Hommage à Jean-Jacques Avenel par France Musique

France Musique et des amis musiciens ont tenu à rendre hommage au contrebassiste français Jean-Jacques Avenel, parti le 11 août dernier à l’âge de 66 ans.

Hommage à Jean-Jacques Avenel par France Musique
visuel Jean-Jacques Avenel - mea 603 380

Nous vous l'annoncions ce lundi, le contrebassiste Jean-Jacques Avenel est mort le 11 août dernier des suites d'un cancer.
Pour lui rendre hommage, deux émissions lui seront prochainement consacrées sur France Musique. Nous vous proposons par ailleurs sur cette page, le témoignage de trois musiciens : Sophia Domancich, Simon Goubert et Benoît Delbecq, ainsi que deux archives musicales, pièces-témoins du talent de Jean-Jacques Avenel.

Emissions dédiées

25 août 2014 : Yvan Amar lui rendra hommage dans son émission Jazz Eté. Plusieurs enregistrements lives et sur cd du contrebassiste seront diffusés.

8 septembre 2014 : Anne Montaron consacrera pour la nouvelle édition d'A l'improviste, sa première émission à Jean-Jacques Avenel avec le trio Pourtant les cimes, composé du saxophoniste baryton Daunik Lazro, du contrebassiste Benjamin Duboc et de Didier Lasserre à la batterie et aux percussions. Isabelle Duthoit (voix et clarinette) sera l'invitée.

L'émission sera accessible au public dès 19h, au studio 106 de Radio France. Plus de précisions quant aux inscriptions très prochainement.


Paroles d'amis

Sophia Domancich, Simon Goubert et Benoît Delbecq, trois amis musiciens de Jean-Jacques Avenel livrent ici leurs sentiments pour offrir à nos mémoires des images « qui sonnent justes » de l'artiste disparu.

Simon Goubert, batteur
| Membre du trio DAG, créé avec Jean-Jacques Avenel
« Parmi les grands musiciens de jazz que j'ai eu la chance d'avoir pour amis, Jean-Jacques Avenel était un de ceux pour qui, en musique ou dans la vie, le sens de la liberté est l'élément sans doute le plus précieux ; celui qui nous maintient en mouvement, en éveil, en vie. Et si comme l'a dit Jean-Paul Sartre, « Être libre, c'est savoir dire non », alors Jean-Jacques était un musicien libre.
Depuis une vingtaine d'années, outre de merveilleux moments de vie, je lui dois notamment de m'avoir aidé à vaincre la peur de l'apparence musicale. Il nous mettait tranquillement et musicalement au pied du mur, et nous poussait à développer la confiance et la foi que l'on doit avoir en ceux ou celles avec qui l'on joue, avec qui l'on façonne la musique. Sur l'instant
». Simon Goubert

DAG - Pourquoi pas ?par onnojc

Benoît Delbecq, pianiste
| En collaboration avec Jean-Jacques Avenel durant de nombreuses années

« J'ai eu l'incommensurable privilège de croiser la route de Jean-Jacques dès l'adolescence : il jouait dans le sextet de Steve Lacy à la MJC de Marly le Roi. Lors du concert dont la musique me fascinait complètement, Jean Jacques avait improvisé un long solo dont l'intensité et la subtilité sont restés gravées à jamais en moi.

Cela a été et cela restera un honneur de l'avoir eu à mes côtés bien des années après. Ainsi j'ai pu côtoyer sa vision si intime de la liberté dans l'art, et de sa conviction sans faille qu'il fallait aller non seulement chercher la musique en soi, mais aussi collectivement.
Immense musicien à l'envergure internationale, respecté et admiré par tant de grands musiciens de par le monde, improvisateur libre et exigeant, Jean-Jacques poussait sans cesse plus loin ses conceptions à la contrebasse, en en inventant de nouvelles comme on ajoute un pigment à la couleur déjà belle, tout en poursuivant avec un amour passionné l'approfondissement de sa vaste connaissance de la musique du monde mandingue qu'il aimait tant et tenait à respecter fidèlement. Il allait « au charbon », disait-il.
Et chaque idée, chaque son choisi avec sa minutie d'orfèvre, chacune de ses visions d'une musique aux multiples reflets et rebonds sonores, poétiques, à la rythmicité toute prosodique, arrivait chez lui comme par un enchantement: un sens dont lui et lui seul avait le secret.

Jean-Jacques est l'exemple d'un musicien dont la quête de beauté, qu'elle fut pacifique ou sauvage (ou les deux à la fois) - n'avait d'égale que son humilité profonde, son sens de l'amitié heureuse, ainsi que sa colère devant les injustices de notre monde. Son regard irradiant détectait infailliblement la vanité où qu'elle se trouvait: les impulsions de son qu'il offre au monde en sont comme l'antidote ». Benoît Delbecq

Sophia Domancich, pianiste
| Membre du trio DAG, créé avec Jean-Jacques Avenel

« Jean-Jacques Avenel m'avait dit un jour : « Ne jamais se laisser coincer dans un rôle, ne pas se laisser enfermer dans une fonction, c'est ce que m'a appris Steve Lacy ».
Jean-Jacques était un musicien qui dessinait l'espace pour y évoluer à sa guise avec vivacité et énergie, sans compromis ni bavardage. Son exigence allait de pair avec sa sensibilité, sa force avec sa tendresse. C'est ce qui rendait sa présence si précieuse : celle d'un ami cher et d'un immense musicien ». Sophia Domancich

Jean-Luc Cappozzo, trompettiste et bugliste
| En collaboration avec Jean-Jacques Avenel durant de nombreuses années

« Jean-Jacques était un musicien exceptionnel : il suffisait de voir l'assistance à la cérémonie de sa crémation : de grands musiciens français, des musiciens noirs américains, des musiciens africains, c'était impressionnant de voir réunis tous ces musiciens pour un dernier adieu .........
Il était également un homme profond, fidèle en amitié, sensible et exigeant. J'aurai eu la chance d'être de ses amis, d'avoir partagé la musique avec lui, d'avoir passé des moments privilégiés chez nous, chez lui à Paris, à Noirmoutier..........

Il (est) a été très important pour moi : j'ai fait des progrès à son contact, j'ai eu la chance de jouer en trio avec lui et John Betsch : des souvenirs inoubliables qui m'ont construit et continuent à le faire, comme une empreinte profonde dans mon âme ......

Son dernier souhait musical était de jouer la musique de Steve Lacy : nous l'avons fait avec Jacques Di Donato et Sangoma Everett (John était malheureusement indisponible) pour un seul concert , grâce à Philippe Ochem (que je remercie vraiment). Je suis heureux et fier d'avoir partagé avec lui ce concert qui lui tenait tant à coeur .........
Nous avons joué également dans le quintet de Sophia Domancich, avec Simon Goubert et Michel Marre, autres moments merveilleux .........

Il me reste sa présence en moi, comme un point de repère, une petite lumière, un exemple de courage, de force de vie, de droiture ....... ». Jean-Luc Cappozzo

Michel Edelin, flûtiste
| En collaboration avec Jean-Jacques Avenel ces dernières années

Le lion est mort. Ses amis africains l’appelaient Waraba (1), le lion. Avec le jazz, la musique mandingue était sa seconde patrie – on sait qu’il jouait également de la kora. Habitée par ces deux amours, sa contrebasse nous enveloppait d’un réseau de rythme et de son (et quel son !) d’où émanaient l’écho des clubs new-yorkais du petit matin et les senteurs des bois précieux africains. Jean-Jacques n’était pas un accompagnateur de fond de scène, mais un guide qui marchait devant et montrait la route. Il nous libérait, nous soulevait pour nous laisser entrevoir l’océan des possibles.

l’image de sa contrebasse, Jean-Jacques était un homme debout et droit, étranger aux effets de cour et aux petites compromissions. Allergique aux étiquettes, sa musique sculptait des espaces de liberté. Il jouait de tout son corps et de toute son âme et disait non au faux-semblant, à l’imposture, à la copie conforme stérile et à l’aliénation. Pour autant, cette exigence et cette droiture ne faisaient pas de lui un ascète racorni et bougon. Il aimait la vie. Sa famille, ses amis, son île de Noirmoutier, la contemplation de Paris et du Panthéon depuis son balcon, la littérature, les mets savoureux ( ode aux Prat-ar-coum que nous avons quelques fois partagées …).

Son humour distancié, sobre et subtil s’exprimait par un simple geste, une attitude ,un mot ,une formule colorée de gouaille parisienne par son soupçon d’accent havrais. Ce qu’il nous offrait par sa musique et sa fidèle amitié en faisait un des êtres les plus attachants que j’aie pu connaître. Personnage modeste et sensible, au romantisme pudique, il vouait affection et considération à ceux qu’il respectait et appréciait. Cette affection admirative, il la réservait plus particulièrement à celui qui l’avait « inventé » et qu’il a suivi pendant tant d’années : Steve Lacy .

Nous aurions pu fêter nos 20 ans de collaboration en 2015. Le quartet avec Jacques Di Donato et Simon Goubert a en effet été constitué en 1995 (première de ce qui deviendra le fameux binôme Jean-Jacques Avenel / Simon Goubert). Nous avons également joué en trio avec John Betsch, au sein de son groupe « Waraba » (Moriba Koïta, Yakhouba Sissokho, Lansiné Kouyaté), dans d’autres groupes constitués par Steve Potts et plus ponctuellement en duo ou en quintet ( avec John ou Simon, Nicole Mitchell , Steve Lehman , Thomas Savy … entre autres musiciens). C’était à chaque fois le plaisir de retrouver un ami, le sentiment de sérénité dans l’assurance que nous pouvions nous appuyer sur lui en toute confiance et avec une pointe d’excitation, un picotement d’attente gourmande provoqué par la perspective de ce qu’il allait créer pour nous surprendre et nous propulser là où nous ne serions pas allé sans lui. Les plus grands ont fait appel à lui – je laisse aux spécialistes le soin d’en établir la liste exhaustive – et qu’on l’appelle JJ à la manière dont on nomme JF ou Jean-Jacques comme on dit Miroslav ou Avenel comme on dit Mingus ou Jean-Jacques Avenel comme on dit Scott LaFaro, chacune de ces dénominations rend compte de sa place dans le club des grands contrebassistes en le désignant comme leur pair.

A l’occasion d’une interview télévisée succédant à un concert de son groupe en Allemagne, Steve Lacy avait dit avec justesse que Jean-Jacques était « un génie de la contrebasse ». J’ajouterai tout simplement que Jean-Jacques Avenel était «quelqu’un de bien ». Michel « Mansaké » (2) Edelin.

(1) «Waraba » Songlines Recordings.
(2) Jean-Jacques m’appelait souvent ainsi, du nom que les musiciens africains de Waraba m’avaient attribué. _____

Archives

► En octobre 2010, Jean-Jacques Avenel avait réalisé un solo de contrebasse dans l'émission A l'improviste d'Anne Montaron.
A l'improviste : Solo de Jean-Jacques Avenel

A l'improviste : solo de Jean-Jacques Avenel et...par francemusique

A l'occasion du Festival Jazz à Vannes en juillet 2011, le trio DAG composé de Sophia Domancich, Jean-Jacques Avenel et Simon Goubert joué dans l'émission Concert de Jazz. France Musique vous propose la réécoute du concert.

Écoutez

Concert de Jazz - Festival Jazz à vannes - DAG trio (Sophia Domancich, Jean-Jacques Avenel, Simon Goubert)

► Pour l'émission Jazz sur le vif de Xavier Prévost, Jean-Jacques Avenel, Jean-Luc Cappozzo et John Betsch avaient donné un concert. Le voici.

Jazz sur le Vif - Trio Jean-Luc Cappozzo Jean...par francemusique _____

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