Ahmad Jamal : « Ravel est l'une de mes principales inspirations »

En solo, en petite formation ou accompagné par un orchestre symphonique, Ahmad Jamal possède un son immédiatement reconnaissable. Lui qui a côtoyé Claude Thornhill, Miles Davis et John Coltrane se dit inspiré par des compositeurs européens comme Ravel et Debussy.

Ahmad Jamal : « Ravel est l'une de mes principales inspirations »
Ahmad Jamal à Vienne, le 1er juillet 2017, © Radio France / Florian Royer

Avec Bud Powell, Thelonious Monk et Ray Charles, Ahmad Jamal a marqué le piano d'après-guerre, comme eux, il a créé un style facilement reconnaissable. Si le jeu du jeune Ray Charles est basé sur la fougue, Ahmad Jamal joue davantage avec les silences et les nuances. Il est aussi l'un des derniers témoins du jazz des années 1950. Il a joué de tout, partout, avec presque tout le monde. Infatigable malgré ses 87 ans, il s'est produit au festival Jazz à Vienne en juin 2017. Le 18 août, il a fait l'objet d'une émission sur France Musique, réalisée à partir d'un entretien enregistré le 1er juillet et à réécouter ici (version française).

Ahmad Jamal à Pittsburgh

Ahmad Jamal reste viscéralement attaché à sa ville natale, même s'il y est très peu retourné depuis son enfance. Cette cité industrielle de Pennsylvanie a vu naître plusieurs autres grands noms de la musique : le batteur Kenny Clarke, les pianistes Dodo Marmarosa ainsi qu'Erroll Garner dont la mère connaissait bien celle du jeune Ahmad Jamal. C'est à Pittsburgh qu'il joue ses premières notes sur le piano familial, lorsqu'un oncle le met au défi de reproduire ce qu'il vient de jouer. Son génie musical se révèle rapidement et sa mère se met en quatre pour permettre à son fils de progresser. Elle-même n'a jamais eu l'occasion d'apprendre la musique.

À ÉCOUTER

Ahmad Jamal fait partie de la diaspora de Pittsburgh, véritable vivier de musiciens

Ahmad Jamal à New York

Après la guerre, le jeune pianiste part tenter sa chance au carrefour des musiques américaines. Il joue dans plusieurs orchestres, notamment des big bands, sur le modèle de celui de Jimmie Lunceford. Il intègre un quartet nommé The four strings, mené par le violoniste Joe Kennedy. Ce dernier quitte rapidement le groupe et laisse la place de chef à Ahmad Jamal, alors âgé de 21 ans. Avec cette formation, rebaptisée The three strings, il enregistre son premier 78 tours en 1951 chez OKeH. Il y est accompagné par Ray Crawford à la guitare et Eddie Calhoun à la contrebasse.

À ÉCOUTER

C'est le producteur John Hammond qui a organisé la première séance d'enregistrement d'Ahmad Jamal

Ahmad Jamal à Chicago

Vers 1953, Israel Crosby se substitue à Eddie Calhoun, qui ne veut pas quitter New York pour s'installer à Chicago. Dans la foulée, Ahmad Jamal remplace la guitare par une batterie discrète, d'abord tenue par Walter Perkins. C'est ensuite le néo-orléanais Vernell Fournier qui tiendra les baguettes jusqu'à la dissolution du groupe. Accompagné de Crosby et de Fournier Ahmad Jamal enregistre ses premiers succès et redéfinit le jeu du trio, établi une dizaine d'années plus tôt par le King Cole Trio. Nat King Cole a été l'une des principales inspirations d'Ahmad Jamal au début de sa carrière. Sur son exemple, et avec ses deux musiciens, il enregistre un concert mémorable en 1958 au Pershing, un club de Chicago. Le disque s'écoule à plus d'un million d'exemplaires.

À ÉCOUTER

Même si Nat King Cole l'a inspiré, Ahmad Jamal n'a jamais voulu le copier

Ahmad Jamal à Paris

En 1963, Ahmad Jamal dissout son trio et cherche d'autres voies musicales. Il arrête de jouer pendant quelques années. Il tient un club puis travaille pour une compagnie de disques. Ce n'est que dans les années 1970 qu'il se remet à donner des concerts. Sa carrière connaît alors un deuxième envol, plus international. En 1971, à Paris, il joue à la Maison de la Radio. Ahmad Jamal dit apprécier particulièrement la France. Il doit cependant attendre 1992 pour y revenir. Enfant, il a bénéficié d'une formation classique et a étudié plusieurs compositeurs français. Il voue une immense admiration à Maurice Ravel et à Claude Debussy. Si Nat King Cole a inspiré son style et sa manière de jouer, Ravel a forgé son approche de la musique.

À ÉCOUTER

Pour l'écriture, Ahmad Jamal s'est inspiré de plusieurs compositeurs, dont les Français Ravel et Legrand

Ahmad Jamal et le reste du monde

Au fil des années, Ahmad Jamal est devenu un vieux sage du jazz. Il se produit dans le monde entier et qualifie sa musique «d'universelle », ce qui lui permet d'être apprécié partout. Il remplit sa musique d'influences glanées à travers le globe. Certains morceaux de l'album After Fajr possèdent par exemple des connotations orientales. Son dernier album, Marseille, sorti en 2017, a été réalisé avec les artistes français Abd al Malik et Mina Agossi. À force de voyager, il a aboli ses frontières musicales.

À ÉCOUTER

"La musique n'a pas de langue, elle peut être arabe comme allemande en même temps"

Mais Ahmad Jamal l'avoue, il n'est nulle part aussi bien que chez lui, aux États-Unis. Il est casanier et après chaque tournée, il rentre s'y ressourcer. Deux jours après Jazz à Vienne et au lendemain de ces enregistrements, il repartait pour son havre de paix.