Vendredi 24 août 2018
6 min

Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 7 / solution

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Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 7 / solution
Ludwig Spohr par Johann August Nahl © Getty Images

Septième énigme : un compositeur du XIXe siècle au catalogue abondant… et éclectique

Énigme n° 7 / solution : Louis Spohr

La sonate pour violon et harpe en ut mineur de Spohr est l’une de ces très nombreuses œuvres qu’il a écrites pour des effectifs rares. La forme de son prénom est Louis — ou Ludwig, c’est selon — car, de même que Beethoven, Ludwig Spohr avait l’habitude de signer avec la forme française de son prénom. Mais, contrairement à Beethoven, c’est cette forme française que l’histoire a retenue pour Spohr. Donc, né en 1784 à Brunswick, mort en 1859 à Cassel, Louis Spohr a été considéré de son vivant comme un compositeur de première importance. Il y avait toutefois déjà eu alors des réticences, Schumann ayant par exemple écrit : « Spohr est un mollusque, mais c’est un noble mollusque ! »

On peut en effet reconnaître des inégalités dans sa production, et parfois même certaines facilités, le plus délicat étant sa position à cheval entre le classicisme et le romantisme, situation plus qu’inconfortable… Mais cela n’ôte en rien l’intérêt de ses nombreuses réussites. Et il y a déjà quelques décennies que l’on a redécouvert ce compositeur. Par exemple, il a eu droit à un catalogue réalisé par Göthel dans les années 1980, et Hélène Cao lui a consacré en 2006 une solide biographie intitulée : Louis Spohr, ou le don d’être heureux.

Les indices, à présent.

–        Ils ont débuté par plusieurs concertos pour clarinette. Et, en effet, Spohr en a composé quatre qui font partie des concertos pour clarinette régulièrement joués. Toutefois, il était lui-même un brillant violoniste et il a aussi écrit pas moins de 18 concertos pour violon. Le huitième, notamment, en un seul mouvement, est d’une grande originalité. Il est pensé : « In modo di scena cantante », c’est-à-dire comme une scène d’opéra. Enfin, dans la catégorie des effectifs improbables, citons aussi son concerto pour quatuor à cordes ! Sans même parler de ses doubles quatuors à cordes, quasiment stéréos.

–        Deuxième indice, la sonate « Les Quatre Ages » d’Alkan pointait des symphonies à programme parmi les 10 symphonies de Spohr. La Quatrième Die Weihe der Töne, « La consécration des sons », avait vu son programme distribué au public, à la façon de Berlioz, et seulement deux ans après la création de La Fantastique. La Neuvième, un peu comme Vivaldi, retrace les saisons. Mais celles plus spécifiquement visées étaient la Septième pour 2 orchestres, « Le terrestre et le divin dans la vie humaine », où l’on passe du monde de l’enfance au temps des passions et enfin au triomphe du divin, et surtout l’incroyable Sixième, une symphonie historique où chaque mouvement exprime une époque de la musique différente.

–        Pourquoi la harpe comme troisième indice ? Spohr avait épousé la harpiste Dorette Scheidler et beaucoup écrit pour son instrument, sans compter qu’il avait effectué des tournées de concert avec elle, composant pour cela des sonates pour violon et harpe.

–        Enfin, il n’y a pas véritablement de quoi être fier de la nature du dernier indice. Oui, il existe une œuvre d’Erik Satie qu’il serait possible, mais seulement si l’on a un défaut de prononciation, d’appeler « Spohr et divertissements ».

Pour en revenir à la musique, le premier mouvement de la symphonie historique de Spohr propose un faux style baroque dans un pastiche écrit en 1839. Spohr tente d’évoquer la musique telle qu’elle était en 1720, pendant – pour le citer – la Händel’sche Periode, c’est-à-dire à la période de Haendel.

Cette idée est absolument unique : soudain, le style, au lieu de rester une évidence, c’est-à-dire la façon simplement dont l’on crée à un moment donné, devient une composante même de la composition. Certes, la palette stylistique était large à cette époque. Il y avait le style religieux, le style de l’opéra, le style de la musique de chambre, et encore une foule d’autres. Parfois même, il était possible de s’intéresser à des styles plus anciens. Mozart, avait par exemple tenté une suite de danses dans l’esprit de Haendel mais il l’avait abandonnée en cours de route. Non, ce qui est révolutionnaire dans cette symphonie, c’est l’idée de varier de style au cours d’une même œuvre.

Le second mouvement est un mouvement lent d’une grande élégance dans le style des dernières symphonies de Mozart. Le troisième mouvement offre une occasion à Spohr d’écrire un scherzo enlevé, dans l’esprit de la Septième Symphonie de Beethoven. Et le plus amusant est son Finale. Spohr s’y moque de la tendance qu’avait son époque à abuser des effets faciles, par exemple faire des coups de cymbales à tout propos. Il avait probablement dans le viseur les ouvertures d’Adam, d’Auber ou celle de La Muette de Portici qu’il avait fréquemment lui-même dirigée.

Louis Spohr
Sonate pour violon et harpe en ut mineur : I. Adagio - Allegro vivace
Yehudi Menuhin, violon / Nicanor Zabaleta, harpe
Warner Classics 

Louis Spohr
Symphonie n° 6 en sol majeur op. 116 : I. Bach – Händel’sche Periode 1720
Philharmonie de la Radio NDR de Hanovre, dir. Howard Griffiths
CPO 

Louis Spohr
Symphonie n° 6 en sol majeur op. 116 : IV. Allerneueste Periode 1840
Philharmonie de la Radio NDR de Hanovre, dir. Howard Griffiths
CPO 

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