Jazz au Trésor : Benny Goodman - At Carnegie Hall,1938

La séquence des perles ou des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, le souvenir d’un concert mythique de Benny Goodman, « The Famous 1938 Carnegie Hall Jazz Concert » qui changerait le cours de l’histoire.

Jazz au Trésor : Benny Goodman - At Carnegie Hall,1938
« The Famous 1938 Carnegie Hall Jazz Concert »

Un livre entier a été consacré à ce concert par Jon Hancock. Un évènement historique. Dans le milieu musical, il présentait pour la première fois du jazz dans un temple de la musique classique (le Carnegie Hall était alors le siège du New York Philharmonic). Par ailleurs, dans la société américaine, Benny Goodman (1909-1986) amenait là comme à son habitude une formation mixte, comme l’on disait alors, composée de musiciens afro-américains et de musiciens blancs. Enfin, de manière didactique, le programme présentait une rétrospective des vingt premières années du jazz en même temps qu’une présentation de ses développements les plus récents. 

Benny Goodman avait beaucoup hésité, craignant un échec commercial, mais les 2760 places s’étaient envolées plusieurs semaines à l’avance, même les plus chères à 2,75$, soit l’équivalent de 50$ aujourd’hui. Pour illustrer le parcours historique, Benny Goodman avait invité des solistes des orchestres de Duke Ellington et de Count Basie, mais tenait aussi à se produire aussi bien en trio (avec Teddy Wilson et Gene Krupa) qu’en quartet (Lionel Hampton en sus) qu’en big band ou avec des ensembles intermédiaires. À l’arrivée, 2h30 de musique éblouissante, le swing en majesté, des classiques gravés en état de grâce. Le critique de l’époque, jazz comme classique fut unanimement dithyrambique. 

Pourtant, il fallut attendre 1950 pour que le concert soit publié pour la première fois chez Columbia par John Hammond et George Avakian. Ce fut l’un des tous premiers double albums de l’histoire, qui plus est enregistré en concert, un exploit pour l’époque ! Il allait dépasser le million de ventes, donnant parallèlement lieu à un coffret de neuf 45 tours. La Cour Suprême avait jusque-là bloqué la publication du fait de la complexité de la répartition des droits venant à la fois du grand nombre de participants et de la multiplicité des partenaires. Peut-être une heureuse circonstance, parce qu’en retrouvant les bandes dans son appartement en 1950, Benny Goodman eut une idée géniale : présenter lui-même les différentes séquences du concert en enregistrant sa voix comme s’il s’agissait d’une émission de radio…

Le fait que le concert ait été enregistré et que les acétates d’origine aient pu être retrouvés tient du romanesque. C’est Albert Marx qui eut l’idée d’enregistrer le concert : il était marié à Helen Ward, qui avait été la chanteuse de l’orchestre de Benny Goodman de 1934 à 37. Son idée était de lui faire un cadeau surprise avec cet enregistrement et d’en avoir un second (les acétates étaient des exemplaires uniques) pour Benny. On en était à la préhistoire des enregistrements live : trois micros en tout et pour tout. Un était placé au dessus du pupitre du chef, au milieu de la scène, deux autres à l’arrière de l’orchestre. Aucune console de mixage : la prise de son fut identique quel que soit le nombre de musiciens sur scène ! Les micros étaient reliés à un camion de CBS garé à côté et le son acheminé par une ligne téléphonique. Deux studios équipés chacun de deux platines pour enregistrer sur acétate furent nécessaires pour avoir la totalité du concert. Il s’avéra que les vitesses n’étaient pas  exactement synchronisées ! CBS de son côté avait réalisé une copie sur un support aluminium. 

Le blocage de la publication pour les questions de droits (l’American Federation of Musicians opposant des conditions financières prohibitives) fit que Benny Goodman, pris par ses activités intenses oublia le projet. En 1947 la Cour Suprême trancha en déboutant la Federation. Et en 1950, l'une des filles de Benny Goodman retrouva les galettes dans un placard quand elle emménagea dans l’appartement que Benny venait de quitter. Mais une partie des documents n’était plus en très bon état. D’où une publication qui ne reprit que 75% du concert en 1950, après restauration par un ingénieur de CBS, Phil Savory. C’est là que Benny Goodman put rajouter ses présentations orales.

Et en janvier 1998, miracle : les masters en aluminium sont retrouvés dans les archives de CBS. Cette fois on a l’intégralité du concert et Phil Schapp s’occupe du remastering. Trois éditions numérisées successives, avec des livets détaillés ont ainsi pu voir le jour, en 1998, 2002 et 2006. Il aura quand même fallu 50 ans pour qu’on en arrive au happy end !

  • Don’t Be That Way

Benny Goodman Big Band
Benny Goodman (clarinette)
Ziggy Elman, Chris Griffin, Harry James (trompette)
Red Ballard, Vernon Brown (trombone)
Hymie Schertzer, George Koenig, Art Rollini, Babe Russin (saxophones, clarinettes)
Jess Tacy (piano)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - Benny Goodman : Presentation et Don't Be That Way

  • Sensation Rag

Benny Goodman Dixieland Quintet
Benny Goodman (clarinette)
Bobby Hackett (cornet)
Vernon Brown (trombone)
Jess Tacy (piano)
Gene Krupa (batterie)

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - Benny Goodman : Sensation Rag.....

  • I'm Coming Virginia

Benny Goodman Ensemble
Benny Goodman (clarinette)
Bobby Hackett (cornet)
Red Ballard, Vernon Brown (trombone)
Hymie Schertzer, George Koenig, Art Rollini, Babe Russin (saxophones, clarinettes)
Jess Tacy (piano)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)

  • When My Baby Smiles at Me

Benny Goodman Combo
Benny Goodman (clarinette)
Bobby Hackett (cornet)
Vernon Brown (trombone)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)

  • Shine

Benny Goodman Big Band
Benny Goodman (clarinette)
Ziggy Elman, Chris Griffin, Harry James (trompette)
Red Ballard, Vernon Brown (trombone)
Hymie Schertzer, George Koenig, Art Rollini, Babe Russin (saxophones, clarinettes)
Jess Tacy (piano)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)

  • Blue Reverie

Benny Goodman Combo
Benny Goodman (clarinette)
Cootie Williams (trompette)
Vernon Brown (trombone)
Johnny Hodges (sax soprano)
Harry Carney (sax baryton)
Jess Tacy (piano)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - Benny Goodman : Blue Reverie

  • Body and Soul

Benny Goodman Trio
Benny Goodman (clarinette)
Teddy Wilson (piano)
Gene Krupa (batterie)

  • Avalon

Benny Goodman Quartet
Benny Goodman (clarinette)
Lionel Hampton (vibraphone)
Teddy Wilson (piano)
Gene Krupa (batterie)

  • Loch Lomond

Benny Goodman Big Band
Benny Goodman (clarinette)
Ziggy Elman, Chris Griffin, Harry James (trompette)
Red Ballard, Vernon Brown (trombone)
Hymie Schertzer, George Koenig, Art Rollini, Babe Russin (saxophones, clarinettes)
Jess Tacy (piano)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)
Martha Tilton (voix, orgue)

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - Benny Goodman : Loch Lomond

  • Swingtime in the Rockies

Benny Goodman Big Band
Benny Goodman (clarinette)
Ziggy Elman, Chris Griffin, Harry James (trompette)
Red Ballard, Vernon Brown (trombone)
Hymie Schertzer, George Koenig, Art Rollini, Babe Russin (saxophones, clarinettes)
Jess Tacy (piano)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)

  • China Boy

Benny Goodman Trio
Benny Goodman (clarinette)
Teddy Wilson (piano)
Gene Krupa (batterie)

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - Benny Goodman : China Boy

  • Stompin’ at the Savoy

Benny Goodman Quartet
Benny Goodman (clarinette)
Lionel Hampton (vibraphone)
Teddy Wilson (piano)
Gene Krupa (batterie)

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - Benny Goodman : Stompin' at The Savoy

  • Sing Sing Sing

Benny Goodman Big Band
Benny Goodman (clarinette)
Ziggy Elman, Chris Griffin, Harry James (trompette)
Red Ballard, Vernon Brown (trombone)
Hymie Schertzer, George Koenig, Art Rollini, Babe Russin (saxophones, clarinettes)
Jess Tacy (piano)
Allan Reus (guitare)
Harry Goodman (contrebasse)
Gene Krupa (batterie)

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - Benny Goodman : Sing Sing Sing

Enregistré au Carnegie Hall, New York City, le dimanche 16 janvier 1938 (présentations parlée de Benny Goodman enregistrées en 1950)