Disparition du trompettiste Clark Terry

Le trompettiste de jazz Clark Terry s'est éteint ce samedi 21 février à l'âge de 94 ans.

Disparition du trompettiste Clark Terry
Clark Terry ©X/DR

Il était hospitalisé depuis plusieurs mois, supportant de moins en moins les conséquences de son diabète. Le 14 décembre dernier, Wynton Marsalis avait emmené le Jazz at Lincoln Center Orchestra au grand complet jouer dans son établissement hospitalier pour l’aider à souffler les bougies de son 94ème anniversaire. Cécile McLorin Salvant était également de la fête.

Clark Terry aura traversé quasiment un siècle de jazz avec une modestie et un altruisme désarmants, si l’on considère son éblouissante technique (trompette et bugle confondus), ses collaborations prestigieuses et son influence sur plusieurs générations de trompettiste, à commencer par Miles Davis, jusqu’à Jon Faddis ou Wynton Marsalis…

Originaire de St. Louis (comme Miles), ce pédagogue né aura été une sorte de Coleman Hawkins de la trompette. Un passeur entre le classicisme forgé dans le blues et le swing des années 40 et les audaces formelles des années 60 et au-delà. Il fit ses premières armes chez Count Basie (1948-51), qui lui apprit que les notes qu’on ne joue pas sont aussi importantes que celles que l’on joue… Il enchainera par un long séjour ellingtonien (1951-59) qui lui offrit un cadre soyeux pour une créativité et des innovations qui ne disaient pas leur nom.

Clark Terry osera beaucoup ensuite, avec une élégance délicieusement mutine : demander à Thelonious Monk de l’accompagner, surfer sur le trio d’Oscar Peterson, chantonner en marmonnant (mumbling) le blues en filigrane, sillonner l’Europe avec Quincy Jones, s’adonner à l’art de la fugue avec Gerry Mulligan ou Bob Brookmeyer, donner la réplique à Ella Fitzgerald ou enregistrer un duo avec la contrebasse de Red Mitchell, multiplier les trumpet summit avec les jeunes loups qu’il couvait du regard…

Témoin de la brutalité de l’Amérique raciste lors de ses tournées avec Basie, il sera le premier musicien Noir à apparaitre chaque soir pendant douze ans à la télévision dans l’orchestre du Tonight Show de Johnny Carson sur NBC. Et au rayon comptable, pour bien mesurer l’emprise de Clark Terry sur un siècle de jazz toutes générations confondues, il faut savoir que si Dizzy Gillespie apparaît dans 501 sessions d’enregistrement et Louis Armstrong dans 629, Clark Terry, lui aura porté ce nombre à 905 (en 2010), dont 114 en leader…

Avec l’aide de son épouse Gwen, il avait publié son autobiographie, « Clark » en 2011. Juste avant, il avait livré une interview truculente à Marc Myers pour son blog Jazz Wax . Ce qu’aura proposé Clark Terry, sa vie durant ? Un autoportrait du jazz dans ce qu’il a de plus généreux.

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