Variations Enigma
Magazine
Lundi 23 juillet 2018
6 min

Variations Enigma – Énigme 3 / Indice 1 : Sonate en trio et musique à programme

Troisième énigme : identifier un compositeur baroque célèbre, mais pas assez

Variations Enigma – Énigme 3 / Indice 1 : Sonate en trio et musique à programme
Carl Philipp Emanuel Bach, © Wikimedia commons

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Maurizio Cazzati a écrit une sonate en trio en écho pour deux cornets à bouquin et basse continue, c’est-à-dire une sonate en trio, un genre constitué de deux dessus et d’une basse, ici jouée à l’orgue et à l’archiluth. Cazzati fait partie de la grande école de Bologne du XVIIe siècle et il est mort à Mantoue en 1677. Il a d’abord été en poste à Bergame, où il a notamment écrit de la musique religieuse. Cela lui a ensuite permis d’obtenir le prestigieux poste de Maître de Chapelle de Bologne. Par la suite, il connaitra malheureusement un « plaisir » un peu trop récurent dans l’histoire de la musique : la polémique, en l’occurrence une polémique fielleuse. Cazzati était le supérieur d’un certain Giulio Cesare Arresti, un organiste et compositeur à son tour assez oublié. Et ce dernier a publié un pamphlet, un Dialogue entre un maître de musique et son élève où il se livre à l’attaque en règle d’une messe à 5 voix de Cazzati, en signalant au passage d’hypothétiques fautes et en les corrigeant. Restant très digne, Cazzati a simplement répondu qu’il se laissait guider par son oreille plutôt que par les règles du contrepoint. La polémique s’amplifiant, il a fini par démissionner, laissant Arresti prendre sa place. Pire, il a été exclu des cercles musicaux de son temps, ce qui a dû être une des principales causes de sa relative exclusion de l’histoire de la musique. Il a tout de même laissé dix volumes de musique instrumentale, neuf volumes de cantates et quarante trois recueils de musique religieuse. 

Le mode de l’écho fonctionne bien dans l’univers de la sonate en trio où les deux dessus sont généralement d’importance égale, par exemple, deux cornets à bouquin, deux violons, une flûte et un violon. Il suffit donc qu’un second cornet à bouquin joue la même chose que le premier, mais moins fort, pour crée une illusion d’écho.

Mais les deux dessus peuvent exceptionnellement aussi s’opposer. Dans une étonnante sonate en trio de Carl Philipp Emanuel Bach, les deux violons ne jouent jamais ensemble, l’un est lent, l’autre emporté, ils semblent même se contredire. L’explication est donnée par le titre de la composition : Le Sanguin et le Mélancolique. Ce projet nous plonge en 1749 et pose la question de la possibilité, pour la musique, d’imiter les passions humaines.

Car Philipp explique : « Une tentative a été faite dans un trio d’exprimer, autant que possible par le sens seul des instruments, quelque chose auquel conviendraient mieux les possibilités vocales avec texte. Il est destiné à faire l’illustration d’une conversation entre un Mélancolique et un Sanguin qui ne sont pas d’accord pendant tous les premier et deuxième mouvements ; chacun essayant d’attirer l’autre dans son camp jusqu’à ce qu’ils exposent clairement leur différent à la fin du deuxième mouvement, au moment où le Mélancolique abandonne la partie et se range à la façon de voir du Sanguin ». 

Mettant des lettres repères dans sa partition pour les différents moments de la controverse, Carl Philipp les commente, parfois de façon très imagée. Par exemple en expliquant : « nous avons là une question et le Mélancolique prend le temps de chercher sa réponse… dépitée. »

Extraits musicaux diffusés 

Maurizio Cazzati
Capriccio in echo detto Il Marescotti Ensemble La Fenice
Cornets à bouquin : Jean Tubéry et William Dongois
Direction Jean Tubery
Accord

Carl Philipp Emanuel Bach
Sonate en trio en ut min Wq 161 n°1 H 579, Conversation entre un sanguin et un mélancolique pour 2 violons et basse continue : Allegretto, Presto
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