Jazz au Trésor : Ernestine Anderson - Swings The Penthouse

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, un inédit de la chanteuse Ernestine Anderson, en club à Seattle en 1962. Elle avait 34 ans.

Jazz au Trésor : Ernestine Anderson - Swings The Penthouse
Ernestine Anderson 1962

En 1962, Ernestine Anderson avait déjà publié huit albums en six ans. À la sortie de son premier album américain, « Hot Cargo », en 1958, Time Magazine l’avait qualifiée de « secret le mieux gardé du jazz » et le verdict annuel du Down Beat Critic’s Poll de 1959 l’avait propulsé « Révélation vocale de l’année »… Entre son dernier album chez Mercury, « My Kinda Swing », publié en 1960 et le suivant chez Concord, il s’écoulerait pas moins de 17 ans !

D’où l’intérêt de la publication par HighNote de ces enregistrements en club en 1962,« Swings The Penthouse », à Seattle, la ville où Ernestine Anderson a grandi et où elle habite toujours. Elle y déploie toute la palette d’une vraie vocaliste de jazz, voix naturelle à la manière d’une Dinah Washington, gouailleuse façon Bessie Smith, malicieuse et d’un swing irrésistible. Entre 1962 et 68, The Penthouse fut LE club de la côte nord-ouest américaine, celui-là même où Coltrane enregistrera son incandescent « Live In Seattle ».

Avant d’enregistrer en leader, elle avait débuté au sein de l’orchestre de Johnny Otis, puis intégré celui de Lionel Hampton. C’est Ray Brown qui la remarquera dans des festivals californiens et l’encouragera à voler de ses propres ailes. Elle s’installa à New York à la fin des années cinquante, mais la vogue du rock aux États-Unis, ralentira sa carrière et l’amènera à s’exiler à Londres au milieu des sixties. Elle abandonnera la carrière musicale à son retour à Los Angeles en 1969 et alternera des emplois de femme de chambre ou de standardiste tout en se convertissant au bouddhisme.

Son apparition au Concord Jazz Festival de 1976 convainquit Ray Brown de devenir son manager et elle reprit le chemin des studios, jusqu‘à collaborer avec le Clayton-Hamilton Jazz Orchestra et signer ensuite pour le label de Quincy Jones. En 1999, Ernestine Anderson fut l’une des 75 femmes choisies par le photographe Brian Lanker (Prix Pulitzer) pour son ouvrage I Dream a World: Portraits of Black Women Who Changed America, aux côtés de Rosa Parks, Coretta Scott King, Oprah Winfrey, Lena Horne ou Sarah Vaughan.

En 2008, elle faillit se retrouver expulsée de sa maison familiale à Seattle, pour 48 000 $ d’impayés, mais une souscription à laquelle Quincy Jones et Diane Schuur prirent une part active, lui permit d’y habiter encore à ce jour.

Ernestine Anderson, voix
Dick Palombi, piano
Chuck Metcalf, contrebasse
Bill Richardson, batterie
Enregistré au Penthouse, à Seattle, les 7 février, 24 et 31 octobre 1962