Jazz au Trésor : Benny Carter - Further Definitions

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, un chef d’œuvre absolu de l’histoire du jazz, juste pour le plaisir : l’album « Further Definitions » que Benny Carter enregistra en 1961 chez Impulse. Un sommet de swing et de classicisme qui n’a pas pris une ride.

Jazz au Trésor : Benny Carter - Further Definitions
Benny Carter, © Getty / Bill Wagg

Au départ, une initiative du producteur Bob Thiele : à l’automne 1961, il poussa la porte du Copacabana à New York, où Peggy Lee était à l’affiche. Il voulait surtout discuter avec Benny Carter qui dirigeait et arrangeait l’orchestre de la chanteuse. Bob Thiele lui expliqua qu’il allait sortir plein d’enregistrements de Coltrane sur son nouveau label Impulse, et qu’il désirait publier aussi quelques albums davantage inscrits dans la tradition. Bob Thiele argumenta sur le fait que Coleman Hawkins et Jo Jones, deux amis de Benny, seraient peut-être disponibles… Benny Carter objecta qu’il n’avait pas touché à son saxophone alto depuis huit mois et qu’il n’avait aucun arrangement prêt pour enregistrer rapidement. Mais sur l’insistance du producteur, Benny Carter se fit livrer son saxophone à son hôtel new-yorkais et en une seule nuit coucha sur le papier huit arrangements pour quatre saxophones et section rythmique !

L’une des idées consistait à retravailler les compositions que Benny Carter avait enregistrées à Paris en 1937 avec Coleman Hawkins et Django Reinhardt et où Stéphane Grappelli était le pianiste. C’est ainsi que l’on retrouve Honeysuckle Rose et Crazy Rhythm, dans de nouveaux arrangements. Deux saxophones alto, deux ténor et une section rythmique : Benny Carter fut un brillant pionnier de l’écriture pour sections de saxophones et il fait preuve ici d’une maitrise magistrale. Précision d’écriture, concision des solos, un sentiment d’urgence envahit un contexte faussement « classique ». Car la séance associe subtilement ancienne et nouvelle génération du jazz en 1961 : à côté de Benny Carter, le fringant Phil Woods ; en parallèle à Coleman Hawkins, Charlie Rouse ; avec le guitariste John Collins (qui jouait comme Benny chez Nat King Cole), le pianiste Dick Katz ; et pour faire la paire avec Jo Jones à la batterie, Jimmy Garrison à la contrebasse, échappé du quartet de Coltrane…

Le miracle de « Further Definitions » tient à la cohérence de l’ensemble : un son collectif magnifiquement rendu par une prise de son qui vous installe à deux mètres en face des sax et laisse entendre la dynamique propulsée par la section rythmique. Est-ce l’aura de Benny Carter ? La qualité de ses arrangements ? Toujours est-il que chaque solo est comme gravé dans le marbre, chaque improvisation pourrait passer pour intégrée dans la composition.  

Cinq ans plus tard, Benny Carter remit le couvert avec une instrumentation similaire (juste un sax baryton en plus), mais sur la West Coast cette fois. Avec des pointures locales : Ray Brown, Barney Kessel et Bud Shank seraient de la partie. Il appelerait la séance « Additions to Further Definitions », pour un album cette fois essentiellement consacré à ses propres compositions. En 1997, Impulse réédita les deux albums conjointement sur un seul CD.

Honeysuckle Rose   
The Midnight Sun Will Never Set   
Crazy Rhythm   
Body and Soul

« Further Definitions »
Benny Carter, Phil Woods (sax alto)
Coleman Hawkins, Charlie Rouse (sax ténor)
John Collins (guitare)
Dick Katz (piano)
Jimmy Garrison (contrebasse)
Jo Jones (batterie)
Enregistré à New York les 13 et 15 novembre 1961

Titmouse
« Additions to Further Definitions »
Benny Carter, Bud Shank (sax alto)
Bill Perkins, Teddy Edwards (sax ténor)
Bill Hood (sax baryton)
Barney Kessel, Mundell Lowe (guitare)
Don Abney (piano)
Ray Brown (contrebass)
Alvin Stoller (batterie)
Enregistré à Los Angeles le 4 mars 1966