Variations Enigma
Magazine
Vendredi 6 juillet 2018
6 min

Variations Enigma - Énigme 1 / Solution

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Variations Enigma - Énigme 1 / Solution
Edgar Varèse, © Getty

Première énigme de la semaine : identifier un célèbre scandale de l’histoire de la musique

Solution : la création de Déserts de Varèse le 2 décembre 1954 au Théâtre des Champs-Élysées

On possède l’enregistrement historique de ce scandale et c’est parfois difficile d’entendre la musique tant le public criait, huait, se moquait. La création de Déserts de Varèse le 2 décembre 1954 au Théâtre des Champs-Élysées est bien l’un des grands scandales musicaux du XXe siècle. Circonstance particulière : cette musique de Varèse intervenait après une Ouverture de Mozart et devait être suivie de la Symphonie pathétique de Tchaïkovski !

Il y a eu, bien sûr,  d’autres scandales musicaux marquants auxquels les auditeurs pouvaient penser : Pelléas de Debussy, le Sacre de Stravinsky évidemment, mais aussi le concert où ont été joués les Altenberg Lieder de Berg et qui s’est terminé au poste de police, 4’33 de Cage ou encore, le Ring de Boulez-Chéreau à Bayreuth en 1976. Et Varèse lui-même n’a pas eu que l’unique scandale de Déserts à déplorer, puisque la création de son Hyperprism en 1923 à New York avait déjà été assez agitée.

Revenons sur les quatre indices qui devaient permettre d’écarter ces différentes fausses pistes :

- Sirènes de Debussy est un jeu de mots. Il fait allusion à ces sirènes à manivelle que l’on associe à la sonorité de Varèse. Pour son œuvre Ionisation, le compositeur les a empruntées directement au département incendie de New York ! Il a ainsi aimé transformer des éléments modernes des villes en instruments de musique. Il y a aussi des sirènes dans Amériques et dans Hyperprism. Il n’y en a certes pas dans Déserts mais c’était une première piste pour aiguiller vers Varèse..

- Second indice, L’Héroïde funèbre de Liszt permet d’entendre des sections de percussions seules. C’est donc un autre clin d’œil à l’univers de Varèse, et notamment à Ionisation première composition exclusivement pour percussions.

- L’indice 3 devait permettre d’identifier le Théâtre des Champs-Élysées, double lieu de scandales, puisque s’il a accueilli celui du Sacre du printemps, il sera aussi celui de Déserts une quarantaine d’années plus tard. Cet indice faisait allusion au concert d’inauguration le 2 avril 1913 d’un théâtre qui surprenait pat le modernisme de son béton armé. Il y eut pour l’occasion un concert spécifiquement constitué de musique française. Cela a débuté par la création de l’Ode à la musique d’Emmanuel Chabrier, sous la direction de Désiré-Émile Inghelbrecht. Mais le morceau de résistance était constitué de La Mer de Claude Debussy, de L’Apprenti sorcier de Paul Dukas de Phaëton de Camille Saint-Saëns et du Prélude de Fervaal de Vincent d’Indy, les quatre œuvres dirigées par leurs compositeurs ! 

- Enfin l’indice 4 était le plus direct. Pierre Henry était en effet à la console pendant le concert de 1954 et il a même dû pousser les potentiomètres plus loin que prévu tant le public était bruyant. Car une des particularités de Déserts est de comporter trois interpolations purement électroacoustiques sur bandes, mais qui sont facultatives. Dans la partition publiée, les endroits où faire débuter les bandes sont simplement signalés par des traits verticaux. Dans l’enregistrement que Boulez a fait de Déserts, par exemple, ces interpolations ne figurent pas. 

Pour évoquer l’esprit de sa pièce, Varèse en a donné cette très imaginative présentation : « J’ai choisi comme titre Déserts parce que c’est pour moi un mot magique qui suggère des correspondances à l’infini. Déserts signifie pour moi non seulement les déserts physiques, du sable, de la mer, des montagnes et de la neige, de l’espace extérieur, des rues désertes dans les villes, non seulement ces aspects dépouillés de la nature, qui évoquent la stérilité, l’éloignement, l’existence hors du temps, mais aussi ce lointain espace intérieur qu’aucun télescope ne peut atteindre, où l’homme est seul dans un monde de mystère et de solitude essentielle. »

Mais Déserts ne fut pas toujours un scandale. Quand Maderna donne cette œuvre la semaine suivant la création parisienne, à Hambourg, avec Stockhausen à la console, c’est un succès. Et pour l’exécution du 17 mai 1955 au festival de Bennington dans le Vermont, Varèse jubile en style télégraphique: « Exécutants de premier ordre importés de New York, conduits par Waldman. Enthousiasme à tout casser, la salle debout hurlant, l’œuvre bissée. Jamais je n’aurais supposé la puritaine Nouvelle-Angleterre capable de foutre en l’air ses complexes et de se déboutonner d’une façon aussi païenne, saturnale. Oui, la vieille Nouvelle-Angleterre, et toute sa jeunesse ont accordé un accueil délirant à Déserts. »

Extraits musicaux diffusés

♫ ♪   Edgar Varèse
Création de Déserts
Orchestre National
Hermann Scherchen, direction
[INA 3329184687522-2-5]

♫ ♪  Edgar Varèse
Un grand sommeil noir - pour soprano et orchestre
Orchestré par Antony Beaumont
Mireille Delunsch, soprano
Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam
Riccardo Chailly, direction
[Decca 0028946020821-1-6]

Générique 

♫ ♪   Edward Elgar
Variation sur un thème original opus 36  : Variation n°11 G.R.S
 Orchestre Symphonique de Londres  
 Eugen Jochum, direction        
 [DGG 00289]

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