfin Elvin Jones pour la séance de 21 octobre 1960. Le décor est presque définitif : seul le contrebassiste changerait, d’abord remplacé par Reggie Workman au bout de 18 mois, puis par Jimmy Garrison.

Résultat, le magnifique Village Blues qui ouvre la séance du 21 octobre 1960 est en quelque sorte l’acte de naissance du grand quartet de Coltrane qui allait marquer la décennie à venir. C’est ce passage que donne à entendre « Coltrane Jazz » et qui lui confère une saveur si particulière.

  • Like Sonny (alternate version 1)

John Coltrane, saxophone ténor
Cedar Walton, piano
Paul Chambers, contrebasse
Lex Humphries, batterie
Enregistré à New York, 1er avril 1959

  • Like Sonny
  • Fifth House
  • Harmonique

John Coltrane, saxophone ténor
Wynton Kelly, piano
Paul Chambers, contrebasse
Jimmy Cobb, batterie
Enregistré à New York, 2 décembre 1959

  • Village Blues

John Coltrane, saxophone ténor
McCoy Tyner, piano
Steve Davis, contrebasse
Elvin Jones, batterie
Enregistré à New York, 21 octobre 1960