Swing chronique
Magazine
Samedi 12 août 2017
5 min

Cab Calloway (Louis Jordan, le hip hop)

Tout l'été, Raphaël Imbert revient sur l'histoire du swing... Aujourd'hui, il dresse le portrait d'un musicien Cab Calloway

Cab Calloway (Louis Jordan, le hip hop)
Cab Calloway et son orchestre sur scène, © Getty / Gilles Petard

Un swing chronique ne se répand pas que par l’opération du saint Esprit ! Il faut des agents propagateurs, des propagandistes d’envergure de la cause épidémique du swing. Si Jelly Roll Morton, Scott Joplin ou Buddy Bolden en ont été les initiateurs, les inventeurs alchimistes qui ont battit en secret les fondations de cette révolution, d’autres ont pris le relais pour donner au peuple les clefs du bonheur qui balance !
Joséphine Baker, Louis Armstrong, Louis Jordan, Duke Ellington, de la Revue Nègre au Cotton Club, sont les responsables populaires de cette propagation sans espoir de rémission. Mais il faut des stars, des demi-dieux pour que l’épidémie soit définitive. Il faut des personnages qui se hissent au delà des barrières sociales, raciales, politiques et esthétiques pour que le peuple des auditeurs ne se rendent même plus compte qu’ils ont contracté le virus du swing !

Cab Calloway, le successeur de Duke Ellington au Cotton Club, fameux jazz club de Harlem qui célébrait la culture afro-américaine tout en interdisant son entrée au public noir, est sans contexte la première star absolue du swing révolutionnaire. J’entends par là que ce n’est pas pour ces qualités de musicien qu’il fut tout d’abord reconnu, mais par son incroyable génie communicatif à créer du spectacle total et ce que nous pourrions appelé maintenant le « buzz ».
A la tête d’un des meilleurs orchestres de jazz de son temps, Cab Calloway va transformer l’essai de ses prédécesseurs en jouant du potentiel d’ambivalence de cette musique, qui peut s’adresser à tout le monde et être compris par chacun selon différentes grilles de lecture.

Le swing n’est pas un agent subversif qui dit clairement ses intentions. Il ne dit pas « Fuck The Queen » comme le punk anglais des années 1970. Il est issu d’une époque ou il était beaucoup plus dangereux de dire les choses qu’à Londres à l’époque des Sex Pistols. On risquait sa vie pour moins que ça durant l’esclavage et la ségrégation, et Work Song, Spirituals et Blues étaient autant de manières codées de se faire comprendre par les initiés et les frères de luttes à l’insu du pouvoir en place.
Cab Calloway comprend vite qu’il peut utiliser cet outil à son propre profit et pour conquérir un public de plus en plus large. Il peut parler de drogue, de sexe, d’alcool, de la vie, en se faisant comprendre par tous tout en se jouant de la censure.
Avec Cab Calloway, le swing n’est plus simplement musique, il est un langage, une mode vestimentaire, une façon d’être et de paraître, qui inspirera durablement l’ensemble de la musique populaire mondiale, des zazous français des années quarante aux rappeurs des ghettos contemporains. Cab Calloway est la première star totale du swing, une « swing star » qui inspirera les « rock stars » et l’ensemble des médias de son temps, du cinéma où il signera son grand retour avec les « Blues Brothers » des années 1980 jusqu’au Cartoons des années 1930, comme ici où il dialogue et apprend, avec malice et sous-entendu, son célèbre cri d’appel « Hi de Hi » à Betty Boop dans le dessin animé « The Old Man of The Mountain », un document rare que je dois à la perspicacité de JF Pitet, le spécialiste galactique du grand Cab. Une façon de jouer en question-réponse pour apprendre le swing, comme au temps des Work Song et des Gospels, mais de façon beaucoup plus triviale !

♫ Cab Calloway: « Minnie The Moocher »
ASV CD AJA 5013

♫ Betty Boop (Mae Questel) et Cab Calloway: « You've gotta hi-de-hi »

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