Jazz au Trésor : Hozan Yamamoto - Silver World

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la rencontre de Gary Peacock avec Hōzan Yamamoto, le maître de la flûte shakuhachi.

Jazz au Trésor : Hozan Yamamoto -  Silver World
Photo - montage pochette Hozan Yamamoto "Silver World" MEA 603*380

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Zzen… Avec deux « z », comme jazz. Sur la pochette, une photo de jardin japonais sous la neige. Musique à fondre doucement sous un rayon de soleil. Quatre musiciens face au silence. Lorsqu’il parut confidentiellement en vinyle en 1971, « Silver World » s’échangea sous le manteau. Import japonais Philips hors de prix, mais surtout politiquement incorrect : en octobre 1970, en pleine période « post-free », Gary Peacock, le contrebassiste qui avait fait les beaux jours d’Albert Ayler et Paul Bley, se présentait dans un contexte hors du temps. Au côté de Hōzan Yamamoto (1937-2014) et de sa flûte en bambou venue du fond des âges.

Pourtant, rien que de très normal. Gary Peacock avait tout plaqué l’année précédente, à 34 ans, pour se plonger in situ dans la philosophie zen. Il venait de monter un trio avec deux jazzmen japonais, qui avait enregistré un premier album, « Eastward », en février. Le pianiste était Masabumi Kikuchi (1939-2015), superbe compositeur au demeurant, qui collaborerait notamment avec Gil Evans. Le début d’une longue complicité avec Gary Peacock, puisqu’avec Paul Motian à la batterie, ils créeraient le sublime trio Tethered Moon (1990-2004).

Le batteur, Hiroshi Murakami (né en 1948), avait commencé sa carrière en 1967 et créerait plus tard le groupe Native Son. Il jouait alors avec tous les jazzmen notoires de Tokyo comme le pianiste Takehiro Honda ou le saxophoniste Sadao Watanabe, mais était particulièrement attaché à Masabumi Kikuchi.

De son côté, Hōzan Yamamoto ne découvrait pas le jazz. Dès 1964, il avait collaboré avec Tony Scott pour l’album « Music for Zen Meditation ». Surtout, ce passeur de la grande tradition du shakuhachi était un musicien ouvert sur le monde. En 1968, on le retrouve soliste d’un big band aux couleurs bossa nova à côté d’un spécialiste du koto et quelques années plus tard en compagnie du vibraphoniste Karl Berger ou de Jean-Pierre Rampal.

La musique de l’album a été composée par Masabumi Kikuchi sous forme de suite. Quatre longs mouvements précédés d’un court prologue et conclus d’un court épilogue. Envoûtement garanti aux confins du silence. Album culte.

Hōzan Yamamoto, shakuhachi
Masabumi Kikuchi, piano
Gary Peacock, contrebasse
Hiroshi Murakami, batterie
Enregistré les 15 et 20 octobre 1970 au Victor Studio de Tokyo