Comment Louis Armstrong est-il devenu une star ?

Trompettiste virtuose, chanteur à la voix rauque et soliste novateur, Louis Armstrong est une véritable légende du jazz. Il n’était pourtant pas prédestiné à le devenir. Retour en vidéo sur la vie de “Satchmo”.

Comment Louis Armstrong est-il devenu une star ?
Trompettiste virtuose, Louis partageait son surnom "Satchmo" avec son instrument. , © Getty

Louis Armstrong naît en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans, en 1901. Il n’est pas issu d’une famille de musiciens, mais cette ville lui offre un environnement musical fécond. « C’est une ville où il y a de la musique partout, que ce soit de la musique religieuse ou de la musique profane, développe Florian Royer, journaliste. Il a été tout de suite baigné dans cet univers, quand il sortait dans la rue, ou qu’il allait faire des courses, des petits boulots. » 

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Le petit Louis y est élevé par sa grand-mère, sa mère et ses multiples beaux-pères. En 1913, le jour du Nouvel An, un évènement marque sa vie et sa future carrière. Il emprunte le revolver de son beau-père et pour impressionner ses amis, il tire un coup de feu en l’air... Un policier l’aperçoit et il est envoyé dans une maison de correction réservée aux jeunes garçons noirs, le Colored Waifs Home for Boys. Il y passe un an et demi et intègre l’orchestre de l’établissement, où il apprend à jouer du cornet. 

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À sa sortie, il est décidé à devenir musicien. Il se perfectionne, il intègre différents orchestres, il remplace des cornettistes et il joue sur des riverboats, des bateaux à aubes typiques des Etats-Unis. « Le fait de jouer sur ces riverboats va lui permettre d'être connu en amont de La Nouvelle-Orléans et de la Louisiane. Son aura va monter jusque dans le Minnesota, jusqu'à Saint-Paul et Memphis », explique Florian Royer. 

Le rôle de sa seconde épouse

À la Nouvelle-Orléans, un musicien joue un rôle crucial dans la vie de Louis : King Oliver. Il lui donne des cours de cornet et reconnaît le talent du jeune homme. En 1922, il le fait venir à Chicago, la ville où le jazz décolle. Il l’intègre à son orchestre et ils enregistrent des disques. Le nom de Louis Armstrong commence à se faire connaître. « Après Chicago, il va faire des disques avecFletcher Hendersonà New York. Le fait de se déplacer de la Nouvelle-Orléans, à Chicago, puis New York, et de rencontrer le phonographe, de faire des disques, même si ce n’est pas tout de suite sous son nom, grâce à tout cela il devient célèbre dans le monde musical », analyse Florian Royer .

A cette époque, une autre personne joue un rôle capital dans sa vie privée et professionnelle : sa seconde femme, Lilian Hardin, dite Lil Hardin. Ils se rencontrent dans l’orchestre de King Oliver en 1922. « Lil Hardin vient d’une famille assez bourgeoise. Elle jouait du piano classique et elle a aidé Louis Armstrong dans la lecture. Elle l’a aussi aidé à s’affirmer. C’était une maîtresse femme qui l’énervait un peu puisqu’ils ont divorcé après, mais elle l’a aidé à se construire, c’est pour cela qu’il connaissait beaucoup de mélodies classiques », explique Irakli Davrichewy, trompettiste et spécialiste de Louis Armstrong. 

Le succès de New-York à Paris

De plus en plus reconnu, Louis Armstrong décide de former son propre groupe, les Hot Five, puis les Hot Seven. Peu à peu il devient une star nationale, apprécié pour son personnage souriant et charismatique mais aussi pour son évident talent de trompettiste. « Ce qui épatait les gens, c'est qu'il avait toutes les qualités en tant que musicien et trompettiste. Le swing, la mise en place, le son, les idées. Il ne tombait jamais dans la mièvrerie », analyse Irakli Davrichewy. « Il y a aussi cette technique, cette propension à aller, notamment à la fin des morceaux, dans le suraigu avec sa trompette et d'enchaîner les notes suraiguës », ajoute Florian Royer. Une qualité technique très recherchée par le public et qui participe à sa renommée.

Fort de son succès national, Louis Armstrong tente sa chance à l’étranger avec une première tournée en Europe en 1932, plutôt ratée. « Elle avait été mal préparée par son manageur de l'époque, Johnny Collins, une espèce de gangster irlandais. Il n'y avait pas de date, ni d’enregistrements de prévus » explique Florian Royer. Partie remise l’année suivante en 1933, Armstrong repart sur les routes européennes. Royaume-Uni, France, Norvège, Italie... Son nom s’internationalise.

"Satchmo" au cinéma

Il revient aux Etats-Unis en 1935, la technologie l’aide alors à devenir encore plus populaire. « Les circuits de distribution de disques sont meilleurs : le prix des disques et le prix des machines pour disques ont baissé. Il y a donc un plus grand public qui peut avoir accès à ses enregistrements. Et puis surtout, il y a la radio qui s'est beaucoup développée et Louis Armstrong y est très souvent présent. Enfin, il y a le cinéma », ajoute Florian Royer.  Le musicien joue sous propre rôle dans plusieurs films, Artistes et Modèles (1937) de Raoul Walsh et Haute société (1956) de Charles Walters, avec Grace Kelly et Franck Sinatra. En 1957, un documentaire biographique est produit sur lui, intitulé Satchmo The Great.

Le titre du film utilise le célèbre surnom d'Armstrong : « Satchmo », dont l’origine pose encore question. « Il y a beaucoup d’hypothèses, résume Florian Royer. Soit il vient de « satchel-mouth », parce que Louis Armstrong avait une bouche assez grande. Mais il semblerait que « Satchmo » soit plutôt le surnom que Louis Armstrong a lui-même donné à sa trompette. On l’entend l’utiliser sur certain enregistrement. Le musicien et l’instrument se confondraient au sein d’un même surnom. »

Trompettiste et chanteur obligé

Mais s’il entretient une relation fusionnelle avec sa trompette, de là à porter le même surnom, il devient aussi célèbre pour son autre instrument : sa voix. « Il n'aurait fait que jouer de la trompette, je ne sais pas s'il aurait été aussi connu, analyse Irakli Davrichewy. Le fait de chanter lui a ouvert des portes incroyables, parce qu'avant on ne savait pas chanter avec une voix rauque. » 

Cette voix grave et très reconnaissable, il l’utilise de plus en plus et pas seulement pour le goût du chant. « Dès les années 1930, Armstrong a des problèmes de lèvres avec sa trompette, développe Florian Royer. Ses lèvres le font énormément souffrir à cause de sa technique qui lui détruit les lèvres. Il va donc passer d'un musicien qui chante parfois, à un vocaliste qui joue de la trompette. »

Armstrong face à la ségrégation

When It's Sleepy Time Down South, On The Sunny Side Of The Street, West End Blues, Louis Armstrong chante et joue ses tubes dans le monde entier. Il enchaîne les tournées internationales mais aussi les concerts aux Etats-Unis, dans une période difficile pour un chanteur noir. Il passe quasiment toute sa carrière sous la ségrégation américaine. 

L’artiste s’exprime peu sur les sujets raciaux et politiques, mais en 1957, au fait de sa célébrité, il s’insurge contre un évènement raciste en Arkansas. Après l’abolition de la ségrégation dans l’enseignement public aux Etats-Unis, les établissements doivent rendre leurs classes mixtes. Neuf étudiants afro-américains dans la ville de Little Rock sont pourtant empêchés de se rendre dans leur lycée en 1957. Le gouverneur de l’Etat et une foule vociférante leur interdit l’accès au bâtiment, et veulent conserver les lois ségrégationnistes. La crise dure trois semaines. 

Touché par cet évènement, Louis Armstrong réagit : « Armstrong a trouvé que le président Eisenhower, qui était en poste à l'époque, n'en faisait pas assez, explique Florian Royer. Donc, il a tout simplement décidé d’annuler sa tournée. Il est entré dans une grosse colère. Il s'est permis de le faire parce qu'il était une grosse vedette en 1957 et qu'il savait que son image d'ambassadeur du jazz, c'était aussi une image d'ambassadeur artistique des États-Unis. »

Le succès "Hello Dolly"

Dans les années 1960, la santé de Louis Armstrong décline, et d’autres types de musique ont la faveur du public. Mais la star reste compétitive et l'artiste continue d’enregistrer des tubes planétaires, comme Hello Dolly en 1964, qui devient l'un de ses plus célèbres succès. 

Sharon Preston-Folta se présente comme la fille de Louis Armstrong. Elle n’a jamais été reconnue par son père, mais se souvient l’avoir suivi lors de plusieurs tournées. Elle garde précieusement en souvenir une interprétation sur scène d’Hello Dolly par son père : « Il la jouait et la foule devenait dingue, il la jouait encore, à chaque fois d’une manière différente. Il s’amusait tellement. Il y a eu au moins sept rappels. C’était tout lui, il tirait son énergie du public. Il adorait ce qu’il faisait et il se sentait vraiment privilégié. Et son cornet... c’était le meilleur. »

Retrouvez "Un été avec Louis Armstrong", avec Florian Royer, de 18h à 19h le samedi et dimanche : https://www\.francemusique\.fr/emissions/un\-ete\-avec\-louis\-armstrong