Mercredi 22 août 2018
6 min

Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 7 / indice 3 : musiques pour harpe

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Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 7 / indice 3 : musiques pour harpe
Lily Laskine © larousse.fr

Septième énigme : un compositeur du XIXe siècle au catalogue abondant… et éclectique 

  • Énigme n° 7 / indice 3 : musiques pour harpe 

Tous les harpistes connaissent le Concerto pour harpeen ut majeur de François-Adrien Boieldieu, les autres un peu moins, et c’est dommage. François-Adrien Boieldieu est un compositeur en effet plus connu pour ses opéras et ses opéras comiques, tels que Le Calife de Bagdad ou La Dame blanche. Son concerto a été composé, semble-t-il, en 1795, à une époque où la harpe se modernisait, notamment grâce à Érard qui allait changer le système des pédales. Et le contexte de ce concerto est particulier. Avec Érard, Cherubini et Jadin, Boieldieu collaborait alors au Nouveau Journal de musique pour piano et harpe, chacun s’engageant à écrire deux nouvelles œuvres par mois. Il y eut donc toute une série pour la harpe, des sonates, des duos, des trios, et jusqu’aux concertos.    

Il existe une originalité dans celui de Boieldieu qui pourrait servir de bon contre-exemple à certains des universaux que professent les neurosciences, notamment le mode mineur associé à la tristesse. Son concerto commence en majeur mais, de façon rare, finit en changeant de mode, donc en mineur. Il n’en est pas triste pour autant, bien au contraire, il s’achève plutôt avec infiniment de grâce.   

De même que la harpe, chaque instrument possède un répertoire spécifique, qui est souvent incontournable pour les musiciens qui le pratiquent, bien qu’inconnu ou presque pour les autres. Pour en revenir à la harpe, elle possède ainsi à la fois une mythologie, associée évidemment en tout premier lieu à Orphée, mais aussi souvent une connotation exotique. Et quand Reinhold Glière compose un concerto pour harpe en 1938, il l’ouvre par une page formée de nombreux arpèges typiques de l’instrument. Mais, grâce à ses harmonies, difficile de ne pas se sentir transporté dans les steppes ou dans les paysages ukrainiens. On connaît surtout de Glière son délicat Concerto pour soprano coloratura et orchestre que Natalie Dessay a enregistré en 1998 dans un CD intitulé Vocalises. Et pourtant, il fut le professeur de Prokofiev et de Khatchatourian, rien de moins…   

On trouve un étonnant enregistrement d’une musique pour harpe de Debussy dans l’intégrale en 33 CD parue chez Warner Classics. On connaît bien sûr ses Danses sacrées et profanes, pour harpe et orchestre, ou ses Chansons de Bilitis, ou encore sa Sonate pour flûte, alto et harpe, mais moins Flots, palmes et sables qu’il a composé sur un poème d’Arnaud Renaud et dédié à Madame Vasnier, une chanteuse talentueuse chez qui le jeune homme avait trouvé refuge dans les années 1880, un peu comme dans une seconde famille.    

Flots, palmes et sables est une mélodie pour l’étonnant effectif suivant : soprano, piano et harpe ! Et il l’a composée en 1882, c’est-à-dire plus de dix ans avant ses premiers véritables chefs-d’œuvre debussystes, le Quatuor à cordes et Le Faune.   

Le texte choisi est un peu naïf, mais il exprime une passion intense et sincère.   

« Loin des yeux du monde    
la mer est profonde,    
les palmiers sont hauts,    
les sables sont chauds.   

S'il te faut les endroits calmes  
où tout chante et tout bénit,  
viens au fond du bois des palmes,  
avec moi, choisir un nid,  
un nid où, morts pour la foule,   
nous vivrons pour l'eau qui coule,  
pour le ramier qui roucoule  
à l'heure où le jour finit.     
Loin des yeux du monde...        

S'il te faut les endroits mornes  
où le corps est châtié,  
allons au désert sans bornes,  
sous le ciel sans pitié;  
t'ayant là, je serai forte.  
Mourir! mourir! que m'importe  
si je partage, étant morte,   
ton sépulcre par moitié.       

Loin des yeux du monde... »

♫ François-Adrien Boieldieu
Concerto pour harpe en ut majeur : II. Andante lento
Lily Laskine, harpe / Orchestre de chambre Jean-François Paillard, dir. Jean-François Paillard
Erato 

♫ Reinhold Glière
Concerto pour harpe op. 74 : I. Allegro moderato
Osian Ellis, harpe / Orchestre Symphonique de Londres, dir. Richard Bonynge
Decca

♫ Claude Debussy
Flots, palmes, sables
Natalie Dessay, soprano / Catherine Michel, harpe / Philippe Cassard, piano
Warner Classics

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