Jazz au Trésor : Duke Ellington - Berlin 1959

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la publication chez Storyville en double CD d’un concert inédit de Duke Ellington : « Berlin 1959 ».

Jazz au Trésor : Duke Ellington - Berlin 1959
Duke Ellington, © Getty / ulsstein bild Dtl.

Ce « Berlin 1959 »  inédit, publié par le label danois Storyville reflète à merveille la totale maturité de l’orchestre du Duke lors de sa tournée européenne de 1959. Avec une singularité : le Sportpalast de Berlin n'était pas une salle de concert et portait encore le lourd passé d’avoir été le théâtre de discours d'Hitler et des dignitaires nazis. 

Quelques observations concernant le personnel : une nouvelle voix importante dans la section de trompette était celle de Clark Terry, que l’on avait précédemment connu chez Charlie Barnet et surtout Count Basie. Il s'est rapidement imposé chez Duke mais a quitté l’orchestre avec la conviction qu'il n'avait pas grand-chose à jouer à part son morceau de bravoure, Perdido. Mis à part Clark Terry, on note ici la participation, non comme soliste mais importante dans la section de trompettes, d'Andres Merenguito, également connu sous le nom de Fats Ford, qui avait appartenu au dernier big band de Louis Armstrong.

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Les trombonistes Booty Wood et Britt Woodman, le premier excellent avec la sourdine, le second dans les notes aiguës, font tous deux la preuve de la façon dont Duke a constamment trouvé de nouvelles voix avec de fortes personnalités. Mais la star de la section de trombones c'est Quentin "Butter" Jackson, dont la longue carrière a inclus des séjours au sein des McKinney's Cotton Pickers et avec Cab Calloway ainsi que l’orchestre de Don Redman, d'abord de 1932 à 1939, puis à nouveau pour la tournée européenne de 1946 passée par Copenhague, ce fut d’aileurs la première visite d'après-guerre d'un groupe de jazz américain.

Le bassiste Wendell Marshall, un cousin de l'immortel Jimmy Blanton, avait manifestement des gènes familiaux pour la plénitude de ce son agrémenté d’une intonation fine et d’un tempo solide. Le batteur Jimmy Johnson est moins connu, parfaitement à son aise comme remplaçant du surdoué mais fréquemment absent Sam Woodyard (ils ont d’ailleurs partagé la batterie pendant un moment). Et puis, bien sûr, le piano ducal, depuis lequel le patron dirige et accompagne. Cette fois - et ce n'est pas toujours le cas avec les enregistrements de concert - il a un bon instrument à sa disposition à Berlin. Petite lacune toutefois, due à l’absence d’un micro spécifique, l’omission de ses commentaires verbaux et présentations des solistes (certaines peuvent être entendues de loin).

  • Such Sweet Thunder(solo Ray Nance)
  • Sonnet to Hank Cinq(solo Britt Woodman)
  • El Gato(solo Cat Anderson)
  • Kinda Dukish & Rockin’ in Rhythm(solo Duke Ellington)
  • Newport Up(solos ClarkTerry, Paul Gonsalves, Jimmy Hamilton)

Cat Anderson, Andres Marenguito (aka Fats Ford) (trompette)
Clark Terry (trompette, bugle)
Ray Nance (trompette, violon, voix)
Britt Woodman, Quentin Jackson, Booty Wood (trombone)
Jimmy Hamilton (clarinette, sax tenor)
Russel Procope (sax alto, clarinette)
Johnny Hodges (sax alto)
Paul Gonsalves (sax ténor)
Harry Carney (sax baryton, clarinette, clarinette basse)
Duke Ellington (piano)
Jimmy Woode (contrebasse)
Jimmy Johnson (batterie)
Lil Greenwood (voix)
Enregistré au Sportpalast de Berlin le 4 octobre 1959