Jazz au Trésor : Dizzy Gillespie, Stan Getz - Diz and Getz

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, un grand classique, juste pour le plaisir « Diz and Getz » un album de 1953 associant Dizzy Gillespie et Stan Getz à la section rythmique de Oscar Peterson. Pluie d’étoiles dans le studio.

Jazz au Trésor : Dizzy Gillespie, Stan Getz - Diz and Getz
Dizzy Gillespie / Stan Getz, © Getty / Nat Farbman / Donaldson Collection

Les années cinquante furent une période faste pour Dizzy Gillespie. En 1953 il a 36 ans ; Stan Getz en a 26 et Oscar Peterson 28. Aujourd’hui, ils ont pris la pose de statues intemporelles. Mais il est bon de les resituer dans leur temps. On comprend mieux pourquoi le trompettiste est alors au faîte de ses capacités : 1953 est l’année de l’iconique « Jazz at Massey Hall » en compagnie de Charlie Parker, Bud Powell, Charles Mingus et Max Roach. Quant à Stan Getz, il est alors un chien fou, au phrasé épris d’urgence sur des tempos d’enfer. La vie devant soi.

La rencontre a été imaginée par le producteur Norman Granz : associer un champion du bebop et la nouvelle coqueluche du jazz cool, installer une rythmique de grande classe et laisser infuser… Le principe d’une jam session, mais sur l’Olympe.

Gillespie n’a alors fait qu’esquisser un intérêt pour les rythmes afro-cubains et Getz n’a aucune idée que la bossa nova déferlera dix ans plus tard. D’où la saveur particulière de leur version de Siboney (le nom d’une plage de Santiago de Cuba), ce classique cubain d’Ernesto Lecuona, composé en 1929… en do majeur. Il est présenté ici en deux parties. Getz est absent de la première, mais dans la seconde, Dizzy ne peut s’empêcher de le rejoindre. Un flirt de latin lovers.

Il y a aussi deux chefs d’œuvres up tempo où les deux souffleurs lâchent les rênes. Un Impromptu, vécu comme une improvisation collective, et une des versions les plus insensées de l’histoire du jazz du I Don’t Mean A Thing d’Ellington : le titre pourrais se continuer par If Ain’t Got That Speed ! Et bien sûr la section rythmique, Peterson en tête, ne se laisse pas distancer d’un orteil. L’euphorie mise en swing. Le chaos guettait, il est apprivoisé.

Cet album est la parfaite illustration de la fameuse analogie de Wynton Marsalis selon laquelle le jazz est une leçon de démocratie. Diz et Getz n’ont pas la même histoire, le même parcours, Oscar Peterson et Max Roach non plus, pas plus que Ray Brown et Herb Ellis entre eux, et pourtant, parce qu’ils s’écoutent et ont le désir d’avancer ensemble, ils dépassent tous ces différences et sont en empathie pour partager une sidérante fluidité. Le jazz a beau être peuplé de héros légendaires qui sont chacun des individualités fortes, son essence réside dans le jeu collectif de l’échange.

  • Siboney, Part 2
  • It Don't Mean a Thing (If It Ain't Got That Swing
  • Impromptu

Dizzy Gillespie (trompette)
Stan Getz (saxophone ténor)
Oscar Peterson (piano)
Herb Ellis (guitare)
Ray Brown (contrebasse)
Max Roach (batterie)
Enregistré à Radio Recorders, Hollywood, le 9 décembre 1953