Lundi 20 août 2018
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Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 7 / indice 1 : Concertos pour clarinette

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Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 7 / indice 1 : Concertos pour clarinette
HOLLYWOOD, CA. SEP. 02, 2014. Soloist Kari Kriikku in Mozart's Clarinet Concerto with the LA Phil co, © Getty / Lawrence K. Ho/Los Angeles Times

Septième énigme : un compositeur du XIXe siècle au catalogue abondant… et éclectique

  • Énigme n° 7 / indice 1 : Concertos pour clarinette
     

Le début du Concerto pour clarinette que Magnus Lindberg a composé en 2002 frappe par sa liberté et par une foule de brefs et caractéristiques éléments thématiques. Oui, le XXIe siècle naissant qui s’y exprime semble en rupture avec la modernité radicale du siècle précédent, mais il ne tombe pas pour autant dans le passéisme. Et ce qui semble le plus remarquable, c’est cette apparition récente d’une nouvelle géographie de la musique. En simplifiant, on pourrait dire qu’on a longtemps cru qu’il n’y avait pas d’autres solutions que de poursuivre les pistes de l’Autriche de Schönberg, ou de la France de Debussy, ou encore de la Russie de Stravinsky. Alors qu’aujourd’hui, la situation est infiniment plus riche. En effet, Lindberg est né à Helsinki en 1958 et il y a travaillé avec l’immense Rautavaara. Certes, il a enrichi cette influence de celles d’autres courants, notamment de ceux de Grisey ou de Lachenmann, mais c’est toutefois la musique originaire de Finlande qui l’a le plus profondément marqué, tout particulièrement le sens de la grande forme qui était si spécifique à Sibelius. Il s’agit d’un temps musical où tout semble converger vers un moment de révélation finale.    

Bien sûr, hormis Sibelius, ce concerto doit aussi beaucoup au clarinettiste Kari Kriikku qui l’a créé. Ce soliste a été à l’origine de nombreuses compositions de Lindberg. Et pendant la phase d’écriture du concerto, rares étaient les journées sans un coup de téléphone ou un rendez-vous de travail entre le concertiste et le compositeur. Cela explique pourquoi ce concerto fait désormais partie du répertoire clarinettistique, notamment avec sa cadence où se croisent des éléments idylliques, dramatiques et humoristiques.   

Comme exemple de forme inspirée de Sibelius, il est possible de s’intéresser à la révélation finale du concerto de Lindberg, une section qui intervient au bout d’une vingtaine de minutes. Elle constitue l’apogée et permet à un auditeur, non seulement de reconnaître les éléments thématiques déjà entendus depuis le début, mais surtout de pressentir qu’il découvre enfin leur véritable physionomie.   

Oui, si la clarinette a été associée à Mozart, si elle a eu de magnifiques pièces romantiques dans son répertoire, tel le Pâtre sur le rocher de Schubert, elle a aussi été prisée de la plupart des compositeurs récents, notamment dans Domaines de Pierre Boulez, In Freudschaft de Stockhausen ou la Sequenza 9 de Berio, toutes pièces en solo marquantes pour cet instrument. Et la clarinette est aussi liée à de récentes expériences de spatialisation. Dans Dialogue de l’ombre double, par exemple, une composition de 1985, Boulez fait répondre à la monodie d’une clarinette – qui se déplace dans la salle –, un enregistrement de cette même clarinette dont la diffusion est à son tour spatialisée par un ensemble de six haut-parleurs disposés autour du public. Et le titre provient de la scène de l’ombre double dans Le Soulier de satin de Paul Claudel.    

Antiphonie a été composée par Marc-André Dalbavie en 1999. Il y poursuit une même nature d’exploration. Cela débute par la monodie d’un cor de basset situé devant le public. Au fil de l’œuvre, le son gagne progressivement l’orchestre, avant un tutti spectaculaire. Le son se dirige ensuite vers l’arrière du public, laissant à la fin la parole à la monodie seule d’une clarinette solo située à l’antipode du cor de basset initial. La virtuosité orchestrale y est confondante, les harmonies d’une grande beauté. Et l’impression est celle d’une musique neuve, inouïe, et pourtant d’une grande évidence d’écoute.

♫ Magnus Lindberg
Concerto pour clarinette
Kari Kriikku, clarinette
Finnish Radio Symphony Orchestra, dir. Sakari Oramo
ONDINE

♫ Marc-André Dalbavie
Antiphonie, double concerto pour clarinette, cor de basset et orchestre spatialisé
Romain Guyot, clarinette / Jérôme Voisin, cor de basset
Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Pascal Rophé
DENSITE  
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