10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Ella Fitzgerald

Saviez-vous que la Première dame du jazz avait d'abord voulu être danseuse ? Qu'elle a joué dans plusieurs films et qu'elle a écrit une chanson en hommage à Martin Luther King ?

10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Ella Fitzgerald
Ella Fitzgerald en 1928., © Getty / ABC Photo Archives

Si l’histoire d’Ella Fitzgerald réunit tous les principaux ingrédients du rêve américain (une jeune femme d’origine modeste devenue star internationale grâce à son talent, son ambition et son travail), elle n'est pas non plus sans nuances, réservant même quelques surprises.

Sur scène, ses qualités d’interprète fascinent et son humour séduit. Mais une fois le concert terminé, la chanteuse devient pudique, presque mal à l’aise quand il s’agit d'aborder sa vie privée.

Ses rares confidences ainsi que le témoignage de ses proches ont toutefois permis de reconstituer son histoire, dont voici 10 (petites) choses que vous ne soupçonniez (peut-être) pas à propos de la Première dame du jazz

Sa première vocation était la danse

Ella Fitzgerald naît le 25 avril 1917 à Newport News, en Virginie, mais grandit dans la petite ville de Yonkers, près de New-York. Comme beaucoup de ses amis, elle rêve de succès et de la scène, se nourrissant de l'effervescence musicale du quartier de Harlem.

Si sa famille n’a pas les moyens de lui payer des cours de musique, elle encourage toutefois sa vocation d'artiste. On lui conseille de chanter, mais la jeune Ella préfère les rythmes endiablés des claquettes, du ragtime et du Turkey Trot, ces danses qui agitent les rues et les clubs de Harlem dans les années 1920 et 1930.

Un destin tiré à la courte paille

Ella Fitzgerald grandit dans un contexte de crise économique, la Grande Dépression. Face au chômage qui frappe la population, l’industrie du spectacle vivant fait figure d’échappatoire, d’alternative. Et pour satisfaire cette soif de succès et d’expression artistique, les clubs et théâtres organisent des concours pour amateurs.

La carrière d’Ella Fitzgerald a été propulsée par ces fameux concours. Et pourtant, sa participation ne tenait qu’à un fil… Lorsqu’elle se produit pour la première fois dans le cadre de l'une de ces Amateur Nights, c’est parce qu'elle et ses amies ont fait un pari, et que le prénom d'Ella a été tiré à la courte-paille…

Moquée lors de sa toute première prestation

Le public des concours pour amateurs n’est pas réputé pour sa bienveillance… Lorsque Ella Fitzgerald monte pour la toute première fois sur les planches, c’est au Harlem Opera House, et le maître de cérémonie l’accueille en raillant ses vêtements (« mais qui t’a fringué comme ça, honey ? »)

Et alors que le public s’attend à un énième numéro de danse, la jeune fille entame une chanson, The Object Of My Affection. Il lui faut attendre deux couplets pour que se calment les huées du public. Sa persévérance a payé, puisqu’elle remporte le premier prix de la soirée (25 dollars), et trouve sa vocation.

Désormais, l’adolescente écume toutes les scènes des concours de Harlem, raflant presque à chaque fois le premier prix, jusqu’au jour où elle se fait remarquer par un certain Bardu Ali

Littéralement adoptée par Chick Webb

Bardu Ali travaille au Savoy Ballroom, le plus en vue des clubs de danse de Harlem. On s’y déhanche au son de l’orchestre de Chick Webb, batteur et musicien emblématique des nuits new-yorkaises.

Pour Chick Webb, les chanteurs n’ont pas suffisamment de swing, et il faut beaucoup de persévérance à Bardu Ali pour que le maître accepte de rencontrer la jeune chanteuse. Et pourtant, seuls deux petits couplets entonnés a cappella suffisent pour convaincre Webb. Il souhaite engager Ella à ses côtés mais l’adolescente vient de perdre sa mère, et son statut d’orpheline ne lui permet pas de travailler. Webb et sa femme décident alors d’adopter Ella Fitzgerald.

Chick Webb a enseigné à Ella Fitzgerald les bases de la musique jazz, et notamment le 'beat',  ce rythme particulier qui permet de swinguer.
Chick Webb a enseigné à Ella Fitzgerald les bases de la musique jazz, et notamment le 'beat', ce rythme particulier qui permet de swinguer., © Getty / Gilles Petard

Une brève carrière d’actrice

Avec l’orchestre de Chick Webb, Ella Fitzgerald fait ses débuts en tant que chanteuse professionnelle et enregistre ses premiers disques. En 1938, sa chanson A-tisket, A-tasket se classe en tête des hit-parades.

Un succès qui lui ouvre les portes d’Hollywood. Elle apparaît ainsi au générique de plusieurs films, pour des seconds rôles chantés, comme la comédie Deux nigauds cow-boy dans laquelle elle reprend son premier succès, A-tisket, A-tasket.

Mais les paillettes d’Hollywood ne plaisent pas beaucoup à Ella Fitzgerald. Ce qu’elle préfère, ce sur quoi elle veut se concentrer, c’est la scène.

Soutenue par Marilyn Monroe

La carrière d’Ella Fitzgerald explose à partir des années 1950, suite à sa rencontre avec le manager Norman Granz. Fervent défenseur des droits de la communauté noire américaine, celui-ci se heurte cependant à de nombreuses discriminations.

A Los Angeles, par exemple, le directeur du prestigieux Mocambo Club refuse de mettre Ella Fitzgerald à l'affiche, à cause de sa couleur de peau. Seule l’intervention de la très populaire Marilyn Monroe parvient à le faire céder. L’actrice décroche son téléphone et promet de s’asseoir au premier rang à chacune des représentations.

Ella Fitzgerald et Marilyn Monroe en 1954, à Los Angeles.
Ella Fitzgerald et Marilyn Monroe en 1954, à Los Angeles. , © Getty

Le scat, évidemment, mais pas seulement…

Avec Louis Armstrong, Ella Fitzgerald a largement contribué à la popularisation du scat, cette technique vocale particulière au jazz, qui consiste à chanter sans paroles en imitant le son des instruments.

Ella Fitzgerald a d'incroyables capacités d’improvisation, mais aussi un timbre reconnaissable parmi mille. Couvrant près de trois octaves, passant avec souplesse de sa voix de poitrine (pour le grave) à sa voix de tête (pour les notes plus aiguës), elle est une grande interprète de romances et de balades.

Première femme noire américaine à recevoir un Grammy Award

Créés en 1958, les Grammy Awards sont les plus prestigieuses récompenses de l’industrie musicale américaine. Ella Fitzgerald en remporte deux en 1958, devenant la première femme afro-américaine à remporter un Grammy.

Récompensée à douze autres reprises au cours de sa carrière, elle ouvre ainsi la voie à Dinah Washington, Dionne Warwick, Aretha Franklin, Natalie Cole et bien d’autres…

Digne et discrète face aux discriminations raciales

Bien que son manager Norman Granz combatte tous les préjugés dont peut être victime la chanteuse, bien que la presse la rebaptise Première dame du jazz alors qu’aucune femme noire n’a encore le droit au seul titre de Madame,Ella Fitzgerald n’échappe pas pour autant aux discriminations raciales.

Tantôt interpellée pour un faux prétexte après un concert, tantôt bloquée à l’aéroport car forcée de céder sa place à un ‘blanc', elle choisit d’affronter le racisme avec dignité et discrétion. En 1968, elle écrit et enregistre une chanson pour le pasteur Martin Luther King, assassiné en avril de la même année.

Une vie entièrement dédiée à la scène

Ella Fitzgerald aura passé la plus grande partie de son existence en tournée, sacrifiant beaucoup de sa vie personnelle. Elle a notamment confié que son plus grand regret était de ne pas avoir passé plus de temps avec son fils, Ray Junior.

Ses proches rapportent que lorsqu’elle sortait de scène, ses premiers mots concernaient toujours pour le public, et non sa propre performance.

Atteinte d’un grave diabète à la fin de sa vie, elle continue à chanter et apparaît brièvement lors de concerts ou cérémonies, avant de s’éteindre à l’âge de 79 ans, le 15 juin 1996, à Beverly Hills (Californie).