Variations Enigma
Magazine
Vendredi 27 juillet 2018
6 min

Variations Enigma – Énigme 3 / Solution : Jan Dismas Zelenka

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Variations Enigma – Énigme 3 / Solution : Jan Dismas Zelenka
Jan Dismas Zelenka

Troisième énigme : identifier un compositeur baroque célèbre, mais pas assez

Le Psaume 50, Miserere, a été mis en musique en 1738 par ce fameux compositeur que nous devions identifier : Jan Dismas Zelenka. Cette page impressionnante est assez caractéristique de son écriture, saisissante, enlevée, inventive, un peu excentrique et profondément expressive. Il avait été surnommé le Bach tchèque, il a laissé plus de deux cents compositions et fait partie de ces chanceux auxquels des musicologues se sont attachés pour tenter d’établir un catalogue fiable, en l’occurrence le musicologue Wolfgang Reich. Les œuvres de Zelenka, dont la plupart des manuscrits sont conservées à Dresde, sont ainsi suivies, non pas d’un numéro d’opus qui indiquerait une publication, mais de ZWV pour Zelenka Werke Verzeichnis. Le psaume 50 est ainsi le ZWV 57. 

Longtemps négligé, ce compositeur est aujourd’hui de plus en plus fréquemment joué, tant pour sa musique instrumentale que vocale. Il dispose à présent de plusieurs biographies de qualité, dont une en français écrite par Stéphan Perreau, et sa discographie est de plus en plus fournie.

Revenons sur les quatre indices.

Les sonates en trio de Cazatti et Carl Philipp Emanuel Bach faisaient allusion aux sonates en trio et aux nombreux capriccios de Zelenka. Et pourquoi précisément la sonate du Sanguin et du Mélancolique ? Eh bien, parce que Zelenka s’est amusé à faire lui-même de la musique à programme. Le titre de l’œuvre à –       laquelle je pense est tout à fait parlant : Hipocondrie ! Nous en écouterons bientôt un extrait.

–       Le second indice, Reicha, était évidemment destiné à orienter vers sa nationalité tchèque. En effet, le 16 octobre 1679, Jan Lukas Dismas Zelenka a été baptisé en l’église catholique romaine de Lounovice, petit village bohémien situé au sud-est de Prague. Et il est issu d’une longue lignée de musiciens bohémiens, certains déjà en poste au XVIe siècle. Mais Zelenka a beaucoup voyagé, notamment à Vienne et en Italie, et son poste principal a été Dresde.

–       Pourquoi Zemlinsky ? Pour la lettre z bien sûr. Dans les index, il n’y a souvent pas grand chose à se mettre sous la dent en cette fin d’alphabet, où trônent Zappa, Led Zeppelin, Zimmermann, Zipoli et Zumsteeg.

–       La contrebasse, ou plutôt sa variante baroque le violone, rappelle enfin que lorsque Zelenka a été engagé à Dresde, c’était en tant que contrebassiste.

A l’écoute, difficile de ne pas réaliser qu’Hipocondrie est de la musique à programme, tant elle présente de surprises, de bifurcations. La santé de Zelenka était fragile, et cette musique, avec humour, exprime ses tourments quotidiens et ses traits hypocondriaques !

Dans sa biographie, Perreau écrit ces lignes fortes : « Il faudra désormais rendre à Zelenka une place de premier choix dans l’histoire de la musique d’Europe centrale. Déjà, dans les années 1960, ce furent paradoxalement des pages purement instrumentales qui permirent à Jan Dismas d’être tiré de l’oubli ; choix d’autant plus surprenant que l’auteur était essentiellement un compositeur d’église… mais il est vrai que ses pièces pour orchestre de chambre et surtout ses sonates en trio — ces dernières figurant parmi les plus complexes techniquement de la période baroque et sans doute les plus enthousiasmantes — constituent des mets de choix.

Pourtant la richesse des messes de Zelenka, la variété de ses oratorios et de ses mélodrames tendent à faire de l’homme un profond original. Lorsque résonnent aujourd’hui ses Requiems, Lamentations ou autre Magnificat tous composés pour la Chapelle Royale de Dresde, on ne peut qu’être saisi par la dimension mystique qui s’en dégage et par l’extraordinaire propension de Zelenka à traduire en musique la souffrance et la mort. L’admiration ressentie par ses contemporains semble alors pleinement justifiée, à tel point d’ailleurs que nous aussi, nous déplorons que les commanditaires de ces merveilles n’eurent pas pour leur auteur la reconnaissance méritée et à laquelle il aspirait. Pourquoi lui avoir préféré Heinichen ? Parvenu péniblement au poste moins honorifique de « compositeur d’église » face à celui de Kapellmeister tant convoité, constamment brimé dans ses velléités de voyages, suppliant sans cesses ses maîtres pour de plus larges émoluments, Zelenka restera un homme célibataire, déçu, presque acariâtre au terme de sa vie, mais dont la plume livrera tant de pages sublimes. »

Extraits musicaux diffusés

Jan Dismas Zelenka
Psaume 50 : Miserere en ut min ZWV 57 - pour soprano, chœur et orchestre : 1. Miserere I
Thomas Hengelbrock
Ensemble Balthasar Neumann
Chœur Balthasar Neumann

Jan Dismas Zelenka
Hipocondrie à 7, en la maj ZWV 187 - pour 2 hautbois basson 2 violons alto et basse continue
Gottfried Von Der Goltz
Orchestre Baroque de Fribourg
Deutsche Harmonia Mundi

Jan Dismas Zelenka
Officium defunctorum ZWV 47 : Nocturno I : Parce mihi Domine (Lectio I)
Vaclav Luks
Collegium 1704

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