Swing chronique
Magazine
Dimanche 13 août 2017
5 min

Charles Trenet

Tout l'été, Raphaël Imbert revient sur l'histoire du swing... Pour sa douzième chronique estivale consacrée au swing, il nous parle aujourd'hui de Charles Trenet

Charles Trenet
Charles Trenet dans la comédie musicale "Bouquet de Joie", direction Maurice Cam (Photo Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images), © Getty

Si il y une personne qui s’y connaissait en matière de Cab Calloway, que nous écoutions hier, et de Swing, c’était bien le dessinateur Cabu ! Il suffit de voir comment il dessinait spontanément, parfois à l’aveugle, n’importe quel portrait de quiconque passait à sa portée pour comprendre qu’il swinguait sur papier comme on le faisait sur une guitare ou en scattant ! Je comprends mieux désormais l’incompréhension musicale manifeste de tous ses admirateurs lors des hommages qui lui ont été rendu par milliers suite à sa terrifiante disparition. C’est que le swing n’est pas la forme la plus courante dans le milieu contestataire de l’underground des caricaturistes et des médias contre-culturelles. Cette incompréhension devenait presque gênée lorsqu’ils abordaient un sujet bien précis : « Vous savez, on n’a jamais bien compris pourquoi il aimait tant Charles Trenet ! ».

Et oui, pourquoi lui, ce chanteur suranné à la drôle de coiffure et aux idées franchement réacs ? D’autant que cette admiration s’accompagnait chez Cabu d’une détestation tout aussi sincère des rockeurs et autres chanteurs semble-t-il plus représentatifs de la jeunesse contestataire, à commencer par Elvis qu’il aimait tant ridiculiser sur papier !

C’est que Charles Trenet est, ni plus ni moins, que notre Cab Calloway à nous. Il a su mieux qu’aucun autre artiste de son temps, populariser un art du swing auprès de l’ensemble du public français, sans le dénaturer tout en lui donnant l’occasion de s’extraire de son élitisme. Là où Cab Calloway avait compris que le swing lui permettait de réconcilier les antagonismes de la société américaine, Charles Trenet opère exactement la même synergie paradoxale en flattant joyeusement notre patriotisme larvée, notre amour du romantisme poétique et du bon mot, l’art du chansonnier qui sait parler aux dames et aux instincts troupiers de ses messieurs, en y associant la douce folie de cette nouvelle musique qui enflamme les pistes de danse. Le swing démontre son universalisme en s’adaptant aux particularités hexagonales ! Rien de plus frappant en écoutant ce dialogue entre deux des plus grands jazzmen de notre pays, Charles Trenet et George Brassens, qui évoque avec malice, nostalgie, poésie et humour (quatre fondamentaux du swing) leur amour commun d’un swing qui le leur rend bien ! En écoutant cela, nous nous rappelons l’art subtil de Cabu, qui savait si bien se moquer avec une habile cruauté des grands et anonymes de notre époque, tout en conservant une tendresse talentueuse mais jamais compromise pour nos défauts et nos travers. Un amour swing de toute évidence !

♫ « Ménilmontant » de Charles Trenet par Ray Ventura et son orchestre 1941

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