Zig Zag
Programmation musicale
Samedi 10 février 2018
1h 58mn

Festival Présences 2018 : Escaich, Pépin et Beffa par l'Orchestre national de France et le Quatuor Ellipse

Les œuvres de Thierry Escaich encadrent celles de Camille Pépin et Karol Beffa pour ce programme qui convie la poésie comme source d’inspiration, qu’il s’agisse de celle de Huysmans, Péguy, Cendrars ou encore de l’Américain Robert Frost.

Festival Présences 2018 : Escaich, Pépin et Beffa par l'Orchestre national de France et le Quatuor Ellipse
Camille Pépin, © Natacha Colmez-Collard

Concert diffusé en direct du Studio 104 de la Maison de la Radio

Oeuvres de :

Thierry Escaich:Vision Nocturnes (2004)
Camille Pépin :The road not taken (2017)
Karol Beffa : Talisman (2017)
Thierry Escaich:Sextet (2015)

Interprétées par

Isabelle Druet (mezzo-soprano)

Sanja Bizjak (piano)

musiciens de l'Orchestre national de France :
Patrick Messina et Jessica Bessac (clarinette)
Thomas Garoche (contrebasse)
Didier Benetti (timbales)

Quatuor Ellipse :
Lyodoh Kaneko et Young-Eun Koo (violon)
Allan Swieton (alto)
Marlène Rivière (violoncelle)

A propos des oeuvres

Thierry Escaich : Visions Nocturnes (2004)
D’après la Descente de croix de Rubens.
Textes : Charles Péguy, Paul Claudel, Joris-Karl Huysmans et Blaise Cendrars.

Les Visions nocturnes furent conçues comme une sorte de prélude à une autre oeuvre pour orchestre, Vertiges de la Croix, sorte de poème symphonique sur la Descente de croix de Paul Rubens. La pièce pour orchestre tentait de traduire dans le temps l’esprit de la toile et de suggérer par des textures sonores à la fois la signification spirituelle du tableau, mais aussi les variations de couleurs qui en font la trame. Visions nocturnes, au contraire, s’appuie sur des textes poétiques inspirés par cette nuit du Vendredi saint et les visions si différentes que ce thème a pu générer chez les divers auteurs. Rien de commun en effet entre la violence des images suggérées par Huysmans et la déclamation mystique de Péguy, ou le sentiment de solitude intense auquel s’abandonne Cendrars au plus profond du doute. Rien de commun non plus dans leur langue poétique, le rythme de leurs phrases. Pourtant, en entremêlant tous ces poèmes, toutes ces visions, j’ai voulu créer un drame unique aux couleurs crépusculaires, lointain reflet de la toile qui l’avait généré.
Th. Escaich

Camille Pépin : The road not taken (2017)
Commande Radio France - Création mondiale

Lorsque j’ai commencé à écrire cette pièce, deux idées musicales me sont venues : l’une lyrique, l’autre rythmique et plus répétitive. Si ces deux idées sont présentées alternativement, elles fonctionnent également par superposition et se « mélangent » tout au long de la pièce en différentes textures. Ces deux idées « entremêlées » donnent ainsi à l’oeuvre sa couleur particulière, l’une ne s’émancipant jamais véritablement de l’autre. Cela m’a fait penser au poème The Road Not Taken du poète américain Robert Frost (1874-1963) qui s’interroge sur les conséquences des choix à l’échelle d’une vie : « Qu’est-ce qui aurait pu se produire si j’avais choisi l’une ou l’autre des voies qui s’offraient à moi » ? « Two roads diverged in a yellow wood, and sorry I could not travel both»
C. Pépin

Karol Beffa : Talisman (2017)
Commande Radio France - Création mondiale

J’ai voulu ce quintette en quatre mouvements, qui peuvent être joués séparément. Le premier déroule une progression au tempo alangui. La musique, parcourue d’harmonies sombres, vénéneuses, revêt un caractère glauque. Au fur et à mesure qu’elle avance, le climat tend à s’éclaircir, semble se faire lumineux, mais finit par retomber dans l’atmosphère blafarde primitive. Même climat lugubre avec une connotation glaçante pour le deuxième mouvement. J’ai voulu une pédale pulsée, comme dans Le Gibet de Ravel où un si bémol obstiné rythme le glas de l’éternité. Le troisième mouvement contraste par sa vivacité et son tempo motorique. Son écriture décomplexée est un clin d’oeil aux dessins animés de Tex Avery. S’inspirant ouvertement de certaines musiques actuelles, ses motifs lui confèrent un élément dynamique et une dimension ludique grâce, notamment, à l’interversion fréquente du rôle des instruments. Quant au quatrième mouvement, il renoue avec l’atmosphère crépusculaire des deux premiers. Frémissements, chuchotements, effleurements – comme si les cordes cherchaient par leurs reptations à faire vaciller les « vastes portiques » immuables du piano, tandis que la clarinette persiste dans ses pépiements et ses caquètements incessants.
K. Beffa

Thierry Escaich: Sextet (2015)
Création française

Composé à partir du matériau thématique du Concerto pour orchestre (2015), Sextet est la combinaison d’une structure de passacaille et d’une forme quadripartite où l’on passe d’une partie à l’autre sans solution de continuité. Un thème de douze sons séparés en trois motifs de quatre notes structure cette passacaille, mais chacun de ces trois motifs génère lui-même des personnages thématiques bien différenciés qui parcourent toute la pièce. À ce thème plutôt chromatique s’oppose un motif plus diatonique, qui dès le début vient interrompre le premier et générer des harmonies plus lumineuses de quartes et des figures rythmiques syncopées. La dialectique entre ces deux mondes sonores va structurer la forme du sextuor, renforcée par une instrumentation particulière reposant sur des timbres d’instruments plutôt graves (contrebasses, timbales) et une recherche de fusion sonore grâce à divers modes de jeux (harmoniques de cordes, sons brisés de clarinettes ou usage des cordes du piano).
Th. Escaich

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