Versus
Programmation musicale
Dimanche 12 juillet 2020
57 min

Round 1 : Mahler versus Neuwirth Round 2 : Bruckner versus Dusapin

Chaque dimanche de juillet, Thomas Vergracht vous embarque pour des duels musicaux permettant au passé et au présent de s’éclairer mutuellement. Aujourd'hui, le premier round verra se confronter Mahler et Neuwirth puis le second, Bruckner et Dusapin.

Round 1 : Mahler versus Neuwirth  Round 2 : Bruckner versus Dusapin
Mahler versus Neuwirth - Bruckner versus Dusapin

Gustav Mahler (1860 - 1911) / Olga Neuwirth (née en 1968)

/ L’INTENSITÉ INSTRUMENTALE /

Composée en 2014, et avec quelques années de décalage pour commémorer le 100e anniversaire de la disparition de Gustav Mahler, Masaot-Clocks Without Hands est une œuvre symbole de la production de la compositrice autrichienne.

En hébreux, « masaot » signifie « histoire » ou « voyage », et « clocks without hands » en anglais, « horloges sans aiguilles ». L’œuvre croise ainsi, à la fois un hommage au grand Gustav Mahler, et un rappel de la propre histoire personnelle de la compositrice, en l’occurrence celle de son grand père, élevé sur les rives du Danube en pleine époque de la montée des nationalismes avant la seconde guerre mondiale. Olga 

Mais plus qu’une œuvre anecdotique, « d’anniversaire », Masaot est aussi très représentative de tout ce que partage la compositrice, avec son grand aîné Gustav.

Olga Neuwirth
Masaot-Clocks Without Hand
Wiener Philharmoniker, Daniel Harding (direction)

Gustav Mahler
Symphonie n°2 « Résurrection » : 1er mouvement
City of Birmimgham Symphony Orchestra, Simon Rattle (direction)   

/ LES RACINES /

Un autre point de comparaison entre Olga Neuwirth et Gustav Mahler, ce sont leurs origines juives, qui apparaissent dans leur musique. Sans clichés, à l’opposé d’un quelconque « flash » de mémoire épisodique. Ces racines, cette musique d’une histoire personnelle, fait partie intégrante de leur langage, à tous les deux. 

Gustav Mahler
Symphonie n°1 « Titan » : 4e mouvement
City of Birmimgham Symphony Orchestra, Simon Rattle (direction)   

Chez Olga Neuwirth, l’héritage de la musique klezmer et de la culture yiddish prennent corps dans nombre d’œuvres, infusant parfois de l’intérieur un projet entier. C’est le cas de son concerto pour basson Zefiro allegia…nell’ infinito.
Inspiré directement par l’architecture de l’extraordinaire et poignant Musée Juif de Berlin, la ville où réside la compositrice, un musée en forme d’étoile de David brisée, l’œuvre nous fait entrer dans une ronde de cinq danses reprises d’un enregistrement de clarinette klezmer des années 1930, enregistrement que l’on entend au cours de l’œuvre, en guise d’interludes, et comme des stations d’un labyrinthe de la mémoire.

Olga Neuwirth
Zephiro allegia…nell’ infinito
Pascal Gallois (basson), Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Brad Lubman (direction)

/ LA VISION ARTISTIQUE /

Ces racines populaires de la musique, ont, en plus d’être surtout une nécessité intérieure chez les deux créateurs, vont parfois aboutir à deux visions artistiques distinctes. 

Pour Neuwirth, la musique est avant tout un acte, et un geste politique, encrant l’artiste comme acteur du monde, en proie à ses affres les plus brûlants. 

En 2012 a lieu la création de sa réécriture de l’opéra Lulu d’Alban Berg, sous le titre American Lulu, plongeant ainsi l’intrigue originelle de la Vienne fin de siècle dans l’Amérique de la lutte pour les droits civiques. Deux ans plus tard, en 2014, elle en extrait une suite de concert, Eleanor, pour chanteuse de blues, batterie, guitare électrique et grand ensemble instrumental, sur des textes de Martin Luther King et June Jordan, et dédiée à la mémoire d’Elsa Caillat, dessinatrice à Charlie Hebdo tuée dans l’attentat de 2015. Une musique qui résonne avec une force étonnante avec l’actualité de ces dernières semaines outre-Atlantique…  

Olga Neuwirth
Eleanor
Della Miles (chant), Tyshawn Sorey (batterie), Christelle Séry (guitare électrique), Ensemble Intercontemporain, Matthias Pintscher (direction)

Au contraire du feu politique qui embrase l’œuvre d’Olga Neuwirth, Gustav Mahler compose quant à lui vers une forme d’absolu. Musique métaphysique, l’œuvre de Mahler appelle les sentiments et les passions les plus extrêmes.  

Gustav Mahler
Symphonie n°6 « Tragique » : 1er mouvement
City of Birmimgham Symphony Orchestra, Simon Rattle (direction)   

/ L'INSPIRATION POPULAIRE / 

Dans le premier volet de ses Chants d’un Compagnon Errant, Mahler revisite le style populaire allemand, le ländler, tant prisé par son grand aîné Schubert. Et dans l’étourdissant No More, musique écrite spécialement pour accompagner un film expérimental, Neuwirth juxtapose jazz et heavy metal dans un final absolument étourdissant et au parfum si intensément berlinois.

Gustav Mahler
Chants d’un Compagnon Errant : 1er mouvement
Wiener Philharmoniker, Pierre Boulez (direction)  

Olga Neuwirth
No More
ICI Ensemble

Ecoutez ici l'intégralité de la playlist Neuwirth / Mahler

Anton Bruckner (1824- 1896) / Pascal Dusapin (né en 1955)

/ L'EFFECTIF /

Ce qui rapproche Pascal Dusapin et Anton Brukner, c'est ce goût de l’immense, du grand, du gigantesque. Tous deux sont des peintres de la couleur orchestrale avant toute chose. Ils utilisent souvent de larges effectifs, variant ainsi leurs palettes de sons dans des climats souvent intensément grand, dans tous les sens du terme.

Pascal Dusapin
Aufgang : 1er mouvement
Renaud Capuçon (violon), Orchestre Philharmonique de Radio France, Myung-Whun Chung (direction)  

Anton Bruckner
Symphonie n°4 « Romantique » : 1er mouvement
Gewandhausorchester Lepizig, Andris Nelson (direction)

Pascal Dusapin
Morning in Long Island : I. « Fragile »
Orchetsre Philharmonique de Radio France, Myung-Whun Chung (direction)

Pascal Dusapin
Uncut (Solo pour orchestre n°7)
Orchestre Philharmonique de Radio France, Myung-Whun Chung (direction)

Anton Bruckner
Symphonie n°6 : 1er mouvement « Maestoso »
Gewandhausorchester Lepizig, Andris Nelson (direction)

Pascal Dusapin
Etude n°1
Vanessa Wagner (piano)

Anton Bruckner
Symphonie n°7
Gewandhausorchester Lepizig, Andris Nelson (direction)  

/ LA VOIX /

Dans le Kyrie de sa deuxième Messe, Bruckner érige une fervente prière, toute en tensions archaïques. Quant à « Umbrae », dernière section du Dona Eis de Dusapin, elle est une méditation crépusculaire sur l’amour et la mort, grâce à des textes tirés à la fois de l’Office des Morts, et du livret de son 1er opéra – Roméo et Juliette.

Anton Bruckner
Messe n°2 en mi mineur : « Kyrie »
Collegium Vocal Gent, Ensemble Musique Oblique, Philippe Herreweghe (direction)  

Pascal Dusapin
Dona Eis, « Umbrae »
Accentus, Ensemble Ars Nova, Laurence Equilbey (direction)

Ecoutez ici l'intégralité de la playlist Dusapin / Bruckner