Jazz au Trésor : John Benson Brooks - Alabama Concerto

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition chez Fresh Sound de « Alabama Concerto » un album de 1958 de John Benson Brooks, sur le même CD que son « Folk Jazz U.S.A. » de 1956.

Jazz au Trésor : John Benson Brooks - Alabama Concerto
John Benson Brooks - Alabama Concerto

Cherchez donc John Benson Brooks (1917-1999) dans le Dictionnaire du jazz, vous ne le trouverez pas ! D’où l’intérêt de cette réédition signée Jordi Pujol pour Fresh Sound. Ce ne sont pourtant pas là les débuts du pianiste, compositeur et arrangeur. Durant la première moitié des années 40, il avait travaillé avec les orchestres swing de Eddie De Lange, Les Brown, Tommy Dorsey et Randy Brooks. Plus tard, proche de Gil Evans, il lui fournira l’une des plus belles compositions enregistrées par ce dernier : Where Flamingos Fly, co-écrite avec Harold Courlander et Elthea Pale. Et les années 60 le verront expérimenter la dodécaphonie dans le jazz.

C’est en 1956 que John Benson Brooks apparut en pleine lumière avec « Folk Jazz U.S.A. », un pari mené avec Zoot Sims et Al Cohn pour basculer un répertoire traditionnel anglo-américain dans la modernité, en le relisant à la lumière du jazz afro-américain le plus pointu du moment. En 1958, John Benson Brooks allait pousser le bouchon encore plus loin avec « Alabama Concerto », sorti sur le label Riverside : une suite audacieuse de neuf pièces organisées en quatre mouvements, sans batterie, réunissant un quartet trompette, sax alto, guitare et contrebasse. Le compositeur et arrangeur n’apparaissant lui-même au piano que sur le troisième mouvement.

Pour autant, il ne s’agit en rien d’une réplique de la West Coast. L’œuvre, inspirée par le blues rural et les spirituals d’Alabama collectés par Harold Courlander. Et avec la présence de Cannonball Adderley (sous le nom duquel cet album a parfois été réédité), le curseur est plutôt positionné sur hot que sur cool… Si l’album ne recueillit qu’un succès d’estime à sa sortie, il parait aujourd’hui précurseur de toute une série de relectures du patrimoine de l’Amérique profonde, notamment celles de Bill Frisell. Brooks alterne compositions écrites, solos écrits et solos improvisés en entrecroisant les timbres de Art Farmer et Cannonball Adderley. Totalement singulier.

First Movement – The Henry Jones Story
First Movement – Some Lady’s Green, Green Rocky Breasts (Nature !)
Second Movement – The loop
Third Movement – Little John Shoes(*)
Fourth Movement – Grandma’s Coffin

Art Farmer (trompette)
Julian “Cannonball” Adderley (saxophone alto)
Barry Galbraith (guitare)
Milt Hinton (contrebasse)
(*)John Benson Brooks (piano sur le Third Movement)

Enregistré au Reeves Sound Studios, New York City, les 28 et 31 juillet et 25 août 1958