Hommage : disparition du photographe Louis Grivot dit Horace

Il fut un témoin souvent militant de la vie du jazz depuis le milieu des années 60 et a particulièrement accompagné ses expressions joyeusement free. Horace nous a quitté à 80 ans mardi 20 avril.

Horace avait pris du recul avec l’agitation de la scène parisienne et celle des festivals et vivait en Aveyron, à Decazeville. Jean Rochard, sur son site nato-glob consacre un hommage vibrant à ce témoin de la vie du jazz en France sur près d’un demi-siècle :

Il y a cette époustouflante photographie de Jimi Hendrix prise à l’île de Wight en 1970, une photographie (parue en 1972 dans un petit bouquin d’Alain Dister) où hurle l’impossible futur de l’effarant aérolithe de Seattle. Un cliché signé Horace. Le révélateur révèle. Louis Grivot s’était choisi ce coriace nom d’Horace pour signer ses photographies où son approche de la musique, du jazz, concordaient en toute profondeur avec abords et débords de sa vie politique, de nos vies politiques. L’esprit de nos jeunes années lisait aussi avidement d’affutées plumes de références qu’il songeait par les images qui constituaient autant de points de vue : Horace, Philippe Gras, Guy Le Querrec, Valerie Wilmer, Christian Rose, Gérard Rouy, Thierry Trombert, Jean-Pierre Leloir, Jacques Bisceglia, Giuseppe Pino, étaient alors quelques sérieux indicateurs de partis sérieusement pris. Des impressions de directions musicales. Horace photographiait activement et sa seule présence dans la salle caractérisait le moment musical comme un moment communal.

Avec Philippe Carles, Thierry Trombert et Francis Marmande, il avait réalisé le montage audiovisuel Bird is free, façon de constater que nos pendules d’alors allaient dans la bonne direction. Festivals et lieux de concert d’intention véritable projetaient tous Bird is Free avec le plus souvent une seconde partie complémentaire, musicien en solo dit absolu. Free n’est pas un vain mot, free n’est pas un style. Horace taillait d’objectif dans la densité des musiques noires, des musiques rouges, échos des graffitis qu’il adorait. Il était là, à Alger ou à Dunois, pour Albert Ayler, Charles Mingus, Aretha Franklin, Colette Magny, Michel Portal, Jac Berrocal, Bernard Vitet, Un Drame Musical Instantané, Louis Sclavis, Steve Lacy, Peter Brötzman, Han Bennink, Annick Nozati, Lol Coxhill, Daunik Lazro, le Black Panther Party et mille autres, mais aucun au hasard, par mode ou par commande. Flamme transmetteuse, dès 1971, avec Gérard Aimé, il avait créé une école de photographie et en 1985, le service télématique Music line.

L’impossibilité du futur comme celle de la liberté des oiseaux sont de grands sujets où, de nos jours, les images bien souvent s’embrouillent. Horace avait saisit quelque chose. Sa route s’est arrêtée en Aveyron hier soir, à 80 ans, à la suite d’une mauvaise chute. 

Biographie de Horace sur a-l-oeil.info