Variations Enigma
Magazine
Mardi 10 juillet 2018
6 min

Variations Enigma – Énigme 2 / Indice 2 : Gérard Grisey et Le Noir de l’étoile.

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Variations Enigma – Énigme 2 / Indice 2 : Gérard Grisey et Le Noir de l’étoile.
Gérard Grisey , © capture d’écran YouTube

La voix du célèbre astrophysicien Jean-Pierre Luminet annonçait les sons d’un pulsar captés dans l’espace, le Pulsar de Vela. Un pulsar est une étoile effondrée, un fantastique résidu concentré qui tourne sur lui-même, et dont même la lumière ne peut sortir. Il émet de brèves impulsions périodiques, ce qui peut être capté et évoquer un rythme. Et cela pose une foule de questions. Est-ce encore de la musique ? Et, au fond, qu’est-ce que la musique ? En tentant de résumer la question : une musique doit-elle exclusivement provenir de structures sonores, créations artistiques de compositeurs ou, autre possibilité encore plus largement partagée dans le monde, être le fruit de créations collectives de différents groupes humains ? Et dans le cas contraire, existe-t-il d’autres formes de plaisirs musicaux ? Notamment lorsqu’on écoute de façon musicale ce qui n’est pas – à l’origine – pensé en tant que musique, les paysages sonores du monde, les chants des animaux… ou, comme aujourd’hui, les sons de l’espace.

Pour sa part, Gérard Grisey était convaincu de la multiplicité des musiques. Et il a donc composé, entre 1989 et 1990, cette partition incroyable : Le Noir de l’étoile. Il l’a destinée à six percussionnistes disposés autour du public, mais aussi une bande magnétique et à la transmission in situ de véritables signaux astronomiques, avec un texte liminaire de Jean-Pierre Luminet. Le tout dure un peu plus d’une heure.

L’enregistrement qui illustre cette chronique est la version donnée à la Cité de la musique en 2003. Mais la création de cette dépaysante incursion musicale dans un espace gigantesque avait déjà eu lieu en 1991, en Belgique, dans le cadre du Festival Ars Musica, et là aussi par les Percussions de Strasbourg.

Gérard Grisey a proposé la petite description suivante du déroulement de cette immersion sonore offerte au public :

Introduction
Texte original de Jean-Pierre Luminet (astrophysicien)

Percussions de Strasbourg disposées autour du public et sonorisées.
Naissance d’une pulsation sonore et lumineuse.
Rotations, périodicités, accélérations, décélérations.
Découverte de l’espace acoustique et visuel.
Lent parcours de la macrophonie à la microphonie.
Attente de l’« objet céleste ».

Attente de l’« objet céleste ».

Première fenêtre

Transmission du Pulsar de Vela diffusée et spatialisée par 12 haut-parleurs disposés autour du public.
Contamination de la vitesse du pulsar aux percussionnistes.
Rotation, irrégularité, rapidité.

Deuxième fenêtre

Arrivée en direct du pulsar 0359-54 capté par le radiotélescope de Nançay et spatialisé.

Ou

Diffusion d’une captation enregistrée.
Interruption brutale par les percussionnistes.
Découverte d’un autre espace sonore : les métaux.
Chaos granuleux, fusion, coagulations, émergences, bouffées rythmiques analogues aux sons que nous transmet le soleil.

Troisième fenêtre

Pulsar imaginaire.
Final
Déchaînement progressif des forces centrifuges sonores.
Variation de vitesse et accélération.

Quatrième fenêtre

L’instrument-pulsar…

Et Grisey précise dans la note de programme : « Que l'on n’en déduise pas cependant que je suis un adepte de la musique des Sphères ! Il n'est d'autre Musique des Sphères que la Musique Intérieure. Celle-là seule pulse encore plus violemment que nos pulsars et oblige de temps à autre un compositeur à rester à l'écoute. »

L’indice ? Quand après Le Roi des étoiles de Stravinsky, on s’intéresse au Noir de l’étoile de Grisey, cela commence à se préciser… 

Extraits musicaux diffusés 

♫ Gérard Grisey
Le Noir de l’étoile (extraits) Les Percussions de Strasbourg
Voix de Jean Pierre Luminet
Universal Music
RF00000042252-1-1