Swing chronique
Magazine
Samedi 19 août 2017
5 min

Bob Wills

Tout l'été, Raphaël Imbert revient sur l'histoire du swing... Aujourd'hui, il consacre sa chronique à Bob Wills

Bob Wills
Bob Wills vers 1970, © Getty / Michael Ochs Archives

Mes chroniques du swing passent aujourd’hui par des chemins inattendus. Elles s’intéressent aux oubliés de l’histoire qui ont pourtant contribué à l’édification des masses populaires vis-à-vis du Dieu Swing.

Celui dont j’aimerais évoquer le destin précieux nous emmène sur les routes du sud profond et du grand ouest américain, à une époque où les cowboys légendaires ont laissé place aux colonnes de miséreux qui tentent par tous les moyens d’échapper aux conséquences de la Grande Dépression de 1929. « Les Raisins de la Colère » de Steinbeck nous racontent la terrible histoire des masses rurales laborieuses. Mais la bande son qui y correspond est étonnement différente de la noirceur littéraire de Steinbeck. Elle est joyeuse, lumineuse, aventureuse, dansante et virtuose, comme si les millions de personnes qui fuyaient la misère du Sud vers la Californie, en quête de travail à défaut de fortune, oubliaient leur situation dans une musique qui reflète son exact contraire.

Le violoniste, chanteur et chef d’orchestre texan Bob Wills était le pourvoyeur de swing et d’optimisme musical pour ces travailleurs précaires qui venaient oublier leur désarroi dans les bals des villages de l’Amérique profonde. Là où Cab Calloway répondait aux besoins de nouveautés et de mixité des habitants des grandes métropoles des années trente, Bob Wills fit de même exactement à la même époque pour les habitants itinérants et ruraux du pays. Il opéra les mêmes genres de mélanges paradoxaux, en jouant la carte de la nostalgie de l’Ouest mythique, avec un code vestimentaire de cow boy de circonstance, et réactualisant les breakdance et square dance de la Old Time paysanne en les associant au blues, au jazz et au ragtime. Admirateur de la blueswoman Bessie Smith, comme de l’ensemble de la musique noire de son temps, attentif aux inventions françaises du Hot Club de France de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, Bob Wills réussit un pari risqué d’associations musicales osés, pour obtenir avec ses Texas Playboys un succès retentissant. Au moment fort de sa gloire, il faisait tourner plusieurs groupes sous son nom en même temps pour répondre à la demande, en mettant en avant des instrumentistes et improvisateurs géniaux, comme le guitariste Eldon Shelby, ou le joueur de steel guitare Leon McAuliffe que nous entendons ici dans « Steel Guitar Rag ». Ensemble, ils inventèrent un style à part entière, le Western Swing. Bob Wills, oublié célèbre. Célèbre pour son succès commercial. Oublié pourtant, sa contribution au développement du swing et à l’acceptation de cette musique par le plus grand nombre. Le swing existe autant par les inventeurs afro-américains de la Nouvelle Orleans, de Chicago et New York que par les continuateurs cow boys et play boys texans de Bob Wills.

♫ « Steel Guitar Rag » par Bob Wills et Leon McAuliffe 1936
(Frémeaux et associés FA 035)

« Steel Guitar Rag » par Bob Wills et Leon McAuliffe 1936

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