Jazz au Trésor : Esbjorn Svensson, E.S.T. - Strange Place for Snow

La séquence des perles ou des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, le souvenir du septième album du trio E.S.T., « Strange Place For Snow ». Leur premier succès planétaire. Pile au milieu de leur carrière.

Jazz au Trésor : Esbjorn Svensson, E.S.T. - Strange Place for Snow
Esbjörn Svensson Trio ©ACT/Jörg Grosse-Geldermann

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1990-2008. Deux décennies où l’art du trio piano-contrebasse-batterie allait basculer dans une autre dimension. D’un côté avec une extension lyrique de la grande tradition, sous l’impulsion de Brad Mehldau. De l’autre, avec l’invention d’un son de groupe totalement fusionnel, où le quatrième homme, l’ingénieur du son, s’avère cosignataire de l’identité musicale.

La première trace discographique du Esbjorn Svensson Trio remonte à 1993, juste après que le pianiste et son ami d’enfance, le batteur Magnus Östrom, aient enfin trouvé leur bassiste, Dan Berglund. La seconde étape décisive, sera la signature sur le label allemand ACT les désenclavant du seul public scandinave pour leur faire franchir le palier du continent européen.

Ce serait « From Gagarin’s Point of View », enregistré en 1998 et sorti l’année suivante, suivi de « Good Morning Susie Soho » en 2000. Avec « Strange Place For Snow » qui sort en 2002, le public, la critique et les musiciens nord-américains sont conquis par ce vent de fraicheur insoupçonnée.

Il est vrai que « Strange Place For Snow » cultive l’art du paradoxe autant que l’art du trio. Le pianiste suédois met en lumière des miniatures explosives, se refuse à résoudre l’ambivalence binaire/ternaire, insiste sur le plaisir des suggestions plus que celui de l’affirmation, met en scène l’instant de la recherche avec un art consommé de l’achèvement. Faussement aimable au dehors, malicieusement anticonformiste au dedans.

On y entend des réminiscences de Jan Johansson (le premier grand pianiste suédois) dans The Message, des effluves de Radiohead dans Serenade For Renegade, les atours d’un tube pop en puissance dans Strange Place For Snow, le talent d’épurer une mélodie jusqu’à l’évidence dans When God Created The Coffeebreak

Sept autres albums allaient suivre, donc les derniers posthumes, puisque le groupe disparaitrait avec l’accident mortel de plongée d’Esbjorn Svensson le 14 juin 2008.

Esbjörn Svensson (piano et claviers)
Dan Berglund (contrebasse)
Magnus Öström (batterie et percussions)
Enregistré en décembre 2001 au studio Atlantis d’Oslo par Janne Hansson
(sauf The Message, enregistré en avril 2001)

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