Jazz au Trésor : Dave Brubeck - Live at The Kurhaus 1967

La séquence des perles ressorties de l’oubli. Cette semaine, la publication par Fondamenta/Devialet d’un enregistrement de 1967 du Dave Brubeck Quartet. Ultimes instants d’un groupe mythique, concert inédit.

Jazz au Trésor : Dave Brubeck - Live at The Kurhaus 1967
Dave Brubeck Quartet 1967, © davebrubeck.com

C’est en 1951 que le pianiste Dave Brubeck et le saxophoniste alto Paul Desmond eurent l’idée de fonder un quartet apparemment tout ce qu’il y a de plus “classique” dans sa composition et son instrumentation. Ils avaient été associés dés 1946 au sein d’un octet expérimental proposant des ponts inédits entre jazz et musique savante contemporaine (Brubeck sortait alors tout juste de la classe du compositeur français Darius Milhaud, enseignant au Mills College d’Oakland). Aussitôt l’association de leurs personnalités et de leurs styles aux antipodes fit sensation, l’acidité éthérée de la sonorité d’alto de Desmond ainsi que la fluidité rêveuse de son phrasé tout en arabesques abstraites venant “alléger” d’une élégance distanciée au charme vénéneux les rigueurs et rudesses du piano de Brubeck, truffant volontiers ses interventions puissamment charpentées de digressions martelées en block-chords minéraux et d’harmonies modernistes…

Propulsé par une section rythmique au personnel longtemps changeant avant que finalement le batteur Joe Morello en 1956 bientôt rejoint en 1958 par le contrebassiste Eugene Wright ne viennent constituer le tandem idéal, le quartet connut rapidement un succès considérable, ancrant sa popularité auprès de la jeunesse éduquée américaine en s’engageant dans une longue tournée des campus universitaires tout en accumulant les enregistrements (pour le label Fantasy d’abord puis pour Columbia dés 1954).

En 1959 le succès planétaire de l’album « Time Out », infusant pour la première fois dans le jazz des métriques impaires d’une grande sophistication, ne viendra finalement qu’assoir définitivement la popularité exceptionnelle d’un groupe pour une grande part déjà entré dans la légende. De tournées mondiales triomphales en succès discographiques jamais démentis, le quartet traversera sans encombre des années 60 pourtant riches en révolutions musicales, Brubeck et Desmond décidant finalement de mettre un terme à leur collaboration fin 1967 à l’issue d’une ultime tournée européenne.

C’est à ce moment très particulier de l’histoire de la formation que s’inscrit ce concert inédit donné le 24 octobre 1967 dans les locaux historiques du prestigieux hôtel Kurhaus de Scheveningen, station balnéaire située sur les bords de la mer du Nord aux Pays-Bas. Parmi les innombrables disques live documentant l’histoire du groupe, un seul jusqu’à maintenant, intitulé « The Last Time We Saw Paris » et enregistré le 13 novembre dans la capitale française, donnait un aperçu de ces dernières prestations. Enregistré à peine quelques semaines plus tôt, ce concert batave d’une remarquable qualité sonore, en est un précieux complément.

Sur un répertoire mêlant grands succès incontournables du groupe (Three To Get Ready de Brubeck et Take Five de Desmond extraits de l’album « Time Out » ou encore Forty Days de Brubeck issu de l’album « Time In »…), standards intemporels (le classique de Disney Someday My Prince Will Come) et airs populaires traditionnels aux charmes plus naïfs (le célèbre thème “sudiste” Swanee River composé en 1851 par Stephen Foster; et extraites d’un disque du quartet, Bravo Brubeck, paru quelques mois plus tôt sur Columbia, deux chansons sentimentales sud-américaines, La Paloma Azul et Cielito Lindo d’une grande fraicheur mélodique) le quartet offre ici une performance pleine de sève et d’engagement, aucun signe de lassitude ni même de simple “routine” ne laissant présager sa fin prochaine.

En versions souvent intenses et condensées le quartet y expose même en quelque sorte la quintessence de son génie, jouant plus que jamais sur les contrastes féconds entre la souplesse et la puissance mêlées d’une section rythmique à son plus haut degré d’interaction, le mélange de sentimentalisme et d’abstraction du piano volontiers abrupt et atonal du leader, et les échappées-belles oniriques du saxophone alto de Desmond, toujours plus elliptiques, éthérées et insidieusement sensualistes. Jusqu’aux ultimes instants de son existence le quartet de Dave Brubeck aura assumé avec générosité et talent le “cahier des charges” qu’il s’était fixé, séduisant son public par un “art de la synthèse” qui jamais ne sombrât dans l’opportunisme, le compromis ni la médiocrité. Ces bandes miraculeusement sauvées de l’oubli sont là désormais pour en attester…
(Stéphane Ollivier, extrait des notes de pochette)

Paul Desmond (saxophone alto)
Dave Brubeck (piano)
Eugene Wright (contrebasse)
Joe Morello (batterie)
Enregistré en concert le 24 octobre 1967 au Kurhaus de Scheveningen, Pays-Bas

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