Jazz au Trésor : Bobby Jaspar

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la publication chez Frémeaux, dans la fameuse série « The Quintessence » d’une anthologie consacrée au saxophoniste et flûtiste belge Bobby Jaspar.

Jazz au Trésor : Bobby Jaspar
Bobby Jaspar

« À l’instar de Django Reinhardt, Bobby Jaspar a été un des premiers musiciens de jazz qui, venu d’un background complètement européen, créa un langage propre, au bouquet bien spécifique ». Cette déclaration de David Amram situe bien la place occupée par le saxophoniste et flûtiste belge sur l’échiquier du jazz dans années 50 et 60 : un parfum d’émancipation, une évolution de l’intérieur, là où d’autres (Miles, Coltrane, Ornette) mettraient un grand coup de pied dans les conventions. Sous l’égide d’Alain Tercinet et Alain Gerber, le label Frémeaux lui consacre un triple CD, « The Quintessence», qui le met parfaitement en lumière.

Bobby Jaspar (1926-1963), natif de Liège, se destinait à une carrière de chimiste quand il eut la révélation du jazz en écoutant Boplicity de Charlie Parker. Et à 23 ans, on le retrouve en 1949 sur la scène du Festival International de Jazz de Paris au même programme que son idole ! D’abord clarinettiste, il s’était vite tourné vers le saxophone ténor, puis la flûte… Dans les notes de pochette de cette anthologie, Alain Tercinet rappelle : « Bobby Jaspar deviendra le porte-étendard, le catalyseur, le propagateur de ce style baptisé « cool » faute de mieux. À l’occasion de tournées diverses, nombre de musiciens viendront consacrer sa légitimité : Jimmy Raney, Nat Peck tromboniste et arrangeur, le corniste David Amram, Lee Konitz, Lars Gullin, Chet Baker… ».

David Amram encore : « Pratiquement chaque saxophoniste ténor était alors influencé par Prez (Lester Young). Mais, au point de vue mélodique, Bobby sut se dégager de cette allégeance. Ses points de référence étaient clairement européens, Français ou belges. ». Lors de son installation à Paris, Bobby Jaspar allait disséquer les enregistrements de Stan Getz et comme lui adopter la guitare plutôt que le piano comme instrument harmonique à ses côtés. On le retrouve aussi marqué par le pas de côté de Miles Davis et son nonette inventant « Birth of the Cool » et poursuivre l’expérience avec le Jazz Groupe de Paris d’André Hodeir. 

Marié en 1954 à la pianiste et chanteuse Blossom Dearie, qui résidait alors à Paris, Bobby Jaspar serait tenté par une carrière américaine et il s’installa à New York en 1956. Il y joua et enregistra avec J.J. Johnson, Kenny Burrell, Miles Davis, John Coltrane ou Kenny Burrell, avant de choisir de revenir en Europe, pour monter un quintet avec son ami le guitariste René Thomas. Une attaque cardiaque allait le terrasser à New York le 28 février 1963. Il avait 37 ans.

Nory’s Nick
Bobby Jaspar (sax ténor)
Sacha Distel (guitare)
Guy Pedersen (contrebasse)
André Baptiste « Mac Kac » Reilles (batterie)
Enregistré à Paris, le 20 avril 1955

The Nearness of You
David Amram (cor)
Raymond Lefebvre (flûte)
Claude Foray (hautbois)
Émile Debru (basson)
Jean-Louis Chautemps (clarinette)
Bobby Jaspar (sax ténor)
Benoit Quersin (contrebasse)
Jacques David (batterie)
Enregistré à Paris, le 6 juin 1955

There Will Be Another You
Bobby Jaspar (flûte)
Blossom Dearie (piano)
Benoit Quersin (contrebasse)
Christian Garros (batterie)
Enregistré à Paris, le 16 janvier 1956

Clarinescapade
Bobby Jaspar (clarinette)
Tommy Flanagan (piano)
Nabil Totah (contrebasse)
Elvin Jones (batterie)
Enregistré à New York, le 12 novembre 1956

Everything Happens To Me
Bobby Jaspar (sax ténor)
René Urtreger (piano)
Sacha Distel (guitare)
Paul Rovère (contrebasse)
Al Levitt (batterie)
Enregistré à Paris, le 11 septembre 1957