Swing chronique
Magazine
Dimanche 27 août 2017
5 min

Jam et Swing

Tout l'été, Raphaël Imbert revient sur l'histoire du swing... Aujourd'hui, Jam et Swing

Pour cette dernière prescription estivale de swing Chronique, je vous invite à boeufer et jammer ensemble. « Faire le bœuf » est l’expression française qui correspond à la « jam session », et qui signifie une réunion impromptue et spontanée où des musiciens qui souvent ne se connaissent même pas improvisent ensemble sur un répertoire commun connu de mémoire, dans un esprit festif et fraternel, mais aussi compétitif.
En effet, très souvent, c’était l’occasion pour le public de désigner, à l’applaudimètre, celui qui avait la meilleure impression. Lester Young, Art Tatum, Count Basie, Charlie Christian ont été les grands vainqueurs de ces joutes homériques qui ont contribué à l’évolution de la musique durant tout le siècle dernier. Gare alors à celui qui ne serait pas à la hauteur de l’enjeu. Le tout jeune Charlie Parker en fit les frais lorsque le batteur Joe Jones lui avait balancé une cymbale au pied en pleine jam pour lui signifier de retourner à ses chères études. Ce qu’il fit, pour le bien de tous !
A propos, on dit en France « faire le bœuf » car, d’après la légende, les musiciens se réunissaient avant guerre au cabaret « Le Bœuf sur le Toit » après leurs engagements officiels pour se réunir et jouer ensemble. Darius Milhaud n’a pas oublié cette aventure quand il composera son œuvre éponyme en hommage à ce lieu mythique du Paris de la Belle Époque.

Efficacité, plaisir d’échanger, compétition fraternelle, pièges et chausse-trappes musicaux que l’on prépare pour mieux déjouer ceux de l’adversaire et néanmoins ami, la jam est un condensé de dialogue vivant, une allégorie de la vie telle qu’elle est et des échanges verbaux qui font avancer les choses, entre écoute respectueuse et affirmation de soi et de ses idées.
« Ce que nous jouons est la vie » disait Louis Armstrong. Quelle vie trépidante lorsque nous entendons alors Lionel Hampton et Stan Getz jammer sur « Jumpin at The Woodside » de Count Basie ! Un morceau du répertoire issu des grandes jam sessions mythiques de Kansas City, célébrée dans le film du même nom de Robert Altman, dans lequel le vibraphoniste afro-américain au groove ravageur et le virtuose juif américain du sax ténor confrontent leur idéal respectif du swing. Visions communes et personnalités affirmées, pulsation infaillible et phrasé d’une indéniable noblesse, le swing est sous leurs gestes une vie à part entière, une force vitale et nécessaire en quête d’absolu, qui arbore les valeurs communes qui permettent à chacun d’entre nous de rester nous même.

♫ « Jumpin at the Woodside » par Stan Getz et Lionel Hampton 1955
album « Hamp & Getz »
Norgran Records VERVE 831672-2

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samedi 26 août 2017 Blues