Swing chronique
Magazine
Dimanche 20 août 2017
5 min

Elvis & Beatles

Tout l'été, Raphaël Imbert revient sur l'histoire du swing... Aujourd'hui, Elvis Presley et les Beatles

Nous avons consacré nos trois derniers diagnostics de swing chronique aux grands agents propagateurs qu’ont été Cab Calloway, Charles Trenet et Bob Wills. Il est désormais primordial de se pencher sur les raisons pour lesquelles l’épidémie de swing a perduré et continue toujours, contre toute attente, à allumer des feux là où on ne l’attend pas.

Et en la matière, j’aimerais être un peu provoquant en vous présentant celui qui est, selon moi, l’un des grands continuateurs des illustres ainés que nous célébrions jusque là.
Provoquant, Elvis Presley ?! La bonne blague, me direz vous, tant le gamin de Memphis qui a si mal fini dans son domaine de cauchemar éveillé de Graceland représente la plus évidente illustration de la culture de masse mainstream. Mais il est provoquant de le présenter ainsi dans le cadre d’une chronique swing tant justement il représente la fin d’un âge d’or pour les jazzophiles du monde entier, le prescripteur assassin du rock’n’roll qui a quasiment tué le jazz en tant que tel.

Pourtant, il suffit d’entendre le King reprendre I Got A Woman de Ray Charles pour comprendre à quel point il connaît cette musique. Regardons également ses fameuses sessions acoustiques de 1969 pour voir à quel point il est imprégné du blues et du swing qui font le sel des musiques créoles. Il est swing avec évidence, ce n’est pas une question de style ou de couleur de peau. D’ailleurs, n’a-t-on pas trop dit qu’il était le premier chanteur blanc à chanter comme un noir. Nous avons bien vu depuis le début de ces chroniques qu’avec Jimmie Rodgers, l’ODJB ou Bob Wills, l’échange avait eu lieu depuis longtemps. Et Ray Charles n’a pas attendu ses analyses de circonstances pour rendre hommage aux grandes voix de la country music dans son légendaire « Western Music ».

De toute façon, les musiciens se reconnaissent entre eux sans se soucier des étiquettes que le marché du disque souhaite leur coller pour plus de commodité commerciale. Et la plupart du temps, le swing est le facteur commun à leur démarche, de Willie Nelson à Wynton Marsalis, d’Ornette Coleman à Bernard Lubat. Après tout, Keith Richards, le guitariste miraculé des Rolling Stones, ne disait-il pas dans sa magnifique autobiographie : « Le Rock, c’est du Jazz avec juste un peu plus de rythme ! ». Il y a des définitions plus alambiquées, mais celle là a le mérite d’être claire ! Comme il a le mérite également de rappeler dans ce livre passionnant qu’avant que les groupes anglais de rock blues ne raflent tout sur leur passage, la musique qui représentait la jeunesse contestataire d’après guerre, c’était le jazz dixieland ! Comme en France à St Germain des Près, et dans toutes les grandes villes de l’Europe de l’Ouest meurtries par le conflit mondial, le jazz de Sydney Bechet et Louis Armstrong était le graal libertaire d’une jeunesse en mal d’identité et de repère.

C’est sans doute ces souvenirs du jazz d’avant le raz de marée du rock dont se souviennent Paul McCartney et les Beatles dans « When I’m Sixty-Four » dans l’album chef-d’œuvre « Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band » dont on célèbre actuellement les cinquante ans de la parution. Ce groupe « plus célèbre que Jésus Christ » selon John Lennon, qui a commencé sa carrière hallucinante en reprenant notamment le I Got A Woman de Ray Charles, a été longtemps accusé d’être le fossoyeur du jazz face au succès commercial du rock.
Qu’importe les étiquettes arbitraires, jazz, rock, bluegrass, funk, rap, le swing reste et devient l’évidence.

♫ « I Got A Woman » par Elvis Presley
album « Elvis Presley » 1956
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♫ « When I'm Sixty-Four » par les Beatles
album « Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band » 1967
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