Jazz au Trésor : Django Reinhardt, Stéphane Grappelli - Rome 1949

Les perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la publication chez Label Ouest, en un recueil de 3 CD, de l’intégralité des enregistrements de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli dans les studios de la RAI à Rome en janvier-février1949. Le basculement de Django dans la modernité.

Jazz au Trésor : Django Reinhardt, Stéphane Grappelli - Rome 1949
Django Reinhardt & Stéphane Grappelli

Les sessions de Reinhardt et Grappelli à Rome en 1949 constituent à la fois la toute dernière rencontre discographique des deux maîtres du jazz européen et l’ultime témoignage enregistré de Django à la guitare acoustique. Accompagnés par une rythmique locale, au faîte de leur maturité et de leur complicité, les deux artistes se sont rarement exprimés avec un tel brio et une telle générosité : plus d’une soixantaine de titres qui bénéficient ici d’une restauration sonore intégrale et d’une présentation inédite.

Les circonstances

En décembre 1948, Stéphane Grappelli honore un engagement dans un club de Milan, le CIro’s, accompagné notamment de Joseph Reinhardt. Django rejoint le violoniste la veille de Noël, pour un nouvel engagement à l’Astoria, avec une rythmique où l’on retrouve le guitariste italien Franco Cerri. Mais l’affaire tourne court, la musique jouée par le groupe ne recueillant pas le succès escompté auprès de la clientèle. Au bout d’une quinzaine de jours, Django et Stéphane quittent donc Milan pour Rome, où les attend un nouveau contrat de plusieurs semaines au Jicky CLub, cabaret situé au seun de la Rupe Tarpea, un des établissements les plus en vue de la capitale. Est-ce à l’intervention de Christian Livorness, amateur éclairé, agent et producteur à ses heures, ou à celle de Carlo Loffredo, contrebassiste qui effectuera quelques remplacements avec eux aux Jicky Lcub et membre influent du Hot Club de Rome, que Django et Stéphane doivent ce nouvel engagement ? Toujours est-il que les deux hommes prennent là leurs quartiers d’hiver, soutenus dans leurs œuvres par le trio du pianiste Gianni Safred, avec Carlo Pecori (contrebasse) et Aurelio de Carolis (batterie), et - si l’on en croit Livorness - y obtiennent cette fois “beaucoup de succès”.

Dans les studios de la RAI

Est-ce également à l’initiative de Livorness, ou à celle d’une autre riche mécène dont celui-ci se fit l’intermédiaire, que l’on doit ces enregistrements effectués dans les studios de la RAI (qui met à disposition ses locaux, ses techniciens et son matériel en échange d’une série de radiodiffusions) ? On ne sait au juste… Nos musiciens enregistrent en tout cas d’abondance (près de 70 titres, dont quelques-uns sont malheureusement définitivement perdus à cause de la fragilité des supports). Le programme exact des séances n’ayant pas été conservé, l’on ne sait pas trop non plus comment les choses s’organisèrent. Tout laisse à penser qu’y régnait une atmosphère enjouée, Django et Stéphane s’en donnant visiblement à cœur joie. L’orchestre se révèle en tout cas bien rôdé, comme l’atteste le peu d’hésitations dans les interprétations, Gianni Safred tenant par ailleurs fort honorablement sa place de troisième soliste, au pont même de réjouir notre guitariste à plusieurs reprises (cela s’entend !). La plupart du temps (mais pas toujours), Django laisse jouer le trio, réservant son accompagnement à ses échanges flamboyants avec Stéphane.

La musique

A la différence des enregistrements du quintet à cordes, de celui des années de guerre (avec clarinette) ou des séances électrique de la période “bop”, précédemment réédités chez Label Ouest, il n’y a pas de “projet esthétique” préalable. RIen que le bonheur de jouer (ce qui, avec de tels musiciens, suppose toujours une forme d’invention de soi ! ), et sans aucun doute le plus beau récital de guitare jamais confié à la cire par note six-cordiste. Unité de temps, de lieu et d’action, pour un programme des plus copieux, sans équivalent dans la discographie des deux protagonistes, qui cultivent avant tout les plaisirs de l’instant, tandis que Django livre sans le savoir l’état ultime de sa pensée sur l’instrument acoustique. D’où l’intérêt de ce témoignage sonore, aujourd’hui entièrement restauré.

Comme la numérotation des cires originelles renvoie selon toute vraisemblance à un parti pris d’archivage plutôt qu’à la véritable chronologie des séances (qui demeure inconnue), nous avons opté pour une organisation “thématique”. Dans le premier volume (“I Saw Stars”), les deux acolytes égrènent les standards qui ont fait le succès de leurs débuts. Le deuxième (“Djangology”) rassemble leurs propres compositions (déroulées dans l’ordre où elles sont apparues), croisées avec quelques chansons françaises - discrets clins d’oeil à la “francité” de nos héros (nous sommes à Rome, ne l’oublions pas !). Le troisième (“All The Things You Are”) les donne à entendre dans un répertoire “nouveau” : succès du jour, standards de l’après-guerre, mâtinés d’influences bop (cf. What is this thing called love, où nos duettiste citent non sans allégresse le Hot House de Tadd Dameron), ou mélodies éternelles (l’Andante de la “Pathétique” de Tchaikovky).
Max Robin (texte d’accompagnement du triple album)

  • I Saw Stars
  • Bricktop
  • Minor Blues
  • How High the Moon
  • Improvisation sur l'Andante de la Symphonie N°6

Django Reinhardt (guitare)
Stéphane Grappelli (violon)
Gianni Safred (piano)
Carlo Pecori (contrebasse)
Aurelio de Carolis (batterie)
Enregistré aux studios de la RAI à Rome, janvier-février 1949

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