Hommage à Howard Johnson

Le saxophoniste baryton, bassiste, tubiste, clarinettiste basse, bugliste, “penny whistler”, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre américain, est mort le 11 janvier 2020 à 79 ans.

Hommage à Howard Johnson
Howard Johnson, © Getty / ullstein bild

Quand, autodidacte, Howard Johnson débute à douze ans au baryton, il doit le poser au sol et ne peut atteindre les notes les plus basses. L’année suivante, dans l’orchestre de l'école,il prend le tuba. Et c’est au tuba, dans une formation dixieland, qu’il se sentira intimement lié à la section rythmique, sentiment qu’il retrouvera à la basse électrique, auprès de Carla Bley (dans le Jazz Composer’s Orchestra) ou de Gato Barbieri. Arrivé à New York en 1963, il commence par le groupe de Mingus, de 1964 à 1966, avec une interruption pour rejoindre l’orchestre de Hank Crawford. Pendant plusieurs mois, ensuite, il travaille avec Archie Shepp (1966) et devient membre à part entière des formations de Gil Evans.

Tuba dans le big band de Buddy Rich, il rejoint la Côte Ouest en 1967 où il travaille avec Gerald Wilson et Oliver Nelson. Aussi habile à remplacer Harry Carney chez Ellington qu’à s'intégrer dans les grands groupes de rock, Johnson devient une pièce essentielle des événements des années 70 : Bill Dixon, Evans, Shepp, C. Bley, l’orchestre de JCOA, le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, Barbieri, Beaver Harris et son 360 Degree Music Experience ou tel enregistrement de Michel Portal ne le détournent jamais complètement de participations publiques (à la télévision, ou pupitre de la chanteuse Bette Midler) non plus que d’interventions actives (musicien et arrangeur) dans la musique pop, rock ou le blues : Taj Mahal, Paul Butterfield, B.B. King, Paul Simon etc. 

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Tout en devenant permanent des Special Edition de DeJohnette, des ensembles de George Gruntz ou du big band de Gillespie, Howard Johnson dirige son groupe inégalé de cinq ou six tubas avec section rythmique, nommé Substructure dans un premier temps, Gravity ensuite. Il a enregistré aussi avec, en 1988, H. Crawford, McCoy Tyner, le grand orchestre Orange then Blue du batteur George Schuller (fils de Gunther), l’année suivante avec Abdullah Ibrahim, la saxophoniste Erica Lindsay… Au cours des années 90, on le retrouve en Allemagne, dans des big bands de radio. De retour aux Etats-Unis, il participe au Brass Orchestra de J.J. Johnson (1996) et aux bandes-son des films de Spike Lee "School Daze”, “Mo’ Better Blues”, “Malcolm X” et “Clockers”. Dans les années 2000, il enregistre aux côtés de George Gee, Mario Pavone, David Newman, Heini Schmid (Heavy Tuba) et participe au Concert Jazz Band de Gruntz. Marciac 2011 : il fait partie de l'orchestre de T.S. Monk.

Aspiré par les registres graves de toutes les familles d’instruments qu’il fréquente comme par l’accent mythique de son origine (les Noirs, rappelle-t-il, n’avaient pas droit à la voix grave devant les maîtres), Howard Johnson n’est pas seulement, au sens américain du terme, dans son jeu même, un musicien versatile : malléable, mobile, disponible, il est à lui seul, quasi théâtralement, dans sa vie même comme dans son corps généreux, une image forte de la musique afro-américaine.

Sa passion des graves rejoint celle du rythme. Son goût des instruments monstrueux et démonstratifs (tubas) est contredit par une singulière légèreté d’expression. Une aérienne délicatesse qui saisit et séduit. N’ayant jamais eu à durcir ses positions, sage et serein; il apparaît en double gracieux et nécessaire de Mingus (lui aussi corpulent, dans les graves, mais tous les jours en colère). Et, en fin de compte, il vit le métier de musicien comme un acte poétique.
(In Le nouveau dictionnaire du jazz - Francis Marmande)