Hommage à Sonny Simmons

Disparition d’un héros trop discret du free jazz. Le saxophoniste alto Sonny Simmons est mort le 8 avril 2021, à l’âge de 87 ans.

Hommage à Sonny Simmons
Sonny Simmons, © Getty / Frans Schellekens/Redferns

Élevé à Oakland (Californie), il étudie le ténor dont il joue à partir des années 50, puis passe à l’alto. 

“Il se met au saxophone alto et ne vise qu’à exalter l’esprit de « Bird » sans l’imiter : « Si tu détruis, dit le poète, que ce soit avec des outils nuptiaux. » D’où cette rage, cette véhémence, ce lyrisme, jamais démentis chez Sonny Simmons, jusqu’à la fin.” (Francis Marmande, Le Monde)

Ensuite, gravitant à New York dans les cercles de l’avant-garde, il rencontre le flûtiste Prince Lasha avec qui il reste associé pendant douze ans à travers diverses formations, dont le quintet dans lequel il enregistre pour la première fois en 1962, l’album “The Cry !”.

“Avec son alter ego, Prince Lasha, ils croisent John Coltrane, Sonny Rollins, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Don Cherry, Sun Ra ; ils enregistrent plusieurs albums, composent le sublime Music Matador pour Eric Dolphy. Très chantant, porté par la douceur de l’amitié et celle du combat. Ce qu’on appelle le « free ». La critique raciste n’hésite pas à dénoncer les « phrases maltraitées d’Eric Dolphy »” (Francis Marmande, Le Monde)

Il se partage entre New York et la Californie, enregistre et joue aussi avec Eric Dolphy, Elvin Jones, et fonde, en mêe temps un groupe avec sa femme, Barbara Donald, avec qui il enregistre sous son nom pour ESP (“Staying on the Watch”, 1966). Il participe au Festival de Woodstock (1969), enregistre “Burning Spirits” en 1970, apparaît au Festival de Nairobi l’année suivante avec Bobby Hutcherson et Prince Lasha, puis au cours des années 80, joue exclusivement en Californie (ce dont témoigne un disque de 1982, avec, notamment Joe Bonner (piano), Herbie Lewis (basse) et Billy Higgins (batterie). On le retrouve à New York, sur la scène du club First On First, en 1987. Il enregistre à nouveau en 1994, “Ancient Ritual”, pour le label de Quincy Jones. 

Après une période de problèmes familiaux et personnels, il forme en 2000 avec Michel Marcus, le collectif The Cosmosamatics, puis se partage entre l’Europe et les Etats-Unis. 

_"Sobrement, les fiches en ligne expédient l’aventure en deux mots : « Genre : jazz ; style : free-jazz ». Rien sur la singularité des compositions (Quasar). Rien sur la fidélité au passé, toujours présent (Mingus Mangus). Rien sur l’originalité de l’instrumentarium (dans Beyond the Inner East, Karen Borca est au basson et Samir Chatterjee au tabla). Rien sur le programme qu’indique le dernier titre : New Line Groove.”_ (Francis Marmande, Le Monde)

Entré dans la mouvance d’Ornette Coleman après avoir subi l’influence de Charlie Parker, ce musicien doué, qui joue aussi du cor anglais et a composé quelques thèmes célèbres en leur temps, a participé très tôt au jazz d’avant-garde, proposant, le plus souvent sur un air d’alto fortement timbré, un jeu d’une véhémence exaltée et s’inscrivant davantage dans le mainstream de la New Thing qu’au nombre de ses véritables novateurs.

(Jean-Pierre Moussaron, extrait du Dictionnaire du Jazz)

Prince Lasha, Sonny Simmons « The Cry ! »
Lost Generation (Prince Lasha, Sonny Simmons)
Sonny Simmons (saxophone alto)
Gary Peacock (contrebasse)
Gene Stone (batterie)
Contemporary 1962