Jazz au Trésor : Ike Quebec - Soul Samba

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition chez Avid Jazz, dans la série « Four Classic Albums » de « Soul Samba » ultime album, en 1962, du saxophoniste Ike Quebec.

Jazz au Trésor : Ike Quebec - Soul Samba
Ike Quebec, © Getty / Michael Ochs Archives

Parce qu’il ne fut pas un innovateur, à la différence de ses contemporains Coleman Hawkins ou Lester Young, Ike Quebec (1918-1963) peut passer relativement inaperçu dans la lignée des grands saxophonistes de l’histoire du jazz. Le fait qu’il se soit éteint prématurément, à l’âge de 44 ans, ajoute encore à sa confidentialité. Et pourtant, Ike Quebec est immédiatement identifiable avec la présence du souffle dans sa sonorité de ténor et particulièrement à l’aise sur les ballades et les blues lents auxquels il confère une sensualité irrésistible.

À côté de sa carrière de saxophoniste (instrument qu’il n’aborda qu’à 22 ans, après avoir été pianiste), il fut aussi en tant que directeur artistique celui qui ouvrit les portes de Blue Note à Thelonious Monk et Bud Powell. Un visionnaire, sur ce plan. Et si des problèmes d’addiction l’éloignèrent des studios durant les années 50, il effectua un come back remarquable en enregistrant 6 albums pour Blue Note, entre 1959 et 1962. Avant de disparaitre d’un cancer des poumons le 16 janvier 1963, il livra une ultime séance fascinante, trois mois plus tôt, au moment où apparaissaient les premiers rendez-vous du jazz et de la bossa-nova : «Soul Samba». Encore une histoire de flair qui lui fit emboîter les pas de Stan Getz avec une élégance et un sens romantique consommés.

C’est dans la persistance d’un ancrage dans le blues que ce « Soul Samba » diffère de la démarche de Getz. Il y a là aussi, d’un bout à l’autre, une indicible douceur ondulante qui tient autant à son propre son, qu’à la légèreté de l’accompagnement de Kenny Burrell et Wendell Marshall et à l’association de Willie Bobo avec le chekere de Garvin Masseaux. Au delà du parfum du blues, ce qui rend cet album singulier est son répertoire qui ne reprend aucun des standards de Jobim, mais des originaux de Quebec et Burrell ainsi que des arrangements de Dvorak ou Franz Liszt !

  • Loie
  • Lloro tu despedida
  • Liebestraum
  • Blue Samba
  • Linda Flor

Ike Quebec (sax ténor)
Kenny Burrell (guitare)
Wendell Marshall (contrebasse)
Willie Bobo (batterie)
Garvin Masseaux (chekere)
Enregistré au Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, NJ, le 5 octobre 1962