Jazz au Trésor : Jazz Ladies - The Singing Pianists 2/3

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la publication chez Frémeaux, sous le titre « Jazz Ladies, The Singing Pianists, 1926-61 » d’une rafraichissante galerie de portraits. Cette semaine, Martha Davis, Nelly Lutcher, Rose Murphy, Dardanelle et La Vergne Smith.

Jazz au Trésor : Jazz Ladies - The Singing Pianists 2/3
Jazz Ladies - The Singing Pianists

« Si, dans le jazz, chanter n’interdit pas à une femme la voie d’accès à une large popularité, l’affaire est beaucoup plus compliquée dès lors qu’il s’agit de s’y afficher instrumentiste. Et pourtant, depuis que se sont développées les différentes formes de la musique populaire afro-américaine, on ne peut que constater l’omniprésence (discrète mais bien réelle) de représentantes incontournables dans une histoire trop souvent narrée de façon lacunaire en ce qui les concerne. Y trouver leur juste place n’a jamais été une partie de plaisir tant les résistances étaient fortes, de la famille à la scène, dans un milieu qui s’est toujours affiché profondément machiste.

Présentes sur les scènes du gospel et du blues, chanteuses et pianistes vont aussi chercher à faire leur place sur la scène du jazz. Peu nombreuses à y parvenir dans un premier temps (Lovie Austin, Lil Hardin Armstrong, Mary Lou Williams font presque figures d’exceptions), la Swing Era des années 30 va voir émerger nombre de chanteuses au sein des grandes formations, mais réduites le plus souvent à la fonction de « canari » attendant sagement contre le piano le moment de pousser la chansonnette.

La seconde guerre mondiale et le départ des hommes au front va paradoxalement imposer l’arrivée massive des musiciennes dans l’industrie du spectacle et du divertissement. Et même si elles seront peu enclines à céder leur place lorsque les hommes vont rentrer du front elles y seront contraintes par la pression sociale et masculine.

Ainsi la fin des années 40 voit se développer, porté par le succès public et l’appétit de quelques labels indépendants, l’engouement pour les pianistes-chanteuses. Championnes du hit et attractions privilégiées du circuit des clubs et cabarets, elles sont plusieurs à se partager les faveurs d’un public enthousiaste.

Souvent formées à l’école du boogie-woogie, elles savent imposer un jeu de piano original au service d’un travail vocal très personnel. Qui les rend populaires dans le champ de la musique de danse, du jazz et du rhythm and blues. C’est à cette époque que triomphent Cleo Brown, Julia Lee, Christine Chatman, Martha Davis, Nelly Lutcher, Hadda Brooks, Camille Howard, Paula Watson, Una Mae Carlisle et quelques autres, toutes pianistes et chanteuses. 

Si les plus gros succès sont pour les filles proches du rhythm and blues on va, parallèlement et dans la suite de l’histoire, voir émerger un certain nombre de musiciennes à la vocation de concertiste classique contrariée et dont le choix de chanter aura souvent été le fruit d’une forte pression commerciale pour celles qui sont issues de la communauté blanche (Audrey Morris, Jerry Southern) ou d’un interdit de nature franchement raciste pour celles d’origine afro-américaine (Nina Simone, mais d’autres aussi). Pour certaines, ce fut simplement leur choix (Rose Murphy, Blossom Dearie), parfois dicté par la maladie (Dardanelle). »
(Jean-Paul Ricard, extrait du livret de la sélection coréalisée avec Jean Buzelin)

  • Martha Davis

The Be-Bop Bounce

Martha Davis, piano, voix
& Her Torrid Trio
Enregistré à New York, août 1946

  • Nelly Lutcher 

Hurry On Down 

Nelly Lutcher, piano, voix
Ulysse “Gwinn” Livingston, guitare
Billy Hadnott, contrebasse
Lee Young, batterie
Enregistré à Hollywood, 10 avril 1947

  • Rose Murphy 

I Can't Give You Anything But Love

Rose Murphy, piano, voix
Section rythmique non identifiée
Enregistré en 1947

  • Dardanelle

After You Get What You Want, You Don't Want It

Dardanelle, piano, voix
Joe Sinacone, guitare, contrebasse
Sandy Block, contrebasse
Enregistré à New York, 12 août 1946

  • La Vergne Smith

One For The Road

La Vergne Smith, piano, voix
Enregistré à New Orleans, fin 1954