Vendredi 22 octobre 2021
2 min

Hommage à Bernard Haitink

Alors que nous apprenons avec tristesse la disparition du chef d'orchestre néerlandais Bernard Haitink, Christian Merlin rend hommage au maestro qui vient de nous quitter à l'âge de 92 ans, après une carrière longue de soixante ans.

Hommage à Bernard Haitink
Le chef d'orchestre néerlandais Bernard Haitink nous a quittés à l'âge de 92 ans, © Getty / Hiroyuki Ito

Comment ne pas être nostalgique ? On avait déjà l’impression d’avoir dit au revoir à ce grand Monsieur le 6 septembre 2019, lors de ce qu’il avait annoncé comme étant son dernier concert : la 7e Symphonie de Bruckner avec le Philharmonique de Vienne à Lucerne.

Bernard Haitink, c’était la maîtrise souveraine de son art alliée à la plus grande humilité. Celle-ci remonte à ses études à Amsterdam, lorsque, élève violoniste moyen (de son propre aveu), il vit partir l’un après l’autre tous ses camarades juifs, déportés ou entrés dans la clandestinité. Lui est resté alors qu’il se sentait le moins talentueux et il s’est perçu comme illégitime.
Sa carrière est paradoxale : sa nomination à 30 ans au Concertgebouw d’Amsterdam évoque un lancement météorique, mais il reconnaît lui-même qu’il ignorait tout de son métier et qu’il a grandi avec l’orchestre, maturation lente.
La critique l’a longtemps considéré comme un tâcheron besogneux, tant que Karajan et Bernstein incarnaient la figure du maestro charismatique, avant de découvrir l’étendue de son talent.

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Avec Haitink on avait l’impression que rien ne venait s’interposer entre le compositeur et lui. Modèle de sobriété, sa direction n’était parasitée par aucun geste inutile, ses gestes étaient dictés par la nécessité musicale et le souci d’aider l’orchestre. Son conseil aux jeunes chefs : « Je leur suggère d’être moins obsédés par leur image et de faire davantage confiance aux musiciens. » De fait il était d’une clarté et d’une patience telle qu’il obtenait le meilleur des orchestres sans jouer à l’autorité ou élever la voix : le contraire d’un dictateur, mais il n’y avait aucune ambiguïté sur le fait que c’était lui le chef.

Personnalité paradoxale, grand pudique, il était humaniste mais pas angélique : on sentait chez lui un humour pince-sans-rire, comme une forme de détachement, voire de désenchantement résumé tout entier dans cet échange avec le journaliste Peter Hagmann :
- Croyez-vous que la musique ait le pouvoir de rendre l’homme meilleur ?   - Oui, sûrement, mais pas pendant très longtemps.

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