Mercredi 8 août 2018
6 min

Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 5 / indice 3 : l’Inde

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Variations Enigma de Claude Abromont – Énigme n° 5 / indice 3 : l’Inde
George Harrison et Ravi Shankar © Getty Images

Cinquième énigme : un compositeur du XXe siècle assez inclassable

Indice 3 : l’Inde

En 1965, John Lennon écrit une chanson d’abord intitulée This Bird has flown, puis Norwegian Wood. Il est alors marié à Cynthia Powell et son texte confie, de façon cryptée, une aventure extra-conjugale. Derrière une allure de comptine populaire, le poème est en réalité assez violent. Le bois de Norvège, qui symbolise au début de la chanson l’intimité de la chambre du couple, indique à la fin, une fois que l’oiseau aura fui, que le narrateur y met le feu …

I once had a girl,
Une fois j'ai eu une fille,
Or should I say,
Ou devrais-je dire,
She once had me.
Une fois elle m'a eu.
 

She showed me her room,
Elle me montra sa chambre,
Isn't it good,
N'est-ce pas bon,
Norwegian wood.
Le bois de Norvège.
 

She asked me to stay
Elle me demanda de rester
And she told me to sit anywhere.
Et de m'asseoir n'importe où
So I looked around and I noticed
Alors j'ai regardé autour de moi et remarqué
There wasn't a chair.
Qu'il n'y avait pas la moindre chaise
 

I sat on the rug,
Je me suis assis sur le tapis
Biding my time,
Attendant le bon moment
Drinking her wine.
Buvant son vin
 

We talked until two,
Nous avons parlé jusqu'à deux heures du matin
And then she said,
Puis elle dit,
It's time for bed.
Il est temps d'aller au lit.

She told me she worked in the morning
Elle m'a dit qu'elle travaillait le lendemain matin
And started to laugh.
Et se mit à rire.
I told her I didn't
Je lui répondis que moi je ne travaillais pas
And crawled out to sleep in the bath.
Et je me suis trainé jusqu'à la baignoire pour y dormir
 

And, when I awoke,
Et quand je me suis éveillé,
I was alone,
J'étais tout seul,
This bird had flown.
Cet oiseau s'était envolé
 

So, I lit a fire,
Alors, j'ai allumé un feu,
Isn't it good,
N'est-ce pas bon,
Norwegian wood.
Le bois de Norvège.

Cette chanson est assez particulière, et même un peu mythique pour les fans des Beatles. Cela tient à son instrumentation. Harrison avait découvert un sitar indien lors de l’enregistrement d’une scène de restaurant pour le film Help ! Il a pu essayer l’instrument et l’a beaucoup aimé. Peu après, il découvre la musique de Ravi Shankar. Il est fasciné, achète un sitar et apprend à en jouer. Et une première application en est faite dans Norwegian Wood, qui explique sa sonorité si particulière. Elle a posé de grandes difficultés aux ingénieurs du son. La chanson sort dans l’album Rubber Soul, la presse s’emballe, et pousse Harrison et Shankar à se rencontrer. Finalement, Harrison part en Inde en 1966. Et ce seront six semaines initiatiques, passées à apprendre véritablement à jouer du sitar. Quels fruits ? L’album Sgt. Pepper’s de 1967, et tout particulièrement Within you without you.

Philip Glass, dont la chronique de mardi a permis d’écouter des compositions, a à son tour été marqué par l’Inde. Il a appris le yoga avec plusieurs maîtres et a collaboré avec Shankar, réalisant l’album Passages avec lui. On peut dire que dans cette décennie la musique occidentale a reçu le choc d’une spiritualité, d’une musique fascinantes, et d’un détachement qui pouvait sembler le meilleur rempart contre le matérialisme. Mais il ne faudrait pas croire que cette influence a été à sens unique. Shankar lui-même va s’intéresser aux codes de la musique occidentale et écrire par exemple des concertos pour sitar, le troisième datant de 2009. Mais il a fait aussi des apparitions remarquées aux festivals de Monterey en 1967 ou de Woodstock en 1969.

Sans compter que sa vie personnelle témoigne elle-aussi d’une porosité entre les univers esthétiques. D’une part sa fille Anoushka et son fils Shubbo ont prolongé la tradition du sitar, d’autre part sa fille Norah Jones a mis toute sa subtilité à magnifier un monde entre la chanson populaire et le jazz. 

Et un concerto pour sitar ? Cela donne des pages envoûtantes au confluent de plusieurs traditions, notamment sous la baguette de Zubin Mehta, immense chef d’orchestre, originaire de l’Inde… comme le compositeur. 

Musiques écoutées

The Beatles
Norwegian Wood
The Beatles
Parlophone

The Beatles
Within you without you
The Beatles
Capitol

Ravi Shankar
Concerto pour sitar n° 2 "Raga mala" : III. Yaman kalyan (Moderato)
Ravi Shankar, sitar / Orchestre Philharmonique de Londres, dir. Zubin Mehta
EMI Classics

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