Jeudi 9 août 2018
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Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 5 / indice 4 : composition et transcription

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Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 5 / indice 4  : composition et transcription
Mozart, Requiem : Dies Irae © Getty Images

Cinquième énigme : un compositeur du XXe siècle assez inclassable

Indice 4 : composition et transcription

La version de 2017 de René Jacobs à la tête de l’Orchestre de Fribourg avec l’exceptionnel Chœur de chambre du RIAS de Berlin du Requiem de Mozart est une version spécifique qui n’avait encore jamais été enregistrée pour la simple raison qu’elle date de 2016, et qu’il s’agit de la « complétion » du français Pierre-Henri Dutron. Ce chef n’avait jamais dirigé cette œuvre, il attendait d’avoir une version qu’il puisse trouver convaincante. Dutron l’a attendu à la fin d’un concert et lui a confié sa partition. Un an après, Jacobs l’appelait. Une belle histoire, non ?

Rappelons les faits concernant ce Requiem. En 1791, à sa mort, Mozart laisse une partition inachevée. Des sections sont terminées, d’autres seulement commencées, il y a quelques parties de violon écrite, des sections complètes de chœur, etc. Donc, comment jouer un tel fragment ? Sa veuve, Constance, pour honorer la commande, et ne pas avoir à rembourser l’avance, demande tour à tour à Freiystädtler, Joseph Eybler et Franz Xaver Süßmayr de terminer la partition. Ce sont essentiellement Eybler et Süßmayr qui s’y sont attaqués et il existe depuis deux manuscrits distincts : d’une part la « partition de travail » qui contient l’écriture de Mozart et les rajouts d’Eybler. Elle a servi de base au travail de Süßmayr qui fait une seconde partition, celle « à livrer achevée ». Tout le monde s’accorde à trouver des faiblesses dans la version Süßmayr, mais c’est celle que l’on joue généralement et, en vérité, on s’y est habitué. Toutefois, il y a eu d’autres tentatives, par exemple celles de Neukomm ou de Levin en 1995.

En général, on tente de « corriger » Süßmayr. Mais une découverte cruelle a constitué l’impulsion de départ de Dutron. Mozart avait laissé la partie de cor d’un concerto et Süßmayr avait composé toute la partie d’orchestre. Or, on a récemment retrouvé le brouillon de ce que souhaitait Mozart. Et Süßmayr n’avait vraiment pas mis dans le mille ! Il supprimait des notes quand il fallait du mouvement, ou faisait des fugatos quand il fallait des silences, etc. Bref, il était loin de comprendre l’esprit de Mozart. On peut donc en déduire que plutôt que corriger Süßmayr, il est aussi possible de l’oublier…

Dans ce que Mozart a véritablement écrit, Dutron a remarqué qu’à la fin du Lacrimosa il y avait aux cordes ce qui est d’ordinaire une figure d’accompagnement. Elle devait donc, selon toute logique, être présente dès le début. Voilà une des choses qu’apporte la version Dutron… Et son Confutatis surprend tout autant.

Dutron a fait une seconde version, plus éloignée encore de ce que l’on connaît. Mais elle n’a encore jamais été jouée. Avec cet exemple, on découvre avant tout que les musiques que l’on écoute ne sont pas nécessairement les fruits directs de l’écriture des compositeurs. Et à part achever une musique, comme cela a été fait pour le Requiem de Mozart, Turandot de Puccini ou Lulu de Berg, la transcription peut également être un moyen efficace pour diffuser une musique. On a longtemps connu la Symphonie fantastique de Berlioz grâce à la version pour piano publiée par Liszt en 1834. La version originale pour orchestre n’a elle été publiée qu’en 1845 !

Parfois aussi, les compositeurs donnent plusieurs versions de la même œuvre. Berio, notamment, a écrit des pièces pour instruments seuls qu’il a appelées des Sequenze. Quelques-unes d’entre elles ont eu droit à une seconde version pour ensemble, nommée Chemins. C’est passionnant de comparer les deux, tout particulièrement pour la Sequenza X pour trompette, dont le sens se révèle véritablement dans le Chemins VI, Kol Od.

La transcription est aussi un moyen pour offrir du répertoire à des instruments qui en manquent. Les quatuors de saxophones, par exemple, alternent souvent des œuvres écrites pour leur formation et des arrangements de différents compositeurs baroques, Bach notamment…

Enfin, une transcription pour chœur a été suscitée par l’ensemble vocal Accentus. Il s’agit de la célèbre pièce pour orchestre de Schönberg intitulée Farben, c’est-à-dire « Couleurs ». Son écriture est fondée sur le timbre. Il y a un accord mystérieux qui change en permanence de couleur selon les instruments qui le jouent. En faire une version pour chœur semblait donc lui ôter tout son sens. Et pourtant, à l’arrivée, cette transcription a touché au sublime. 

Musiques écoutées

Wolfgang Amadeus Mozart
Requiem en ré mineur K. 626 : VIII. Lacrimosa
Chœur de chambre du RIAS de Berlin / Orchestre baroque de Fribourg, dir. René Jacobs
Harmonia Mundi

Wolfgang Amadeus Mozart
Requiem en ré mineur K. 626 : VII. Confutatis
Chœur de chambre du RIAS de Berlin / Orchestre baroque de Fribourg, dir. René Jacobs
Harmonia Mundi

Arnold Schoenberg / arrangement Franck Krawczyck
Cinq Pièces op. 16 : III. Farben
Accentus, dir. Laurence Equilbey
Naïve

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