Irreversible Entanglements - Who Sent You ?

Irreversible Entanglements, le jazz qui fait punkrocker.

Irreversible Entanglements - Who Sent You ?
Irreversible Entanglements, © Bob Sweeney

Reste focus ! On parle du futur, là ! Du rêve spectral, des ondes sonores re-façonnées – post-Katrina, post-Osage Avenue, post-Obamacare – qui ont nourri cette création, alors reste focus. 

Irreversible Entanglements est un collectif de free jazz, dont les membres basés à Philadelphie, New York et Washington DC sont la poétesse et MC Camae Ayewa (alias Moor Mother), également active en solo et membre de la version actuelle de l’Art Ensemble of Chicago, le saxophoniste Keir Neuringer, le trompettiste Aquiles Navarro, le bassiste Luke Steward et le batteur Tcheser Holmes

Après la sortie d’un premier album éponyme qui a fait date et une très longue tournée, Irreversible Entanglements présente son nouvel album “Who Sent You ?”, sur les labels International Anthem et Don Giovanni. “Who Sent You ?” c’est le jazz qui se fait punkrocker et la mystification de l’avant-garde, le son SF d’un quintet de jazz à l’âme incendiaire.

Who Sent You ? ils ont dit, du fond de leurs caissons cryogéniques, de leur champ d’induction basse intensité, rafistolés aux barres de lithium, aux toiles carbonisées de Romare Bearden et Howardena Pindell, dans une enveloppe de charogne cousue de fibres de chaos au cœur d’un bidonville incendié. Ils ont pris le temps de racler des prélèvements cendreux de ce qu’il restait de leurs âmes, un résidu épais, solidifié, grimpant encore sur les façades des immeubles de luxe flambant neufs, tel un lichen – unique preuve subsistante de leurs existences, preuve qu’ils sont issus du tissu de cette planète – ils étaient là, ils réparaient des ascenseurs, ils tournaient des clés à molette dans des champs quantiques. Jusqu’à ce qu’on les stoppe ! Qu’on les fouille ! Qu’on les change en de gigantesques fresques, en martyrs de 30 m de haut, sur des murs à l’arrière – la face nord – des supermarchés. Who Sent You?, ce sont les modulations de la matrice à l’œuvre. 

Who Sent You ?, ils ont demandé avant d’essayer de nous cloîtrer dans leurs mansardes délabrées, et pourtant le voilà : un album en forme de colis d’approvisionnement thermoscellé pour les préparatifs d’avant-vol des Afrofuturistes modernes. De cette fusion soul cinétique, de cette poésie spectrale, rêveuse mais douloureuse, de ce champ de force rythmique sur-tendu, le disque tisse une chaude couverture, qui réconforte et retranche, qui confronte et contraint tout en même temps, sa laine est de matière noire, celle de l’univers sombre, profond et dévorant.

Issus de deux ensembles distincts qui se sont rencontrés en 2015 à l’occasion d’un événement contre les violences policières (à la suite du meurtre d’Akai Gurley par la police de New York), les cinq musiciens se sont découvert une philosophie commune et se sont réunis pour une session studio impromptue à Seizure’s Palace, à Brooklyn. Cette séance a donné lieu à leur premier album éponyme “Irreversible Entanglements”, sorti sur les labels International Anthem et Don Giovanni en 2017. L’excellent accueil public et critique de l’album (inclus dans les classements de fin d’année de la NPR, du magazine Wire et de Bandcamp) a créé une forte demande de concerts et le groupe a passé l’essentiel de 2018 et 2019 sur la route. Il a collaboré avec de grands noms de la musique créative dont Amina Claudine Myers, Pat Thomas et Nicole Mitchell et se sont notamment produit au Pitchfork Music Festival à Chicago, au Guess Who à Utrecht, au Barbican de Londres, au Smithsonian de Washington DC et au festival francilien Sons d’hiver.

Si le premier album éponyme du groupe n’était qu’hymnes explosifs bruitistes et glorieuses rafales de vent stellaire, “Who Sent You ?”, lui, est un rituel focalisé, patient. Irreversible Entanglements a pris son temps entre les grooves, pour imposer un règne sans partage sur les rues en guerre du Deep South et les apocalypses post-colombiennes ; pris son temps pour ajouter notre ADN dans la centrifugeuse, pour élucubrer un alchimique amalgame au son euphorique, vraiment euphorique, baigné des jaillissements épiques d’une nova qu’eux seuls sont à même d’invoquer. Bien plus que la somme de ses parties – les lignes de basse belliqueuses de Luke Stewart, le saxophone entêtant de Keir Neuringer, les cuivres cyberpunk de Aquiles Navarro, la tempête coriace déchaînée par la batterie de Tcheser Holmes, et les incantations phylétiques de l’oracle Camae Ayewa – “Who Sent You ?” est une jam holistique totale “d’infinies possibilités et d’éternels retours”, une méditation en expansion pour afro-cosmonautes, un rappel des formes et des traumas du passé, comme des contours et de la vision des sons afro-topiques à venir.
(extrait du communiqué de presse)