PLACES A GAGNER : Le concert de Bianconi "Eh bien ! Dansez maintenant", une production du Festival Palazetto Bru Zane

Dans le cadre du festival Palazetto Bru Zane, le 14 juin à 20h30 au théâtre des Bouffes du Nord, retrouvez Philippe Bianconi pour un récital autour de Sain-Saëns et la danse.

PLACES A GAGNER : Le concert de Bianconi "Eh bien ! Dansez maintenant", une production du Festival Palazetto Bru Zane
Festival Palazetto Bru Zane

Parallèlement à une large production destinée à faire valser les salons et quadriller les grands bals, les compositeurs romantiques se sont souvent emparés des formes de musique populaires ou divertissantes pour évoquer, dans des œuvres plus intimes et notamment celles destinées au piano, le souvenir des siècles passés ou l’exotisme d’un ailleurs fantasmé. Comme la cigale de La Fontaine – condamnée à danser pour n’avoir pas prévu son avenir –, valses, bourrées, gigues ou mazurkas sont les derniers refuges pour suspendre le temps d’un monde transfiguré par les révolutions industrielles.

AUTREFOIS

Au XIXe siècle, l’idéalisation du passé entraîne avec elle la résurgence de la suite pour clavier baroque. Saint-Saëns, tout en contribuant à la redécouverte de Rameau, s’appuie sur cette forme ancienne à la fois pour réinventer la modernité de son époque et pour se démarquer des musiciens germaniques, maîtres de la sonate et de la symphonie. Après Boëly (Quatre Suites dans le style des anciens maîtres op. 16 en 1854) et Castillon (Suites nos 1 et 2 de 1868 et 1872), il s’illustre dans le genre avec sa Suite pour piano op. 90, datée de 1891-1892. En composant ses quatre mouvements en fa majeur, il respecte le principe de la tonique unificatrice cher au Grand Siècle. Il s’écarte cependant du modèle ancien en introduisant des couleurs originales (comme les accords de neuvième de la Gavotte) et atténuant les caractéristiques des danses : le Menuet utilise la cellule rythmique typique d’une sarabande et, par endroits, ressemble plutôt à une valse. La Danse ancienne de Cécile Chaminade date de la même époque (1893) et suit la même ligne directrice : ne visant ni à l’authenticité ni au pastiche, elle conjugue solennité d’écriture et emphase de l’expression. Plutôt inscrites dans la descendance des Sonates et Partitas pour violon seul de Bach, les Études pour la main gauche op. 135 de Saint-Saëns lui permettent de ranimer encore le souvenir de la suite baroque dans les numéros 4 et 6 (Bourrée et Gigue). Cet opus a été composé au Caire en 1912 pour la concertiste Caroline Montigny-de Serres, qui perdit l’usage de la main droite à la suite d’un accident

Camille SAINT-SAËNS
Suite op. 90

Cécile CHAMINADE
Danse ancienne

Camille SAINT-SAËNS
Études pour la main gauche op. 135

AILLEURS

En évoquant des danses d’autres pays, le compositeur romantique ne se montre pas forcément moins nostalgique qu’en invoquant le passé. Les Souvenirs d’Italie op. 80 de Saint-Saëns (1887) pourraient ainsi avoir été inspirés par un voyage effectué par le pianiste à Florence en 1886 (une gravure du Palazzo Vecchio est reproduite sur la couverture de la partition), mais le rythme de barcarolle des deux sections Allegretto qui ouvrent et ferment la pièce évoque plutôt Venise et un temps plus ancien. Le même idéal de tranquillité et de légèreté irrigue la Barcarolle de Mel Bonis (1905) : à l’heure où le tumulte des transports envahit la ville moderne, le piano des salons rêve de gondoles suivant tranquilles le fil de l’eau. La Mazurka de Claude Debussy (vers 1890) semble, pour sa part, rappeler le souvenir de Frédéric Chopin sans en adopter le langage. L’harmonie modalisante, les cadences « gothiques » et les tournures mélodiques – proches de la Petite Suite (1889) ou de la Tarentelle styrienne (1891) – placent plutôt leur auteur aux côtés d’Erik Satie ou d’Emmanuel Chabrier. Contemporaine de la Mazurka, la Valse canariote de Saint-Saëns (1890) fut composée à Las Palmas et dédiée à une jeune pianiste issue de l’une des familles les plus riches de l’archipel des Canaries. Avant d’entrer à proprement parler dans le rythme de la valse, l’œuvre débute avec une introduction lente et solennelle à quatre temps au-dessus de laquelle le compositeur a noté « O Canaria ! Gran Canaria ! » Avec ses six sections mélodiques alternées en séquences irrégulières et sa trajectoire harmonique variée, cette valse est sans doute la plus sophistiquée des œuvres composées par l’auteur dans le genre.

Camille SAINT-SAËNS
Souvenirs d’Italie

Claude DEBUSSY
Mazurka

Mel BONIS
Barcarolle

Camille SAINT-SAËNS
Valse canariote

AUTREMENT

L’appropriation de rythmes et formes standardisés mène immanquablement à la transfiguration. La valse – danse presque exclusivement pratiquée dans les salons, et quelque peu guindée – devient langoureuse sous la plume de Saint-Saëns en 1903. L’érotisme qu’il confère à cette danse était déjà présent dans le bouquet pyrotechnique de son Étude en forme de valse. Cette pièce n’a pas de forme bien arrêtée et fait se succéder librement refrains et couplets. Elle tend une main à L’Invitation à la valse de Weber – même tonalité de ré bémol majeur, favorable à la virtuosité, même sensibilité harmonique – et l’autre main aux traits, aux suspensions, aux ricanements des Mephisto-Walzer de Liszt. En signalant que la Danse macabre du même compositeur est également une valse, on fera remarquer la finesse de la frontière séparant exaltation de la sensualité et évocation de la mort. La Marche funèbre de Charles-Valentin Alkan (1844) s’inscrit ainsi dans la lignée de Beethoven (la Marcia funebre de la Symphonie no 3). Dans la rare tonalité de mi bémol mineur, elle est fondée sur trois éléments : une stylisation de tambour voilé, dans le registre grave ; un chant hymnique émaillé d’enchaînements harmoniques singuliers ; l’évocation du glas, en mi bémol majeur, au centre de l’œuvre (tonique répétée à la basse, ostinato de quatre notes descendantes dans la partie médiane).

Camille SAINT-SAËNS
Valse langoureuse

Charles-Valentin ALKAN
Marche funèbre op. 26

Cécile CHAMINADE
Mazurk’ suédoise

Camille SAINT-SAËNS
Étude en forme de valse

Concert enregistré par France Musique

ACCÈS

Théâtre des Bouffes du Nord : 37 bis Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris
Métro et RER : la Chapelle (ligne 2), Gare du Nord (lignes 4 et 5, RER B et D)
Bus : Place de la Chapelle (lignes 35, 48, 65, 302, 350)

Le théâtre ouvre ses portes une heure avant le début des représentations.

Dates

le mercredi 14 juin 2017 à 20h30