Al Jarreau, légende du jazz vocal, est décédé

Le chanteur Al Jarreau est décédé le dimanche 12 février à 76 ans quelques jours après avoir mis un terme à sa dernière tournée. En plus de 50 ans de carrière, son répertoire a navigué entre le jazz, la pop et la soul.

Al Jarreau, légende du jazz vocal, est décédé
Al Jarreau, en 2007 lors d'un concert à l'Auditorium Stravinski du Montreux Jazz Festival, © AFP / FABRICE COFFRINI / AFP

Le 8 février dernier, Al Jarreau annonçait sur les réseaux sociaux qu'il arrêtait sa tournée alors qu'il prévoyait de nombreux concerts tout au long de l'année 2017. Une mise en retraite due à une trop importante fatigue. Quelques jours plus tard, le dimanche 12 février, ces mêmes réseaux sociaux, par l'intermédiaire de son manager Joe Gordon, annonçaient le décès du chanteur à l'âge de 76 ans, après une carrière riche de plus de 50 ans, récompensée 7 fois par des Grammy Awards.

Né le 13 mars 1940 à Milwaukee, Alwyn Jarreau, dit Al, grandit au sein d'une famille musicale et pieuse. Il est le fils d'un pasteur et d'une pianiste d'église. Dès son plus jeune âge, il chante dans la chorale de son église. « Ma voix vient de toutes ces influences que j'ai écoutées, ces voix jazz, depuis ma plus tendre enfance, qui provenaient de mon salon. Mes frères chantaient dans le salon quand j'avais 4 ou 5 ans. Ils chantaient, faisaient du scat, des choses comme ça. Je voulais être comme mes frères, chanter de la musique jazzy », raconte t-il à All About Jazz en 2012. S'il garde tout au long de sa jeunesse une passion pour le chant, allant jusqu'à chanter dans les bars de sa ville natale pour le plaisir, il poursuit tout de même ses études. Il obtient un diplôme de psychologie puis un master en rééducation professionnelle. Au milieu des années 60, il s'établit à San Francisco, où la semaine il travaille dans un centre de personnes en difficultés, et le soir et week-ends, il chante au sein d'un trio qui comprend le pianiste George Duke, dans lequel joueront aussi parfois Dexter Gordon et Sonny Rollins.

En 1965, il enregistre un premier album, 1965, avec quelques amis musiciens dans lequel il offre une belle illustration de ses talents de chanteur de jazz. L'album restera pourtant confidentiel pendant plusieurs décennies. Il décide tout de même de quitter son travail pour se concentrer sur une carrière de chanteur, notamment au sein du George Duke Trio. Mais la carrière de Duke commence à décoller avec le violoniste Jean-Lu Ponty et Frank Zappa, donc Jarreau se retrouve seul et ne parvient pas à percer. Arrivé à Los Angeles, il écume les clubs et finalement, en 1975, signe ce qui est considéré comme son véritable premier album solo, We Got By, accueilli favorablement par la critique et le public. Déjà, il mélange les genres : scat, soul et pop. Il enchaîne avec Glow en 1976 et se forge petit à petit une solide réputation.

A partir des années 80, c'est la consécration. Les albums ThisTime, Breakin' Away et Jarreau le propulsent en haut des charts et l'installent comme l'un des grands interprètes de sa génération. Avec son mélange de pop, de soul, et de jazz, il est alors considéré comme « la voix de la versatilité ». Certains puristes du jazz critiquent d'ailleurs le fait qu'il soit qualifié de chanteur de jazz. Un qualificatif que lui même pondère avec humilité : « Il y a tellement de place pour l'individualité dans cette musique. C'est l'un des genres de musique les plus étendus. Il y a aussi une place pour Al Jarreau de Milwaukee dedans, même une place pour moi. N'est-ce pas bizarre ? Vous savez, je ne suis pas une de ces légendes vocales du jazz. Je laisse ça à Ella Fitzgerald ou n'importe quelle autre personne que vous pourrez nommer. Je fais mon propre truc et je suis surpris quand ils qualifient ça de jazz. »

Jusqu'à sa mort, il continue de produire des disques et les tournées de façon intense. Il signe également le générique de la série Clair de Lune dans laquelle joue Bruce Willis, qui sera aussi l'un de ses grands succès. Son dernier album, My Old Friend: Celebrating George Duke, publié en 2014, est un hommage à son ami George Duke décédé en 2013. Bourreau de travail, c'est donc un grand état épuisement qui le pousse à s'arrêter. Mais pas totalement : d'après son fils, alors qu'il se reposait dans son lit d'hôpital, Al Jarreau avait tout de même chanté Clair de lune aux infirmières.