Tendez l'oreille
Programmation musicale
Samedi 8 mai 2021
5 min

Tendez l'oreille ! Pouvons-nous entendre l'influence du directeur artistique dans un enregistrement ?

Le directeur artistique est un peu le 'réalisateur' d'un enregistrement. Depuis la régie, il signale au chef d'orchestre les passages à refaire, les problèmes d'équilibre, de couleurs, d'intelligibilité, etc. Petit exercice de comparaison... non pas d'un chef à l'autre mais d'un D.A. à l'autre !

Tendez l'oreille ! Pouvons-nous entendre l'influence du directeur artistique dans un enregistrement ?
Directeur artistique supervisant l'enregistrement d'un concerto pour piano (01/06/1965), © Getty / David Lees

8 mai 2021 - 8 mai 2009 : il y a douze ans, José Carreras annonçait qu'il se retirait de la scène opératique

  • Extrait 1 : en plein enregistrement de West Side Story, le directeur artistique John McClure intervient pour corriger la prononciation de José Carreras ("coming", "caaming")

Coulisses d’un enregistrement mythique : José Carreras qui essaye de passer pour un Américain dans West Side Story. Pourtant : c’est l’autre voix de cet enregistrement qui nous intéresse aujourd’hui. Non pas celle de Leonard Bernstein… mais celle de John McClure, le directeur artistique. 

Qu'est-ce qu'un directeur artistique ? 

Le directeur artistique, c’est un peu le "réalisateur" d’un enregistrement : il est en régie et donne certaines indications aux artistes en studio. On l’appelle “record producer” en anglais. Certains record producers sont devenus légendaires : c'est le cas de John McClure (1929-201), qui a réalisé le cycle des neufs symphonies de Beethoven (Columbia Symphony Orchestra, dir. Bruno Walter), qui a travaillé sur une trentaine d'enregistrements avec Stravinsky, 200 avec Leonard Bernstein, en plus de Copland, Previn, Stern, et John Williams. 

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Comparer les enregistrements non pas en fonction de l'interprétation mais de la prise de son

L'exercice est bien connu : nous allons comparer plusieurs versions, mais cette fois en fonction de la prise de son et des choix du directeur artistique. La musique dans les deux enregistrements, est dirigée dans les deux cas par Leonard Bernstein : le premier mouvement de la 6e symphonie de Gustav Mahler. Je vais vous demander de vous concentrer non pas sur l’interprétation mais vraiment sur la prise de son.

  • Premier extrait : John McClure est le directeur artistique, avec le New York Philharmonic. Vous allez voir, nous entendons tout : le frottement des contrebasses, très précisément l’articulation des vents derrière les cordes. Les cuivres dominent, et les cordes sont un peu en retrait.
  • Deuxième extrait : nous gardons Bernstein, mais nous changeons de directeur artistique : Hans Weber, avec l’orchestre philharmonique de Vienne. Pareil : n’écoutez pas l’interprétation, mais la prise de son, essayez de voir la différence. Nous y entendons plus de cordes et moins de vents. Nous sentons que Hans Weber essaie de reproduire au disque l’impression d’être dans la salle de concert : les cordes devant, les vents derrière, et la caisse claire qui domine le tout, comme dans une vraie salle de concert. 

Exemple plus récent de directrice artistique : Aline Blondiau

Il y a une directrice artistique que tous les baroqueux s’arrachent : Aline Blondiau. Tout le monde veut travailler avec elle : Vox Luminis, l’ensemble Jupiter, les Surprises, le Banquet Céleste, Pygmalion, les Siècles, Jordi Savall, etc. 

Nous allons écouter le Gloria de la Messe en si de Bach. 

  • Premier extrait : Avant de l’écouter par Pygmalion et Aline Blondiau, je voudrais d’abord vous le faire écouter par l’orchestre baroque de Leipzig (dir. Georg Christoph Biller), avec un certain Joachim Müller à la direction artistique. L’interprétation est très belle, avec l’orchestre sur un plan, le choeur que nous entendons très bien sur un autre plan. Deux plans, c’est finalement ce qu’on entendrait dans la salle de concert. 
  • Deuxième extrait : nous allons écouter le travail d’Aline Blondiau, la directrice artistique de cet enregistrement par l’ensemble Pygmalion (dir. Raphaël Pichon). Tendez l’oreille : elle plonge au coeur de l’orchestre et au coeur des chanteurs pour mettre en valeur une infinité de plans sonores. Nous entendons tous les détails, tous les instruments et tous les chanteurs

Direction artistique d'enregistrement : deux philosophies (au moins)

Bach par l’ensemble Pygmalion mais aussi par Aline Blondiau. Elle est la représentante d’un corps de métier que nous pouvons avoir tendance à oublier, et qui pourtant est à l’origine de bien des choix au niveau du son, de la réverbération, de l’équilibre, de l’intelligibilité du choeur, etc. 

Evidemment, tout ne tient pas dans la main de la directrice artistique, il y a aussi la salle, le chef, les interprètes, etc. Mais ce qui reste, par contre c’est l’opposition d’au moins deux philosophies de la prise de son, et cela vous pouvez le repérer dans tous les disques : vous avez des directeurs artistiques qui tiennent à reproduire les conditions du concert, comme si vous étiez dans la salle, et vous en avez d’autres qui entendent bien profiter des micros pour ciseler un objet plein de détails et de plans sonores. Les deux philosophies ont leurs mérites, surtout qu’il y a évidemment de la flexibilité en permanence de la part des deux camps. 

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