Variations Shakespeare
Programmation musicale
Dimanche 27 juillet 2014
1h 50mn

La Tempête (1)

Nouvelle exploration des œuvres musicales inspirées des pièces de William Shakespeare avec cette émission sur La Tempête. Trois épisodes seront consacrés à cette pièce. En voici le premier.

« Soyez sans crainte, cette île est pleine de rumeurs, de bruits, d’airs mélodieux qui charment sans nuire. Tantôt ce sont mille instruments qui vibrent, qui bourdonnent à mes oreilles. Tantôt, alors même que je m’éveille d’un long sommeil, des voix m’endorment à nouveau pour me montrer en songe, dans les nuées qui s’entrebâillent, des trésors prêts à m’échoir, tant et si bien qu’à mon réveil, je supplie de rêver encore. »

Dans une traduction de Pierre Leyris, voilà ce que déclare le personnage de Caliban à la deuxième scène du troisième acte de La Tempête de William Shakespeare qui fut, de toutes ses pièces, la plus souvent mise en musique. Les musiques de scènes, les poèmes symphoniques et surtout les chansons abondent sur ce thème, les compositeurs ayant profité de l’opportunité qu’offre le Barde en indiquant qu’un personnage chante. Ainsi, la chanson d’Ariel Full Fathom Five Thy Father Lies est de toutes les tirades de Shakespeare, celle qui a connu le plus d’adaptations musicales. Aussi, fallait-il pas moins de trois émissions pour faire le tour de l’île de Prospero…

Le contexte

La plupart des spécialistes de William Shakespeare situent l’écriture de La Tempête en 1610-1611. Ce qui est certain, c’est que la pièce fut présentée pour la première fois devant la cour le 1er novembre 1611. Il s’agit d’une des dernières œuvres du dramaturge, qui prend sa retraite cette même année, décision que l’on pourrait justement lire dans les mots du personnage Prospero, au début du Vème acte (« Je briserai ma baguette, je l’enfouirai" etc.).

Shakespeare a près de 35 ans, il a cofondé le théâtre couvert des Blackfriars quelques années auparavant (1608) dans lequel il installe sa troupe en complément du théâtre du Globe jusqu’en 1613, puis exclusivement après l’incendie du Globe. Après La Tempête, Shakespeare participe à l’écriture d’Henry VIII (1612-13) et des Deux Nobles Cousins (1613-14), en collaboration avec John Fletcher, et s’éteint en 1616, le jour présumé de ses 52 ans.

Contemporaines de La Tempête, ses pièces Périclès, prince de Tyr (1608-09), Cymbelin (1609-10) et Le Conte d’hiver (1610-11) partagent une même thématique de la séparation (volontaire ou non), d’amis, ou de familles. Mais, contrairement aux autres, l’action de La Tempête se trouve resserrée sur un temps très court (trois ou quatre heures).

L’écriture de La Tempête est enfin marquée par un événement particulier, survenu en 1609 : le naufrage du Sea Venture, fleuron de la flotte anglaise qui sombra dans une tempête en se rendant à Jamestown (en Virginie, première colonie anglaise). Au moins trois récits de cet événement furent publiés en 1610.

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L’argument

« Nos divertissements sont finis. Ces acteurs / J’eus soin de vous le dire, étaient tous des esprits : / Ils se sont dissipés dans l’air, dans l’air subtil. » (Acte IV, scène 1).

Douze ans avant le début de la pièce, Prospero, alors duc de Milan, s’est vu voler le pouvoir par Alonso, roi de Naples, et le frère d’Alonso, Sébastien. Contraint à l’exile avec sa fille Miranda, Prospero trouve refuge sur une île où il exerce sa magie sur un esprit (Ariel ) et sur un sauvage (Caliban ), grâce à un livre sauvé par son ancien conseiller Gonzalo.

En quête de vengeance, Propsero use de son pouvoir magique pour provoquer une tempête contre ses ennemis, qui échouent sur l’île en groupes isolés. Séparés, Alonso et son fils, Ferdinand, pensent chacun que l’autre s’est noyé. Ferdinand fait alors la rencontre de Prospero et de Miranda, dont il tombe amoureux.

De l’autre côté de l’île, Sébastien conspire pour récupérer la couronne de son frère Alonso, mais Ariel intervient et jette la confusion sur les conspirateurs. De son côté, Caliban, furieux du traitement que lui inflige Prospero, cherche à convaincre Stéphano (sommelier ivrogne de la suite d’Alonso) et Trinculo (son bouffon) de l’assassiner pour que les deux grotesques personnages deviennent roi et vice-roi de l’île.

Prospero accorde la main de sa fille à Ferdinand, et organise un Masque au jeune couple. Mais le spectacle s’interrompt, et tous les complots sont mis à bas : Caliban contre Prospero et Sébastien contre son frère Alonso. Ce dernier découvre aussi que son fils Ferdinand est toujours vivant.

Finalement, Prospero pardonne à Alonso l’usurpation de son titre. Il redevient duc de Milan, libère Ariel, et renonce à la magie. Tous reprennent la mer et quittent l’île, sauf sans doute Caliban.

Citations issues de William Shakespeare, La Tempête, traduction de Pierre Leyris, édition bilingue G.F Flammarion.

♫ GENERIQUE

Henry Purcell - If music be the food of love (extrait)
King's Singers
RCA 090266142702

William Shakespeare - Gerard Soest
William Shakespeare - Gerard Soest

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