Swing chronique
Magazine
Samedi 22 juillet 2017
5 min

Lutte Sacrée : Paul Robeson & Marian Anderson

Tout l'été, Raphaël Imbert revient sur l'histoire du swing... Aujourd'hui, pour cette cinquième chronique estivale, il nous parle du swing comme une lutte sacrée...!

Lutte Sacrée : Paul Robeson & Marian Anderson
Marian Anderson & Paul Robeson, 30 décembre 1945 à New York USA, © Getty

Les Jim Europe, Will Marion Cook, Harry T. Burleigh dont nous parlions la semaine dernière ont, au prix d’énormes sacrifices énormes au service de l’émancipation, ouvert une voie dans laquelle toute une culture allait s’engouffrer. Forts de leur connaissance de la musique savante européenne et de la culture musicale populaire de leur communauté, ils établissent les bases d’une identité propre qui devaient permettre l’émergence d’une nouvelle musique classique. Mais ni le racisme d’état, ni leur propre ambiguïté face à une culture classique européenne qu’ils suivaient et respectaient sans doute trop, ne leur permettent d’atteindre leur but.

C’est le jazz naissant qui, l’air de rien, prend le relais, et définit les codes de la nouvelle musique, entre l’académisme savant et les attentes de la musique populaire et industrielle. Le swing comme art de vivre est le résultat de ce mariage étonnant entre la fierté du combat mené contre l’adversité, l’affirmation de soi et la frénésie de la joie de vivre moderne et du divertissement de masse.

Des artistes sans concession assument alors l’héritage des ainés qui voyaient la musique afro-américaine comme un nouvel eden académique. Prenant appui également sur la tradition des groupes vocaux noirs universitaires qui chantaient les negro spirituals dans les salles classiques du 19ème siècle, les chanteurs Marian Anderson et Paul Robeson n’ont de cesse d’associer le répertoire populaire noir avec le répertoire classique de Brahms, Beethoven, Dvorak ou Bach. Elle, immense contralto reconnue au panthéon de l’art lyrique, aura l’honneur de chanter devant le monument d’Abraham Lincoln à Washington à l’invitation d’Eleanor Roosevelt. Lui, athlète, vedette noire de cinéma et de théâtre, donnera toute sa vie des récitals de chants du monde entier, pour démonter l’universalisme de ce langage.

Son militantisme communiste profond l’éloignera durablement des studios et des théâtres, mais il n’arrêtera jamais de chanter partout où on le demandait, devenant l’exemple à suivre et la conscience pour des générations d’artistes et d’activistes. En 1958, il signe son grand retour au Carnegie Hall après des années d’exil dans son propre pays frappé par un anticommunisme violent. Il chante ici « Didn’t My Lord Delivered Daniel », rappelant la force symbolique d’émancipation et de libération d’une musique sacrée issue de la foi d’un peuple mais qui s’adresse à l’ensemble du genre humain !

♫Paul Robeson« Peat Bog Soldiers » Album Songs of Free Man

♫Paul Robeson« Didn’t My Lord Delivered Daniel » Album Live at Carnegie Hall 1958

♫Marian Anderson« Nobody Knows The Trouble I’ve Seen » 1924 Label Freméaux et Associès 2000

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