Jazz au Trésor : Alice Clark - « Alice Clark »

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition chez We Want Sounds de « Alice Clark » unique album de la chanteuse soul jazz, enregistré en 1972 pour le label Mainstream.

Jazz au Trésor : Alice Clark - « Alice Clark »
« Alice Clark », © Raymond Ross

Un chef d’œuvre de la soul, avec un fort parfum jazz… L’album culte d’une chanteuse inconnue à la carrière éphémère. Une poignée de singles en 1968, l’oreille affutée du producteur Bob Shad qui la repère et lui propose cette séance bouclée en deux jours à New York au printemps 1972. Il aura fallu que des DJs londoniens exhument cet album, à la fin des années 80, pour que le nom d’Alice Clark  sorte enfin de l’oubli. Et que l’album entre dans la légende. 

Wewantsounds s’est plongé dans les archives du label avec la petite fille de Bob Shad, Mia Apatow, pour percer le mystère Alice Clark. Ils ont ainsi mis la main sur toutes les photos des sessions prises par le célèbre photographe de jazz Raymond Ross. Wewantsounds a également retrouvé la trace du petit fils d’Alice Clark, ainsi que celle de Carmine Rubino, l’ingénieur du son ayant enregistré l’album, pour reconstituer patiemment le puzzle de la vie de la chanteuse et de l’enregistrement du disque. L’histoire est racontée dans un superbe livret de 20 pages, avec les témoignages des intéressés, une introduction par Mia et son frère Judd Apatow, des notes de pochette du journaliste Marcus J. Moore, ainsi que la reconstitution de la formation ayant accompagné Alice Clark. Sans oublier une sélection de photos magnifiques qui voient le jour pour la première fois, rendant hommage à cette étoile filante de la soul. 

On sait aujourd’hui qu’Alice Clark, disparue en 2004, à l’âge de 56 ans était entourée pour cette séance de musiciens qui jouaient à l’époque pour Aretha Franklin (le guitariste Cornell Dupreee, le batteur Bernard Purdie) et de familiers du big band d’Ernie Wilkins, qui dirigea et arrangea la musique. Née à Bedford Stuyvesant, un modeste quartier de Brooklyn où elle voit le jour en 1948, Alice Clark avait gravé un premier single pour le micro label Rainy Day sous la houlette de Billy Vera. Elle enregistra aussi deux 45 tours qui ne seront pas publiés. Elle partage alors son temps entre son métier de coiffeuse, sa famille et sa paroisse où elle se consacre au chant.

Quand Bob Shad, patron de Mainstream Records, label spécialisé dans le jazz et le gospel, lui propose de retourner en studio, Alice n’a choisi aucune composition. Ce sont Bob Shad et Ernie Wilkins qui vont lui concocter un répertoire sur mesure mêlant reprises inusitées et nouveaux morceaux composés spécialement pour le disque. Mais le fait que les arrangements tournent le dos aux tendances de l’époque (les sons Stax et Motown) contribuera à laisser l’album inaperçu.

  • I Keep It Hid
  • Looking At Life
  • Don't Wonder Why
  • Charms Of The Arms Of Love
  • It Takes Too Long To Learn To Live Alone 

Alice Clark (voix)
Ernie Wilkins (direction, arrangements)
Joe Newman, Sonny Cohn (trompette)
Charles Fowlkes (sax baryton)
Cornell Dupree, Earl T. Dunbar (guitare)
Ernie Hayes (orgue Hammond)
Paul Griffin (Fender Rhodes, piano)
Gordon Edwards (basse)
Bernard Purdie (batterie)
Maxine Weldon, Ellerine Harding (chœurs)

Enregistré à New York City, printemps 1972