Jazz Au Trésor : Forrest Westbrook - The Remarkable

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition des rarissimes traces d’un pianiste de la West Coast, Forrest Westbrook.

Jazz Au Trésor : Forrest Westbrook - The Remarkable
Forrest Westbrook ©Fresh Sound

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Inconnu au bataillon du Dictionnaire du jazz… En fait il est apparu dans les radars à l'automne dernier, lorsqu'on le découvrit pianiste de la première session inédite du trompettiste Carmell Jones à Hollywood en 1960. L'album, qui voyait également les débuts discograpgiques du contrebassiste Gary Peacock, avait fait l'objet d'une semaine de Jazz au Trésor dans Open Jazz.

Sur son blog JazzWax, notre confrère américain Marc Myers mentionnait récemment que Forrest Westbrook n'apparaissait qu'au sein des albums du big band de Si Zentner au début des années 60, puis sur un enregistrement d'avant-garde de Gil Mellé en 1968. Il y a deux ans, Leslie Westbrook, la fille du pianiste qui venait de disparaitre le 20 avril 2014 à San Diego (il était né le 29 août 1927 à Los Angeles) contactait Marc Myers pour lui signaler qu'elle avait en sa possession quelques bandes inédites de son père. Marc Myers contacta aussitôt Jordi Pujol, le patron de Fresh Sound (invité d'Open Jazz vendredi 10 juin) en lui suggérant de jeter aussi un œil à une vidéo du Lighthouse All-Stars sur laquelle on voit jouer Forrest Westbrook au début des sixties. "Un pianiste avec un son original et très moderne dans le contexte de la West Coast ", précisait Marc Myers.

Comment un talent aussi singulier avait pu passer inaperçu ? Leslie Westbrook a une explication : "mon père était très modeste, ne s'est jamais mis en valeur et détestait enregistrer ". En novembre 2014, Jordi Pujol prit un vol Barcelone-Los Angeles pour rencontrer les deux filles de Forrest Westbrook et découvrir ce qu'elles avaient entre les mains. Quatre cartons remplis de bandes magnétiques avec des indications ténues sur leur contenu. Parfois des noms de musiciens, parfois une date, parfois des titres de morceaux. Il allait falloir tout écouter. Par chance, un ingénieur du son ami de Jordi Pujol disposait du matériel d'écoute adéquat à Sun Valley. La première bande écoutée fut celle de Carmell Jones. Sidération devant la qualité à la fois sonore et musicale.

Des heures d'écoute allaient suivre pour répertorier le reste des cartons par type de formation, trios, quartets, etc. Commençait aussi une recherche documentaire pour reconstituer son parcours musical à Los Angeles. Premières traces en 1956 dans un quartet réuni au Club Rendezvous de Huntington Park par le batteur Jill Swartz avec Sam Firmature au ténor (un copain de fac de Forrest) et John Semple à la basse. Un duo piano-contrebasse suivrait au Jack London's de Culver City, chroniqué par Fran Kelley dans la revue Metronome : "Si vous avez déjà vu et aimé le film Ten Thousand Fingers of Dr. T, vous allez adoré ce pianiste de rêve". Forrest Westbrook constitua un autre duo avec le contrebassiste Bob Whitlock que rencontra Jordi dans ses recherches.

Autre rencontre sur place, celle du bassiste Bill Plummer qui allait éclairer le contexte des bandes rééditées dans « The Remarquable » : "En 1958, nous jouions en trio avec le batteur Maurice Miller au Dianne Lefti's Club Cabaret de Venice Beach. Pour gagner notre vie, nous étions aussi employés au grand magasin Fedco. Comme nous jouions tous les soirs pendant un mois, quand nous nous sommes retrouvés chez Forrest et qu'il a proposé de faire tourner un enregistrement, nous avons joué exactement comme si nous étions dans le club devant le public. "

Une plage de 1960 en quintet, également enregistrée chez le pianiste vient compléter l'album. On y trouve Dick Hurwitz, à la trompette, Dave Madden au sax ténor, Forrest Westbrook eu piano, Gary Peacock à la contrebasse et Bill Schwemmer à la batterie.

Forrest Westbrook, piano
Bill Plummer, contrebasse
Maurice Miller, batterie
Enregistré à Santa Monica, Californie, en 1958