Le jazzman Franck Nicolas entame une grève de la faim

Mardi 24 avril 2018, le musicien Franck Nicolas a entamé une grève de la faim. Il veut faire entendre exaspération quant à la perception de sa musique, qu'il estime dépréciée. Pour lui, le jazz antillais est un style à part entière et il veut le faire savoir.

Le jazzman Franck Nicolas entame une grève de la faim
Le jazzman Franck Nicolas entame une grève de la faim, © Serge Monroc

Franck Nicolas s'est mis depuis le mardi 24 avril 2018 en grève de la faim. Le trompettiste et enseignant, originaire de Guadeloupe et qui a effectué une partie de sa formation à Montpellier, espère se faire entendre par ce moyen. Il estime que le jazz antillais n'est pas assez reconnu, pas assez diffusé. Inventeur du jazz ka, style qui mélange jazz et musique traditionnelle guadeloupéenne, il nous explique ses revendications.

France Musique : Quelle est la signification de ce "coup de gueule" soudain ?

Franck Nicolas : Dans les festivals de jazz, il n'y a pas d'ouverture pour la musique que j'ai créée. Ou alors il est très difficile d'en avoir. Quand on a pu jouer dans des festivals, avec mes amis, c'est parce que des gens nous connaissait, moi ou l'un des musiciens. Le problème est là, on est déprécié, on est minimisé quant à notre travail, qui n'est autre que du jazz. Pourtant, à chaque fois qu'on a été programmé, on a fait un carton. 

Que souhaitez-vous ? Être programmé dans des festivals très prestigieux ?

J'aurais voulu avoir la chance d'être programmé sur la grande scène de Marciac. J'y ai joué, mais dans le festival off, pendant quatre ans. Mais quand j'ai proposé mon groupe avec mon concept, ça a été tout de suite refusé. La réponse a été claire : « Ce n'est pas du jazz ». Quand on fait quelque chose de nouveau, ça peut heurter les gens. Le jazz ka, il faut le voir comme l'innovation qu'il y a eu dans les années 1960 avec la bossa nova. C'est le jazz classique qui se mêle au rythme d'un pays. Sauf que nous, c'est tout récent, le jazz ka a été créé en 2002.

N'y a-t-il pas des festivals dédiés à ces musiques ?

Si, mais ce sont des initiatives venant d'Antillais, ils ont lieu aux Antilles. Je n'ai pas envie d'attendre mes 80 ans pour jouer à Marciac. Se faire programmer, c'est un combat.

Qu'est-ce qui pourrait vous faire sortir de votre grève de la faim ?

Avoir des réponses concrètes de festivals, mais aussi de politiques. Les musiciens guadeloupéens aimeraient avoir plus de visibilité sur le plan national avec l'aide de la France. On va souvent jouer chez nous, en Guadeloupe, c'est super de prendre l'avion, mais on veut être considéré comme musique française. Il faut absolument que la musique de notre peuple soit mise en lumière. Pour l'instant, il n'y a aucune aide en faveur de la musique qu'on fait. Même Kassav n'a jamais été sponsorisé par la France, ça veut dire qu'il y a une discrimination.